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Entretien réalisé pour le compte de togoforum.com par Alain Nococo et Jean-Claude Améga le 31 janvier 2006

Entretien de togoforum.com avec M. Alex BINIZI, SG de l’A.P.U.A.-FRD

Plusieurs journaux de la presse privée togolaise : Forum de la Semaine, Liberté Hebdo, Le Changement, etc. ont, dans leurs différentes livraisons, parlé de la détention arbitraire de certains militants de l’opposition et autres détenus politiques toujours gardés en prison en violation de la présomption d’innocence. Parmi eux, M. Hermès Woamédé da SILVEIRA, leader de l’Alliance des Patriotes pour l’Unité et l’Action (APUA), un mouvement de jeunes créé en Avril 2003 à l’instar de la Nouvelle Dynamique Populaire (NDP), luttant pour le changement démocratique. Ces arrestations qui datent de juillet 2005 continuent de susciter des réactions dans tous les milieux. Pour connaître le fond de ce dossier, nous avons réussi à joindre M. Alex BINIZI, Secrétaire Général de l’APUA qui, au cours de notre entretien, a bien voulu nous parler de ces détentions arbitraires, objet de polémique. Il présente l’APUA,  dénonce la détention arbitraire de son président et demande la relaxe pure et simple de tous les détenus politiques pour la concrétisation de la nouvelle donne politique de Faure Gnassingbé qui est la réconciliation.

Lisez plutôt.

Togoforum: Monsieur Alex BINIZI, bonjour

M. BINIZI : Bonjour Monsieur.
Togoforum:
Comment allez-vous ?


M. BINIZI : Je vais bien merci.

Togoforum:
Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs ?

M. BINIZI : Je me nomme Alex BINIZI ; je suis le Secrétaire Général de l’Alliance des Patriotes pour l’Unité et l’Action (A.P.U.A.) devenue Front Républicain Démocratique (F.R.D.) depuis le 05 mai 2005. Je suis également le représentant du mouvement en Europe…

Togoforum: Justement parlons un peu de l’A.P.U.A. !
M. BINIZI : L’Alliance des Patriotes pour l’Unité et l’Action (APUA.) a été portée sur les fonts baptismaux en Avril 2003 à Londres (Royaume-Uni). C’est un mouvement de jeunes togolais pour le changement. Il est basé à Londres avec des ramifications dans d’autres pays européens ainsi que dans certains pays de la sous région ouest africaine. Si nous décidions ce jour de recenser  nos adhérents, nous en compterions des milliers dont plus de la moitié au Togo…

Togoforum: Avant d’aller plus loin dans notre entretien, Monsieur BINIZI, pouvez-vous dire aux lecteurs un mot sur les fondateurs du mouvement ?

M. BINIZI : Hmm… ! Je peux seulement vous dire que l’APUA. est un produit issu de l’amitié, de la rencontre entre trois jeunes patriotes togolais partageant la même vision et défendant le même idéal : JUSTICE ET LIBERTE DANS UN ETAT DE DROIT SANS ARBITRAIRE NI OPPRESSION. Je ne peux vous en dire plus.

Togoforum: Depuis quelques mois, des rumeurs persistantes font état de l’arrestation suivie de la détention du président du mouvement, qu’en est-il exactement ?

M. BINIZI : Effectivement M. Hermès Woamédé da SILVEIRA, président de l’Alliance des Patriotes pour l’Unité et l’Action – Front Républicain Démocratique (A.P.U.A.-F.R.D.) et cinq autres citoyens togolais croupissent en prison depuis plus de six mois déjà.

