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Togoforum:
Monsieur Alex BINIZI, bonjour
M. BINIZI :
Bonjour Monsieur.
Togoforum: Comment allez-vous ?
M. BINIZI :
Je vais bien merci.
Togoforum: Pouvez-vous vous présenter aux
lecteurs ?
M. BINIZI :
Je me nomme Alex BINIZI ; je suis le
Secrétaire Général de l’Alliance des Patriotes pour
l’Unité et l’Action (A.P.U.A.) devenue Front
Républicain Démocratique (F.R.D.) depuis le 05 mai
2005. Je suis également le représentant du mouvement
en Europe…
Togoforum: Justement
parlons un peu de l’A.P.U.A. !
M. BINIZI :
L’Alliance des Patriotes pour l’Unité
et l’Action (APUA.) a été portée sur les fonts
baptismaux en Avril 2003 à Londres (Royaume-Uni).
C’est un mouvement de jeunes togolais pour le
changement. Il est basé à Londres avec des
ramifications dans d’autres pays européens ainsi que
dans certains pays de la sous région ouest africaine.
Si nous décidions ce jour de recenser nos adhérents,
nous en compterions des milliers dont plus de la
moitié au Togo…
Togoforum: Avant
d’aller plus loin dans notre entretien, Monsieur
BINIZI, pouvez-vous dire aux lecteurs un mot sur les
fondateurs du mouvement ?
M. BINIZI :
Hmm… ! Je peux seulement vous dire que
l’APUA. est un produit issu de l’amitié, de la
rencontre entre trois jeunes patriotes togolais
partageant la même vision et défendant le même idéal :
JUSTICE ET LIBERTE DANS UN ETAT DE DROIT SANS
ARBITRAIRE NI OPPRESSION. Je ne peux vous en dire
plus.
Togoforum: Depuis
quelques mois, des rumeurs persistantes font état de
l’arrestation suivie de la détention du président du
mouvement, qu’en est-il exactement ?
M. BINIZI :
Effectivement M. Hermès Woamédé da
SILVEIRA, président de l’Alliance des Patriotes pour
l’Unité et l’Action – Front Républicain Démocratique
(A.P.U.A.-F.R.D.) et cinq autres citoyens togolais
croupissent en prison depuis plus de six mois déjà.
Togoforum: Selon
certaines indiscrétions, du matériel de guerre aurait
été retrouvé dans le coffre du véhicule à bord duquel
se trouvait le président de l’A.P.U.A-F.R.D. au moment
de son interpellation…
M. BINIZI :
Ce n’est rien d’autre qu’un tissu de
mensonges, mon ami ; on raconte de n’importe quoi. Le
président n’a été arrêté ni à bord d’un véhicule, ni
par quelque force de l’ordre que ce soit. Il a été
tout simplement trahi et livré aux agents du Centre de
Traitement des Renseignements (CTR) par un jeune
activiste du parti au pouvoir le RPT. Tout a commencé
le vendredi 08 juillet lorsque le président de
l’APUA-FRD, M. Hermès Woamédé da SILVEIRA reçu un coup
de fil d’un ami lui demandant de le rencontrer quelque
part en ville ; c’était vers 07 heures. Trente minutes
plus tard, il est arrivé sur les lieux du rendez-vous
à bord ‘un taxi (qu’il a loué). Et c’est alors qu’il
constata le mouvement suspect de quelques individus
dans le parage. N’ayant pas retrouvé celui qu’il est
venu rencontrer, le président intima l’ordre au
chauffeur de démarrer la voiture et quitter les lieux.
Quelques minutes plus tard, le chauffeur constata que
sa voiture était prise en chasse par deux véhicules
banalisés. C’est alors que s’engagea un véritable
rallye à travers les ruelles du quartier, lequel
rallye dura environ une demi-heure. Malheureusement
c’est au moment où le taxi réussit à semer ses
poursuivants qu’il percuta, au sortir d’un tournant,
une autre voiture en stationnement à la devanture
d’une maison. Et, bien que le taxi soit sérieusement
endommagé, M. da SILVEIRA a réussi à s’extirper de la
ferraille et trouver refuge dans une maison non loin
du site de l’accident. Arrivés sur les lieux un peu
plus tard, les occupants des deux véhicules banalisés
(que nous savons aujourd’hui être des nervis du CTR)
se sont jetés sur le pauvre chauffeur de taxi qu’ils
se sont mis à rouer de coups de toute part avant de
l’emmener avec eux vers une destination inconnue.
