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TOGOFORUM: Monsieur Abass Mikaïla Saïbou, vous êtes
sociologue, journaliste et directeur de la publication “LE
REGARD”. Vous venez de démissionner de l'Association togolaise
des éditeurs de la presse privée (ATEPP). Vous en étiez secrétaire
administratif. Pourquoi cette démission?
Abass Mikaïla Saïbou: Cette démission pour moi était
un impératif à partir du moment où je ne pouvais plus cautionner
certaines habitudes. Je n'en dis pas plus. C'est l’affaire des
millions d’Eyadema qui m'a précipité à prendre mes distances.
Comprenez que je ne pouvais pas refuser l'argent de Eyadèma et
accepter de gérer une partie de ce fonds au nom de l'Association.
C'est une question de logique. Cependant je ne manquerai pas
d'apporter ma modeste contribution au combat pour une presse libre
au Togo comme toujours.
TOGOFORUM: Voudriez-vous bien nous parler très brièvement
de l'état de la presse togolaise?
AMS: Il faut signaler d’entrer que plus d'une centaine de
journaux sont déclarés au Togo
mais qu’à peine une dizaine
paraissent régulièrement, sans oublier des hebdomadaires
occasionnels sponsorisés par le pouvoir pour appuyer la répression
contre la presse qui critique les actions du gouvernement.
Cette presse qui ose révéler les tares du régime et qui dénonce
les violations répétées des droits de l'homme est tout de suite
accusée d'être à la solde de l'opposition et de l'étranger. Vous
comprenez aisément qu'elle est la cible privilégiée du pouvoir
liberticide.
Au Togo, il n'y a qu'un seul quotidien et qui est gouvernemental.
C'est "Togopresse." La presse d'Etat est confisquée
par le parti au pouvoir et est hermétiquement fermée à toute
opinion contraire à celle du «Guide Eclairé » et son parti-Etat
le RPT « cache- sexe » du pouvoir militaire. Des badauds y sont régulièrement
autorisés à proférer des menaces et des injures abominables
contre les adversaires politiques du régime.
Néanmoins, il existe dans les médias d'Etat des journalistes
brillants et compétents mais qui n'ont pas les mains libres pour
exprimer leurs talents. Le pouvoir en place se fonde sur leur statut
de fonctionnaires aux ordres pour leur faire jouer des rôles
humiliants.
TOGOFORUM: Tout ce que vous venez de dire est inquiétant.
Vous évoluez donc dans un environnement spécialement hostile à la
libre expression!
AMS: Tout à fait. Ici, les journalistes peuvent être
kidnappés et jetés en prison en violation de la loi elle-même
trop répressive.
Le Ministre de la Communication peut quand bon lui semble,
proférer des menaces aux directeurs de publication de journaux dont
les écrits déplaisent au pouvoir. Le ministre de l'intérieur et
de la sécurité ordonne la saisie des journaux sans motif en visant
le code de la presse qui l'en autorise.
Mais ce code lui-même viole la constitution qui dispose en
son article 26, alinéa 3 : «La presse ne peut être
assujettie à l'autorisation préalable au cautionnement, à la
censure
ou à d'autres entraves. L'interdiction de diffusion de toute publication ne peut être prononcée qu'en vertu d'une
décision de
justice ».
Tout est mis en ouvre pour bannir la liberté d'expression
et contraindre toute la presse à chanter les louanges de la
dictature. A l'instant même, on me signale que des exemplaires du
journal «Motion d'Information» viennent d'être saisi. Et cela
fait deux semaines de suite.
La quasi totalité des journaux dont le mien sont obligés de
travailler dans la semi-clandestinité en raison des graves menaces
que fait planer le pouvoir sur la presse. Et pour cause, les assauts
répétés des corps habillés communément appelés «incontrôlés»
sur les sièges des journaux et des imprimeries pendant la
transition démocratique sont restés vivaces dans les esprits. Je
vous rappelle que le Togo est le seul pays au monde (si je ne
m'abuse) où la grande partie des responsables de journaux ont été
contraints à l'exil et leurs publications disparues. Je pense à
mes aînés Gabriel Agah de «Forum Hebdo», Moudassirou Katakpaou
Touré « Lettre de Tchaoudjo», Eric Lawson «Tribune des Démocrates
», Lucien Hounkali «Sentinelle».