Togoforum: Selon certaines indiscrétions, du matériel de guerre aurait été retrouvé dans le coffre du véhicule à bord duquel se trouvait le président de l’A.P.U.A-F.R.D. au moment de son interpellation…
M. BINIZI : Ce n’est rien d’autre qu’un tissu de mensonges, mon ami ; on raconte de n’importe quoi. Le président n’a été arrêté ni à bord d’un véhicule, ni par quelque force de l’ordre que ce soit. Il a été tout simplement trahi et livré aux agents du Centre de Traitement des Renseignements (CTR) par un jeune activiste du parti au pouvoir le RPT. Tout a commencé le vendredi 08 juillet lorsque le président de l’APUA-FRD, M. Hermès Woamédé da SILVEIRA reçu un coup de fil d’un ami lui demandant de le rencontrer quelque part en ville ; c’était vers 07 heures. Trente minutes plus tard, il est arrivé sur les lieux du rendez-vous à bord ‘un taxi (qu’il a loué). Et c’est alors qu’il constata le mouvement suspect de quelques individus dans le parage. N’ayant pas retrouvé celui qu’il est venu rencontrer, le président intima l’ordre au chauffeur de démarrer la voiture et quitter les lieux. Quelques minutes plus tard, le chauffeur constata que sa voiture était prise en chasse par deux véhicules banalisés. C’est alors que s’engagea un véritable rallye à travers les ruelles du quartier, lequel rallye dura environ une demi-heure. Malheureusement c’est au moment où le taxi réussit à semer ses poursuivants qu’il percuta, au sortir d’un tournant, une autre voiture en stationnement à la devanture d’une maison. Et, bien que le taxi soit sérieusement endommagé, M. da SILVEIRA a réussi à s’extirper de la ferraille et trouver refuge dans une maison non loin du site de l’accident. Arrivés sur les lieux un peu plus tard, les occupants des deux véhicules banalisés (que nous savons aujourd’hui être des nervis du CTR) se sont jetés sur le pauvre chauffeur de taxi qu’ils se sont mis à rouer de coups de toute part avant de l’emmener avec eux vers une destination inconnue. Quant au président de l’APUA-FRD, il a été, dans un premier temps, accueilli avec compassion émotive par une bonne femme qui lessivait ses linges dans la cour d’une maison. La dame le cacha dans sa chambre mais malheureusement pas pour longtemps. Car une à deux heures de temps plus tard son mari, un activiste du RPT rentra et trouva un opposant recherché et réfugié dans la maison de son père. Et en dépit des supplications de toute une maisonnée larmoyante (sa femme, ses frères et ses enfants), le monsieur n’hésita pas à livrer le président aux militaires ; et ceci sans aucun état d’âme. Voilà le film de l’arrestation de M. da SILVEIRA. Aucune arme, même pas un seul couteau de cuisine n’a été trouvé, ni sur lui, ni dans le taxi, ni à son domicile minutieusement perquisitionné aussitôt après son arrestation…

Togoforum: Pourtant entre autres griefs officiellement retenus contre le président de l’APUA-FRD et les cinq autres co-accusés figure : «… Acquisition de matériel de guerre pour attaquer le Togo en vue de renverser les institutions de la République»…

M. BINIZI : Sourire… M. da SILVEIRA et ses cinq co-accusés croupissent en prison depuis plus de six mois déjà. Ne croyez-vous pas que si ce fameux matériel de guerre existait réellement, les autorités togolaises se seraient empressées de l’exhiber déjà devant un parterre de journalistes comme elles en ont l’habitude dans ce genre de situation ? Non ! Ce n’est pas qu’une affabulation. Par contre, aux dernières nouvelles, nous apprenons que les services de renseignements togolais seraient à pied d’œuvre dans la mise en scène d’un script pour étayer ce grief. Ces preuves qui manquent si cruellement au dossier seraient en train d’être confectionnées de toutes pièces. C’est dans cette perspective que le camarade TUDZI Kossi, représentant de l’Union des Forces du Changement (UFC) à Koussountou (Kpalimé) a été illégalement extrait de sa cellule et conduit au SRI où d’alléchantes propositions lui ont été faites. On lui a notamment proposé de répéter des paroles toutes faites confirmant l’existence d’une cachette d’armes et munitions appartenant à M. da SILVEIRA en échange de son élagage et d’une forte somme d’argent. Tout cela dans le seul et unique but d’accabler M. Hermès da SILVEIRA. Et l’APUA-FRD, par ma modeste voix, profite de l’occasion qui lui est offerte ici pour dénoncer avec véhémence cette machination en cours de montage. On ne peut pas poser un acte et son contraire en même temps ; au moment où les autorités togolaises s’égosillent sur tous les médias qu’elles libèrent tous les détenus politiques, elles en arrêtent d’autres…

Togoforum:
Vous semblez abonder là dans le même sens que certains partis politiques et organisations de défense des droits de l’Homme qui soutiennent et même affirment qu’il y a encore des détenus politiques dans les prisons togolaises au moment même où le gouvernement togolais semble dire le contraire…