Quant au président de l’APUA-FRD, il a été, dans un
premier temps, accueilli avec compassion émotive par
une bonne femme qui lessivait ses linges dans la cour
d’une maison. La dame le cacha dans sa chambre mais
malheureusement pas pour longtemps. Car une à deux
heures de temps plus tard son mari, un activiste du
RPT rentra et trouva un opposant recherché et réfugié
dans la maison de son père. Et en dépit des
supplications de toute une maisonnée larmoyante (sa
femme, ses frères et ses enfants), le monsieur
n’hésita pas à livrer le président aux militaires ; et
ceci sans aucun état d’âme. Voilà le film de
l’arrestation de M. da SILVEIRA. Aucune arme, même pas
un seul couteau de cuisine n’a été trouvé, ni sur lui,
ni dans le taxi, ni à son domicile minutieusement
perquisitionné aussitôt après son arrestation…
Togoforum: Pourtant
entre autres griefs officiellement retenus contre le
président de l’APUA-FRD et les cinq autres co-accusés
figure : «… Acquisition de matériel de guerre pour
attaquer le Togo en vue de renverser les institutions
de la République»…
M. BINIZI :
Sourire… M. da SILVEIRA et ses cinq
co-accusés croupissent en prison depuis plus de six
mois déjà. Ne croyez-vous pas que si ce fameux
matériel de guerre existait réellement, les autorités
togolaises se seraient empressées de l’exhiber déjà
devant un parterre de journalistes comme elles en ont
l’habitude dans ce genre de situation ? Non ! Ce n’est
pas qu’une affabulation. Par contre, aux dernières
nouvelles, nous apprenons que les services de
renseignements togolais seraient à pied d’œuvre dans
la mise en scène d’un script pour étayer ce grief. Ces
preuves qui manquent si cruellement au dossier
seraient en train d’être confectionnées de toutes
pièces. C’est dans cette perspective que le camarade
TUDZI Kossi, représentant de l’Union des Forces du
Changement (UFC) à Koussountou (Kpalimé) a été
illégalement extrait de sa cellule et conduit au SRI
où d’alléchantes propositions lui ont été faites. On
lui a notamment proposé de répéter des paroles toutes
faites confirmant l’existence d’une cachette d’armes
et munitions appartenant à M. da SILVEIRA en échange
de son élagage et d’une forte somme d’argent. Tout
cela dans le seul et unique but d’accabler M. Hermès
da SILVEIRA. Et l’APUA-FRD, par ma modeste voix,
profite de l’occasion qui lui est offerte ici pour
dénoncer avec véhémence cette machination en cours de
montage. On ne peut pas poser un acte et son contraire
en même temps ; au moment où les autorités togolaises
s’égosillent sur tous les médias qu’elles libèrent
tous les détenus politiques, elles en arrêtent
d’autres…
Togoforum: Vous semblez abonder là dans le même
sens que certains partis politiques et organisations
de défense des droits de l’Homme qui soutiennent et
même affirment qu’il y a encore des détenus politiques
dans les prisons togolaises au moment même où le
gouvernement togolais semble dire le contraire…
M. BINIZI :
Au regard de tout ce qui précède, dire
qu’il n’existe plus de détenus politiques dans les
prisons du Togo en général et la prison civile de Lomé
en particulier, c’est tout simplement faire preuve de
mauvaise foi. Pour ma part, je peux vous prouver qu’il
existe à ce jour au moins une dizaine de détenus
politiques à la seule prison civile de Lomé ; j’ignore
ce qu’il en est des autres. Demander au gouvernement
togolais s’il y a encore des détenus dont
l’arrestation est liée aux dernières élections
présidentielles du 24 Avril 2005 et il vous répondra
par la négative. Pourtant M. Hermès Woamédé da
SILVEIRA, président de l’APUA-FRD, M. Kossi TUDZI,
représentant de l’UFC à Koussountou, l’Adjudant Nestor
KPAKPO, les sergents AKAKPO et FOLLY et le
Caporal-chef AMETEPE constituent des preuves tout
aussi vivantes qu’irréfutables du contraire. Leur
dossier est politique et ils sont détenus pour des
raisons politiques. Lorsqu’un citoyen est arrêté,
accusé de «tentative d’atteinte à la sûreté intérieure
et extérieure de l’Etat», jeté en prison et maintenu
en détention en dépit de l’absence de toute preuve et
de la minceur du dossier, ce citoyen est non seulement
détenu arbitrairement mais aussi et surtout un détenu
politique. Car il apparaît clair que c’est à cause de
son opinion politique qu’il est emprisonné. Et M.