Et bien d'autres encore. Nous vivons dans un quasi-état de siège.
La liberté de réunion est de fait interdite. Les militants
des droits de l'homme et de la démocratie persécutés sur toute l'étendue
du territoire. Des arrestations arbitraires s'intensifient en ce
moment. Amnesty International n'avait pas tort quand il disait que
le «Togo est un Etat de terreur.»
TOGOFORUM: Et si on disait que vous faites des affirmations
gratuites juste dans l'intention de salir l'image des dirigeants
togolais?
AMS: C'est exactement ce que disent les autorités togolaise
quand elles sont éclaboussées par des informations réelles et
accablantes. Le Togo est une jungle où tous ceux qui osent regarder
dans une direction autre que celle tracée par le «Guide Eclairé»
doivent choisir entre l'exil et la persécution permanente. Le
pouvoir est si impopulaire que les journaux les plus lus sont ceux
qui expriment les opinions qui tranchent avec le discours officiel
typé.
Nous vivons dans un monde à part. Le pouvoir utilise des moyens
colossaux pour imposer le black out sur les événements graves dont
il se rend coupable.
Savez-vous qu'il s'est doté de moyens pour fermer les sites
internet dont le vôtre? Souvenez-vous que c'est suite aux déclarations
de l'ex Premier Ministre Agbéyomé Kodjo sur les ondes de RFI que
les autorités togolaises ont interdit l'émission de RFI en
modulation de fréquence sur toute l'étendue du territoire togolais?
J'ai entendu le chef de l'Etat dire à Lomé 2 que les droits de
l'homme ont été inventés par les blancs pour empêcher notre développement.
Imaginez la suite.
TOGOFORUM: Pouvez-vous
être plus concret?
AMS: Il faut un ouvrage volumineux pour relater
toutes les violations flagrantes de la liberté de presse au Togo .
Pour faire bref, je voudrais tout simplement évoquer trois exemples
récents.
Premier exemple: Il y a seulement quelques jours, des éléments de la
police ont débarqué nuitamment dans une imprimerie de la place
pour y procéder à la lecture des articles d'un journal attendant
d'être imprimé.
Ils sont repartis après avoir constaté qu'il n'y avait aucune
information déplaisante qui pouvait donner lieu au blocage de la
parution.
Deuxième exemple: Le Directeur de la Publication «La Tribune du Peuple»
est inquiété en ce moment pour avoir refusé de publier un démenti
suite à la publication des photos de militants de l'UFC blessés
suite à une descente musclée des forces de l'ordre qui avaient -
à quelques jours des législatives - dispersé violemment une
manifestation pacifique du parti de Gilchrist Olympio. Notre confrère
est menacé parce qu'il avait confirmé l'information dans son édition
suivante en s'appuyant sur des certificats médicaux des blessés.
Troisième exemple enfin, le Directeur de la Publication de «Le
Courrier du Citoyen», a été convoqué, il y a deux semaines,
dans les Bureaux du Ministre de la Communication qui l'aurait
invectivé et dissuadé d'écrire sur l'armée.
A l'heure actuelle,
les menaces sont si intenses que nous ne savons plus ce qu'il faut
écrire pour éviter des ennuis. Le gouvernement veut à tout prix
nous pousser à abdiquer.
TOGOFORUM: Ces derniers temps, le chef de l'Etat togolais
donne l'air d'être préoccupé par les difficultés que rencontre
la presse privée au Togo. On parle d'une aide de 45 millions de
fcfa qu'il aurait accordée à la presse.
AMS: C'est du bluff ! Comment peut-on penser un seul instant
qu'un pouvoir qui traite les journalistes de «manipulés» d'une
opposition, elle même qualifiée d'ennemi du peuple, puisse aider
ces journalistes à travailler dans de bonnes conditions ? Je pense
qu'en convoquant des journalistes pour leur offrir de l'argent, le
chef de l'Etat voulait s'en servir à des fins de propagande
politique.