M. BINIZI : Au regard de tout ce qui précède, dire qu’il n’existe plus de détenus politiques dans les prisons du Togo en général et la prison civile de Lomé en particulier, c’est tout simplement faire preuve de mauvaise foi. Pour ma part, je peux vous prouver qu’il existe à ce jour au moins une dizaine de détenus politiques à la seule prison civile de Lomé ; j’ignore ce qu’il en est des autres. Demander au gouvernement togolais s’il y a encore des détenus dont l’arrestation est liée aux dernières élections présidentielles du 24 Avril 2005 et il vous répondra par la négative. Pourtant M. Hermès Woamédé da SILVEIRA, président de l’APUA-FRD, M. Kossi TUDZI, représentant de l’UFC à Koussountou, l’Adjudant Nestor KPAKPO, les sergents AKAKPO et FOLLY et le Caporal-chef AMETEPE constituent des preuves tout aussi vivantes qu’irréfutables du contraire. Leur dossier est politique et ils sont détenus pour des raisons politiques. Lorsqu’un citoyen est arrêté, accusé de «tentative d’atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l’Etat», jeté en prison et maintenu en détention en dépit de l’absence de toute preuve et de la minceur du dossier, ce citoyen est non seulement détenu arbitrairement mais aussi et surtout un détenu politique. Car il apparaît clair que c’est à cause de son opinion politique qu’il est emprisonné. Et M. Hermès da SILVEIRA et ses cinq co-accusés sont justement dans ces deux cas : ce sont bel et bien des détenus politiques victimes de l’arbitraire. Là-dessus, nous n’allons pas polémiquer inutilement.

Togoforum:
L’une des charges retenues officiellement contre le président de l’APUA-FRD et ses co-accusés porte également sur : «Recrutement et formation de mercenaires pour attaquer le Togo…»

M. BINIZI : Justement les charges retenues contre M. Hermès da SILVEIRA et ses co-accusés sont dénuées de tout fondement. J’apprécie l’intelligence et le tact avec lesquels elles ont été fignolées avant d’être moulées. Cependant, elles sont encore loin, très loin d’être indémontables.

Je crois savoir que «Recruter quelqu’un» veut dire «l’engager contre une rémunération» !!? Si nous partageons cette définition, alors permettez-moi de vous dire que le recrutement n’a jamais, n’est pas et ne fera pas partie des modes d’adhésion à l’APUA-FRD. Depuis que le mouvement est créé, nous avons toujours privilégié les campagnes d’information et de sensibilisation à la suite desquelles se font des adhésions volontaires. Nous nous adressons aux différentes composantes de la population parce qu’elle (la population) est composée en majorité de jeunes dynamiques, entreprenants, ambitieux, audacieux capables de faire eux-mêmes la part des choses. Convaincre et persuader ces jeunes que nous sommes de la nécessité de nous organiser en structures pour mieux défendre nos droits les plus élémentaires et prendre en main notre avenir ; nos parents à qui ce rôle incombait ayant lamentablement échoué sur toute la ligne, voilà notre stratégie. Tous ceux qui adhèrent à l’APUA-FRD ne le font pas pour une rémunération quelconque ou promesse de rémunération. Ils y adhèrent parce qu’ils sont poussés dans le dos par l’asservissement, l’oppression et la dictature. Ils y adhèrent parce qu’ils ne veulent plus continuer à se réfugier dans la résignation et la peur. Ils y adhèrent parce qu’ils ne veulent plus que leur docilité légendaire soit interprétée comme une couardise. Ils y adhèrent parce qu’ils sont épris de Justice, de Liberté et de patriotisme… Ils y adhèrent parce qu’ils sont convaincus que le changement auquel ils aspirent tant est légitime et persuadé que toute lutte y conduisant est tout simplement noble.

En outre tous les militaires de l’APUA-FRD sont des togolais ; il n’y a aucun étranger parmi nous. L’APUA-FRD  défie ici quiconque d’apporter la preuve contraire. Par ailleurs il n’a jamais été question d’une formation militaire de nos militants. Par conséquent, traiter de pauvres jeunes compatriotes qui refusent de se laisser oppresser dans le silence de «mercenaires», est une insulte faite à d’honnêtes citoyens.

La terreur qui s’est installée au Togo au lendemain des dernières élections présidentielles et qui a obligé des milliers de jeunes compatriotes à quitter leur domicile pour aller se réfugier dans les pays voisins, continue de régner. La traque suivie de l’enlèvement nocturne des jeunes de l’opposition continue. A l’heure où je m’entretiens avec vous, plusieurs militants de l’APUA-FRD dont le responsable à Kévé (Préfecture de l’Avé) sont en fuite parce qu’ils sont activement recherchés par les services de renseignement togolais.