Hermès da SILVEIRA et ses cinq co-accusés sont
justement dans ces deux cas : ce sont bel et bien des
détenus politiques victimes de l’arbitraire.
Là-dessus, nous n’allons pas polémiquer inutilement.
Togoforum: L’une des charges retenues
officiellement contre le président de l’APUA-FRD et
ses co-accusés porte également sur : «Recrutement et
formation de mercenaires pour attaquer le Togo…»
M. BINIZI :
Justement les charges retenues contre
M. Hermès da SILVEIRA et ses co-accusés sont dénuées
de tout fondement. J’apprécie l’intelligence et le
tact avec lesquels elles ont été fignolées avant
d’être moulées. Cependant, elles sont encore loin,
très loin d’être indémontables.
Je crois savoir que «Recruter quelqu’un» veut dire
«l’engager contre une rémunération» !!? Si nous
partageons cette définition, alors permettez-moi de
vous dire que le recrutement n’a jamais, n’est pas et
ne fera pas partie des modes d’adhésion à l’APUA-FRD.
Depuis que le mouvement est créé, nous avons toujours
privilégié les campagnes d’information et de
sensibilisation à la suite desquelles se font des
adhésions volontaires. Nous nous adressons aux
différentes composantes de la population parce qu’elle
(la population) est composée en majorité de jeunes
dynamiques, entreprenants, ambitieux, audacieux
capables de faire eux-mêmes la part des choses.
Convaincre et persuader ces jeunes que nous sommes de
la nécessité de nous organiser en structures pour
mieux défendre nos droits les plus élémentaires et
prendre en main notre avenir ; nos parents à qui ce
rôle incombait ayant lamentablement échoué sur toute
la ligne, voilà notre stratégie. Tous ceux qui
adhèrent à l’APUA-FRD ne le font pas pour une
rémunération quelconque ou promesse de rémunération.
Ils y adhèrent parce qu’ils sont poussés dans le dos
par l’asservissement, l’oppression et la dictature.
Ils y adhèrent parce qu’ils ne veulent plus continuer
à se réfugier dans la résignation et la peur. Ils y
adhèrent parce qu’ils ne veulent plus que leur
docilité légendaire soit interprétée comme une
couardise. Ils y adhèrent parce qu’ils sont épris de
Justice, de Liberté et de patriotisme… Ils y adhèrent
parce qu’ils sont convaincus que le changement auquel
ils aspirent tant est légitime et persuadé que toute
lutte y conduisant est tout simplement noble.
En outre tous les militaires de l’APUA-FRD sont des
togolais ; il n’y a aucun étranger parmi nous.
L’APUA-FRD défie ici quiconque d’apporter la preuve
contraire. Par ailleurs il n’a jamais été question
d’une formation militaire de nos militants. Par
conséquent, traiter de pauvres jeunes compatriotes qui
refusent de se laisser oppresser dans le silence de
«mercenaires», est une insulte faite à d’honnêtes
citoyens.
La terreur qui s’est installée au Togo au lendemain
des dernières élections présidentielles et qui a
obligé des milliers de jeunes compatriotes à quitter
leur domicile pour aller se réfugier dans les pays
voisins, continue de régner. La traque suivie de
l’enlèvement nocturne des jeunes de l’opposition
continue. A l’heure où je m’entretiens avec vous,
plusieurs militants de l’APUA-FRD dont le responsable
à Kévé (Préfecture de l’Avé) sont en fuite parce
qu’ils sont activement recherchés par les services de
renseignement togolais.