Cet acte entre dans la droite ligne du double langage auquel
le pouvoir nous a habitués. C'est la méthode du bâton et de la
carotte. Je suis humaniste et par conséquent, très sensible à la
souffrance de mes semblables. Ne me demandez pas d'accepter de
l'argent pour faire plaisir à un régime qui martyrise mes
concitoyens.
TOGOFORUM: Est-ce pour cette raison que vous avez refusé
d'en prendre ? La subvention de l'Etat à la pesse n'est-elle pas
souhaitée par tous les journalistes?
AMS: Nuance: Je
pense qu'il faut faire le distinguo entre un cadeau que le chef de
l'Etat fait à des journalistes à coup d'intoxication politicienne
et la subvention de l'Etat à la presse privée. Je n'ai pas refusé
la subvention de l'Etat à la presse. J'ai tout simplement rejeté
l'aide piégée destinée à faire passer un pouvoir liberticide
pour un bon samaritain soucieux du développement qualitatif de
cette presse qu'il réprime sauvagement.
Les conditions de l'aide de l'Etat à la presse sont fixées
par le code de la presse en son article 6 . Si la loi est respectée,
je ne vois pas pourquoi je refuserai d'en prendre. Je vis une
situation financièrement alarmante comme tous ceux qui refusent de
faire allégeance à la dictature.. Mais, je refuse qu'on m'humilie
en me convoquant en toute hâte à la résidence privée du chef de
l'Etat pour me miroiter des billets de banque.
Aussi, je ne crois pas que le geste du chef de l'Etat soit
gratuit. Je connais bien ce système politique et je pense que si le
président de la République se joue ainsi des journalistes qui ont
toujours dénoncé les abus de son pouvoir, c'est qu'il est sûr
d'en tirer le meilleur profit politique. Surtout que le Code
liberticide sur la presse adopté par son régime ternit davantage
son image au plan international..
TOGOFORUM: Parlons-en.
Que pensez-vous de ce code de la presse?
AMS: Ce code est absurde, rétrograde et obscurantiste. Il a
été adopté pour faire obstacle à la publication des informations
réelles déplaisante pour le pouvoir en place. Lors de l'adoption
de cette loi, il est apparu selon les dires du Président de
l'assemblée monocolore, Fambaré Natchaba que les autorités l'ont
fabriquée pour «se protéger». Des députés ont reconnu que
cette loi ne concerne pas les médias d'Etat.
C'est une loi scélérate et ségrégationniste destinée à
frapper une presse ciblée. Cette loi consacre la rétention de
l'information et bloque l'accès aux sources officielles
d'information. Je vous fais grâce d'autres aberrations contenues
dans ce code. Il faut
voir derrière cette loi, l'intention du pouvoir de faire des boucs
émissaires.
Figurez-vous que c'est sous prétexte de la publication par deux
journaux d'une information sur la fortune du chef de l'Etat qu'on a
taillé cette loi pour empêcher d'autres journalistes ciblés de
faire leur travail.
Quand bien même on nous dit que le chiffre avancé sur la
fortune du chef de l'Etat est
faux, aucune source d'information officielle n'est disponible pour rétablir
" la vérité". Veut-on
nous dire que le chef de l'Etat est aussi pauvre qu'un rat d'église? Je pense que la raison fondamentale de cette répression
officialisée contre la presse, c'est qu'on veut empêcher les médias de révéler les
dossiers accablants pour le pouvoir et que détient l'ex-Premier
Ministre de Eyadéma, Agbéyomé Kodjo aujourd'hui en exil.
TOGOFORUM: Revenons au clin-d'oil que le pouvoir fait en
direction de la presse privée en ce moment. On parle d'un dialogue
permanent entre le gouvernement et la presse privée. Qu'en est-il?
AMS: Quel dialogue ? Ces gesticulations médiatiques qui ne
trompent personne participent d'une manouvre visant à masquer les
atteintes graves à la liberté de la presse et qui continuent au
Togo. C'est un véritable marché de dupes, le dialogue de la répression.
Le préjudice moral et financier que nous subissons de la part de ce
régime d'un autre âge ne nous autorise pas à nous laisser
embarquer dans ce marchandage funeste visant à acheter notre
silence sur le code liberticide de la Presse au grand dam des organisations de défense des droits de l'homme et de la liberté de
presse très attentives à notre sort.