Togoforum:
Et pourtant !  Lors de l’ouverture du dialogue intertogolais, les autorités togolaises ont annoncé la prise d’un train de mesures pour rassurer les réfugiés et leur permettre de rentrer en toute sécurité au pays. M. Faure Gnassingbé a même publiquement «… assuré qu’aucune force de sécurité ne poursuit aucun Togolais, ni de jour, ni de nuit, en aucun endroit du territoire togolais».

M. BINIZI : C’est un leurre… et les preuves sont là, devant nous. De toute évidence tous les observateurs avisés de la politique togolaise reconnaissent unanimement qu’une hypocrisie raffinée est en train de prendre forme au Togo depuis l’arrivée des nouvelles autorités ; c’est ce que d’aucuns  appellent la duplicité. Les autorités passent un temps précieux à étaler leur armada de bonnes intentions devant leurs interlocuteurs, leurs partenaires internationaux dans le seul et unique but de soigner l’image du régime. La réconciliation, l’apaisement, voilà les deux grands mots qui semblent constituer désormais l’attelage… Le leitmotiv du nouveau régime et auquel les actes correspondants refuse d’obéir. Le fossé entre les mots et les actes est grand, très grand et c’est justement à ce niveau que se trouve le brandon de discorde. Au même moment où l’on semble donner l’impression de supplier les réfugiés de regagner le bercail, on s’en va enlever systématiquement d’autres réfugiés derrière nos frontières pour revenir les jeter en prison. Trois jeunes militants de l’UFC dont M. Akoumey Koffi Adodo, se trouvent présentement dans ce cas d’espèce. Et le plus frustrant dans tout ceci, c’est que, parmi ces trois militants, deux (Abbey Anaté André et Azonlédzi Kossi Jomo) sont régulièrement inscrits et enregistrés auprès du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) ; ils sont donc porteurs de leurs cartes de réfugiés régulièrement délivrés par le HCR. Dans ces conditions, comment voulez-vous que les compatriotes réfugiés vous fassent confiance et rentrent chez eux ? Comment voulez-vous qu’ils soient rassurés ?

Togoforum: M. BINIZI, nous sommes pratiquement arrivés à la fin de notre entretien, quel est votre mot de fin ?
Nous savons les circonstances dans lesquelles se sont déroulées les élections présidentielles du 24 Avril 2005 ; nous savons également celles dans lesquelles les résultats du scrutin ont été proclamés ; nous savons enfin comment les nouvelles autorités se sont imposées à tout un peuple contre sa volonté. Cependant, ces circonstances sont délictuelles au regard du paragraphe 5 du Préambule et du paragraphe 2 de l’article 150 de la Constitution de la IVe République Togolaise, lesquels stipulent :

Paragraphe 5 du Préambule
 : «Proclamons solennellement notre ferme volonté de combattre tout régime politique fondé sur l’arbitraire, la dictature, l’injustice.»

Paragraphe 2 de l’article 150
 : «Dans ces conditions, pour tout Togolais, désobéir et s’organiser pour faire échec à l’autorité illégitime constituent le plus sacré des droits et le plus impératif des devoirs.»

En s’organisant en mouvement pour résister au groupe de personnes qui tentait de changer par la force l’ordre démocratique établi par la Constitution, les jeunes militants de l’APUA-FRD, à l’instar de tous les jeunes de l’opposition, n’ont fait qu’accomplir leur devoir sacré. Et ce faisant, ils obéissent à la Constitution, l’essence de la République. Il n’y a donc en cela aucun acte délictuel. Un adage de chez nous dit : «L’on n’interdit pas à un enfant qu’on tabasse de pleurer». C’est pour cela que l’APUA-FRD, par ma modeste voix, lance un appel pour la libération de son président, de ses co-accusés, de tous les autres détenus politiques qui croupissent encore dans les prisons et cellules togolaises et que cessent la traque et l’enlèvement des jeunes de l’opposition. C’est seulement en cela que les compatriotes réfugiés dans les pays voisins et la communauté internationale verront les gages de la volonté sincère des nouvelles autorités de se réconcilier avec le peuple.

Merci.

Entretien réalisé pour le compte de togoforum par Alain Nococo et Jean-Claude Améga

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