Togoforum: Et pourtant ! Lors de
l’ouverture du dialogue intertogolais, les autorités
togolaises ont annoncé la prise d’un train de mesures
pour rassurer les réfugiés et leur permettre de
rentrer en toute sécurité au pays. M. Faure Gnassingbé
a même publiquement «… assuré qu’aucune force de
sécurité ne poursuit aucun Togolais, ni de jour, ni de
nuit, en aucun endroit du territoire togolais».
M. BINIZI :
C’est un leurre… et les preuves sont
là, devant nous. De toute évidence tous les
observateurs avisés de la politique togolaise
reconnaissent unanimement qu’une hypocrisie raffinée
est en train de prendre forme au Togo depuis l’arrivée
des nouvelles autorités ; c’est ce que d’aucuns
appellent la duplicité. Les autorités passent un temps
précieux à étaler leur armada de bonnes intentions
devant leurs interlocuteurs, leurs partenaires
internationaux dans le seul et unique but de soigner
l’image du régime. La réconciliation, l’apaisement,
voilà les deux grands mots qui semblent constituer
désormais l’attelage… Le leitmotiv du nouveau régime
et auquel les actes correspondants refuse d’obéir. Le
fossé entre les mots et les actes est grand, très
grand et c’est justement à ce niveau que se trouve le
brandon de discorde. Au même moment où l’on semble
donner l’impression de supplier les réfugiés de
regagner le bercail, on s’en va enlever
systématiquement d’autres réfugiés derrière nos
frontières pour revenir les jeter en prison. Trois
jeunes militants de l’UFC dont M. Akoumey Koffi Adodo,
se trouvent présentement dans ce cas d’espèce. Et le
plus frustrant dans tout ceci, c’est que, parmi ces
trois militants, deux (Abbey Anaté André et Azonlédzi
Kossi Jomo) sont régulièrement inscrits et enregistrés
auprès du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) ; ils
sont donc porteurs de leurs cartes de réfugiés
régulièrement délivrés par le HCR. Dans ces
conditions, comment voulez-vous que les compatriotes
réfugiés vous fassent confiance et rentrent chez eux ?
Comment voulez-vous qu’ils soient rassurés ?
Togoforum: M. BINIZI,
nous sommes pratiquement arrivés à la fin de notre
entretien, quel est votre mot de fin ?
Nous savons les
circonstances dans lesquelles se sont déroulées les
élections présidentielles du 24 Avril 2005 ; nous
savons également celles dans lesquelles les résultats
du scrutin ont été proclamés ; nous savons enfin
comment les nouvelles autorités se sont imposées à
tout un peuple contre sa volonté. Cependant, ces
circonstances sont délictuelles au regard du
paragraphe 5 du Préambule et du paragraphe 2 de
l’article 150 de la Constitution de la IVe République
Togolaise, lesquels stipulent :
Paragraphe 5 du Préambule : «Proclamons
solennellement notre ferme volonté de combattre tout
régime politique fondé sur l’arbitraire, la dictature,
l’injustice.»
Paragraphe 2 de l’article 150 : «Dans ces
conditions, pour tout Togolais, désobéir et
s’organiser pour faire échec à l’autorité illégitime
constituent le plus sacré des droits et le plus
impératif des devoirs.»
En s’organisant en mouvement pour résister au
groupe de personnes qui tentait de changer par la
force l’ordre démocratique établi par la Constitution,
les jeunes militants de l’APUA-FRD, à l’instar de tous
les jeunes de l’opposition, n’ont fait qu’accomplir
leur devoir sacré. Et ce faisant, ils obéissent à la
Constitution, l’essence de la République. Il n’y a
donc en cela aucun acte délictuel. Un adage de chez
nous dit : «L’on n’interdit pas à un enfant
qu’on tabasse de pleurer». C’est pour cela que
l’APUA-FRD, par ma modeste voix, lance un appel pour
la libération de son président, de ses co-accusés, de
tous les autres détenus politiques qui croupissent
encore dans les prisons et cellules togolaises et que
cessent la traque et l’enlèvement des jeunes de
l’opposition. C’est seulement en cela que les
compatriotes réfugiés dans les pays voisins et la
communauté internationale verront les gages de la
volonté sincère des nouvelles autorités de se
réconcilier avec le peuple.
Merci.
Entretien réalisé pour le compte de togoforum par
Alain Nococo et Jean-Claude Améga
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