TOGOFORUM: On voit que vous êtes en désaccord avec
plusieurs de vos collègues.
AMS: Parlons plutôt de divergence de vue. L'expression des
différences est aussi une manifestation de l'esprit démocratique.
Disons que nous n'avons pas la même appréhension des rapports de
la presse avec le pouvoir et ses méthodes. C'est plutôt l'unanimité
sur cette question qui devrait surprendre.
Nous ne sommes pas tous arrivés dans la profession avec les
mêmes idées. Il y en a qui pensent que l'argent qu'offre le chef
de l'Etat appartient aux Togolais et qu'on peut en empocher autant
qu’on peut, l'essentiel étant de maintenir sa ligne éditoriale.
Mais ma conscience ne me permet pas de recevoir un cadeau
d'un pouvoir qui s'est enrichi sur le dos des populations et qui
n'arrête pas de violer les droits les plus élémentaires de mes
concitoyens. Non ! c'est insupportable!
Il faut aussi reconnaître que la paupérisation des masses,
la misère implacable cultivée et entretenue par le régime en
place est un terreau propice à toute forme de séductions au point
que la vertu est en passe d'être synonyme de bêtise.
Dans cette atmosphère de putréfaction morale avancée,
tout se justifie. C'est un problème réel auquel les démocrates
togolais tant locaux que de la diaspora doivent réfléchir pour y
apporter des solutions appropriées.
Une presse libre engagée mais démunie face à une
dictature trentenaire ne peut résister longtemps.
TOGOFORUM: Que répondez-vous à vos collègues de la
presse privée qui estiment que votre position relève d'un «puritanisme
obsessionnel» et que vous êtes à la recherche
d'une attention particulière?
AMS: Je ne sais pas de quel collègue vous parlez. Tout le
monde est libre de commenter à sa manière, l'acte que j'ai posé.
Je n'ai pas la prétention de donner des leçons à qui que ce soit.
Par contre, nul ne peut m'empêcher d'agir en conformité avec ma
conscience. Ce n'est pas parce que d'autres me jugeront que je n'ai
pas le droit de dire “Non” quand je ne suis pas d'accord et de
l'exprimer.
Je ne vois pas en quoi il est criminel de vouloir être en
phase avec sa conscience. Je ne mérite aucune attention particulière.
On me prend d'ailleurs pour un rêveur.
TOGOFORUM: Vos collègues vont jusqu'à dire que vous-mêmes
avez reçu des sous à Lomé II. Que leur répondez-vous ?
AMS: Je n'ai pas eu de problèmes particuliers avec
mes collègues pour avoir rejeté l'offre qui ne me paraissait pas
clair, excepté un seul qui s'agite. Lucien Messan de «Combat du
Peuple». Je crois que c'est à lui que vous faites allusion. Je ne
comprends pas pourquoi il menace ma liberté de choix. Il va jusqu'à
répandre des impostures pour me diaboliser. C'est lui qui fait
courir à mon sujet le bruit selon lequel je me rends régulièrement
et clandestinement chez Eyadéma à bord d'un véhicule aux vitres
teintées pour en ressortir avec des sacs bourrés de CFA. Je
constate tout simplement qu'il a magnifiquement assimilé les méthodes
qu'utilise le pouvoir contre ceux qui ne veulent pas se soumettre à
son diktat. Cela fait partie de pressions visant à m'amener à
faire allégeance à la dictature.
C'est dans la même logique qu'il m'a dit, en présence de
deux confrères, que Me Agboyibo a établi une « passerelle » avec
un fils d'Eyadéma, Faure Gnassingbé. Mais il ignore que je suis
vacciné contre ce genre d'intoxication.
J'ai l'impression qu'il a dû négocier ma tête, auprès du
pouvoir et que ma défection le met mal à l'aise. Il doit
comprendre qu'il ne pourra jamais me pousser à me compromettre avec
ce régime. Il peut conduire le marchandage sans moi. Je n'ai commis
aucun crime en refusant de m'associer à son coup lorsqu'il s'est
constitué en relais du pouvoir pour tenter de me corrompre. Je ne
veux pas du tout manquer de respect à son égard, ne serait-ce qu'à
cause de son âge. Mais je souhaiterais qu'il fasse preuve d'un peu
de sagesse et qu'il comprenne le sens réel de mon refus au lieu de
chercher à me nuire.
TOGOFORUM: Que vise réellement le pouvoir en initiant cette
campagne de charme en direction de la Presse Privée.
AMS: Je crois avoir répondu à cette question à un détail
près. J'étais informé bien avant le rendez-vous de Lomé II que
le pouvoir s'apprêterait à lorgner du côté de la Presse
Privée très critique à l'égard de son régime et que cette
offensive de charme s'inscrit dans un vaste plan visant à miner la
presse en prévision du maintien du Général Président après
2003.
Mais j'ignorais que le nouveau code de la Presse liberticide
allait être utilisé comme fonds de commerce par certains pour se
remplir les poches. Grosso-modo, l'offre de Lomé II vise trois
objectifs.
-
Récupérer certains journalistes;
-
semer la zizanie au sein de la presse privée;
-
entamer la crédibilité de la presse auprès du public.
TOGOFORUM: Il semble que le pouvoir ait réussi son
coup puisqu'on apprend que les journalistes togolais sont très
profondément divisés.
AMS: Il est trop
tôt pour parler de profonde division pouvant nuire fondamentalement
à la profession. Mais le fait que les positions divergent au sujet
de l'usage à faire de cet argent et que les divergences
apparaissent sur la place publique montre qu'il fallait s'en méfier.
TOGOFORUM: Ne craignez-vous pas pour votre sécurité en dénonçant
les méthodes du pouvoir et en refusant obstinément d'accepter
l'offre du Général Eyadèma qui vous
ferait certainement du « bien » en cette période difficile ?
AMS: Ecoutez ! je suis entré dans ce métier depuis 1991 comme rédacteur
à « Atopani Express », un des premiers journaux privés de la
place. J'ai parcouru au moins quatre journaux de la place avant de
créer «Le Regard » le 24 juillet 1996. Si nous avons résisté à
toutes les séductions du pouvoir malgré toutes les privations dont
nous sommes l'objet il serait regrettable de nous laisser humilier
pour quelques billets de CFA par un régime tyrannique à son crépuscule.
Pour moi, la liberté d'expression n'a pas de prix.
En ce qui concerne ma sécurité, elle ne vaut pas plus que celle de
tous les Togolais. C'est vrai qu'au Togo la peur est érigée en
système de gouvernement au point que refuser l'offre du « Guide
Eclairé » est un crime de lèse-majesté qui peut valoir un châtiment
sévère.
En posant mon acte j'ai mesuré les conséquences qui
peuvent en découler. Quand on choisit la voie de la liberté sous
un ordre dictatorial primitif il faut s'attendre à tout ! Seul
Allah, le Très Miséricordieux est mon Protecteur.
Il y a huit jours un proche du pouvoir me faisait remarquer le
danger que je cours. «Petit frère, me dit-il, il ne faut pas
risquer ta vie pour rien. Tu as une famille. De toutes les façons
le “Patron” ne quittera pas le pouvoir. Le bout du tunnel est
encore loin. Il faut en tenir compte et cesser de jouer à l'intègre.
Si tu continues, tu laisseras ta famille et ta peau un de ces quatre
matins. Mange et ferme la bouche». Ce conseil, je l'ai
entendu maintes fois. Ce genre de discours ne m'émeut guère.
TOGOFORUM: On le sait au Togo, ce genre de propos sous forme
de conseil est souvent une menace voilée. Pour terminer,
croyez-vous en l'avenir d'une presse Privée au Togo ?
AMS: Il faut croire en l'avenir de la Presse Privée malgré
les manouvres en tous genres que déploie le pouvoir pour
apprivoiser la liberté d'expression. La Presse Privée togolaise
peut tenir la route si elle a le soutien des togolais épris de
justice et de liberté.
Je vous remercie.
TOGOFORUM:
C’est nous qui vous remercions pour votre disponibilité. |