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Interview réalisée par Mathias Akoulansa à  Lomé le 10 Nov. 2002 
La presse privée au Togo

Entretien avec Monsieur Abass Mikaïla SAIBOU, Directeur de l'hebdomadaire «Le Regard»

La Dictature du général Eyadema est décidée à baillonner et à éliminer la presse privée au Togo. Pour y parvenir,  tous les moyens sont utilisés. On assiste regulièrement à des menaces et emprisonnements de journalistes, quand on ne réussit pas à acheter leur conscience à coup de billets de banques. Le code de la presse recemment revisé est vidé de toute substance démocratique et alourdit les peines contre les journalistes de la presse privée. Le Directeur de la publication «LE REGARD» nous amène faire un tour dans le quotidien du journaliste de la presse privée togolaise.  
Propos récueilli par Mathias Akoulansa
Lomé,  10 Nov. 2002

TOGOFORUM: Monsieur Abass Mikaïla Saïbou, vous êtes sociologue, journaliste et directeur de la publication “LE REGARD”. Vous venez de démissionner de l'Association togolaise des éditeurs de la presse privée (ATEPP). Vous en étiez secrétaire administratif. Pourquoi cette démission?

Abass Mikaïla Saïbou: Cette démission pour moi était un impératif à partir du moment où je ne pouvais plus cautionner certaines habitudes. Je n'en dis pas plus. C'est l’affaire des millions d’Eyadema qui m'a précipité à prendre mes distances.

Comprenez que je ne pouvais pas refuser l'argent de Eyadèma et accepter de gérer une partie de ce fonds au nom de l'Association. C'est une question de logique. Cependant je ne manquerai pas d'apporter ma modeste contribution au combat pour une presse libre au Togo comme toujours.

TOGOFORUM: Voudriez-vous bien nous parler très brièvement de l'état de la presse togolaise?

AMS: Il faut signaler d’entrer que plus d'une centaine de journaux sont déclarés au  Togo mais qu’à peine une  dizaine paraissent régulièrement, sans oublier des hebdomadaires occasionnels sponsorisés par le pouvoir pour appuyer la répression contre la presse qui critique les actions du gouvernement. 

Cette presse qui ose révéler les tares du régime et qui dénonce les violations répétées des droits de l'homme est tout de suite accusée d'être à la solde de l'opposition et de l'étranger. Vous comprenez aisément qu'elle est la cible privilégiée du pouvoir liberticide.

Au Togo, il n'y a qu'un seul quotidien et qui est gouvernemental. C'est "Togopresse." La presse d'Etat est confisquée par le parti au pouvoir et est hermétiquement fermée à toute opinion contraire à celle du «Guide Eclairé » et son parti-Etat le RPT « cache- sexe » du pouvoir militaire. Des badauds y sont régulièrement autorisés à proférer des menaces et des injures abominables contre les adversaires politiques du régime.

Néanmoins, il existe dans les médias d'Etat des journalistes brillants et compétents mais qui n'ont pas les mains libres pour exprimer leurs talents. Le pouvoir en place se fonde sur leur statut de fonctionnaires aux ordres pour leur faire jouer des rôles humiliants.

TOGOFORUM: Tout ce que vous venez de dire est inquiétant. Vous évoluez donc dans un environnement spécialement hostile à la libre expression! 

AMS: Tout à fait. Ici, les journalistes peuvent être kidnappés et jetés en prison en violation de la loi elle-même trop répressive. 

Le Ministre de la Communication peut quand bon lui semble, proférer des menaces aux directeurs de publication de journaux dont les écrits déplaisent au pouvoir. Le ministre de l'intérieur et de la sécurité ordonne la saisie des journaux sans motif en visant le code de la presse qui l'en autorise. 

Mais ce code lui-même viole la constitution qui dispose en son article 26, alinéa 3 : «La presse ne peut être assujettie à l'autorisation préalable au cautionnement, à la censure ou à d'autres entraves. L'interdiction de diffusion de toute publication ne peut être prononcée qu'en vertu d'une décision de justice ». 

Tout est mis en ouvre pour bannir la liberté d'expression et contraindre toute la presse à chanter les louanges de la dictature. A l'instant même, on me signale que des exemplaires du journal «Motion d'Information» viennent d'être saisi. Et cela fait deux semaines de suite.

La quasi totalité des journaux dont le mien sont obligés de travailler dans la semi-clandestinité en raison des graves menaces que fait planer le pouvoir sur la presse. Et pour cause, les assauts répétés des corps habillés communément appelés «incontrôlés» sur les sièges des journaux et des imprimeries pendant la transition démocratique sont restés vivaces dans les esprits. Je vous rappelle que le Togo est le seul pays au monde (si je ne m'abuse) où la grande partie des responsables de journaux ont été contraints à l'exil et leurs publications disparues. Je pense à mes aînés Gabriel Agah de «Forum Hebdo», Moudassirou Katakpaou Touré « Lettre de Tchaoudjo», Eric Lawson «Tribune des Démocrates », Lucien Hounkali  «Sentinelle». Et bien d'autres encore. Nous vivons dans un quasi-état de siège. 

La liberté de réunion est de fait interdite. Les militants des droits de l'homme et de la démocratie persécutés sur toute l'étendue du territoire. Des arrestations arbitraires s'intensifient en ce moment. Amnesty International n'avait pas tort quand il disait que
le «Togo est un Etat de terreur.»

TOGOFORUM: Et si on disait que vous faites des affirmations gratuites juste dans l'intention de salir l'image des dirigeants togolais?

AMS: C'est exactement ce que disent les autorités togolaise quand elles sont éclaboussées par des informations réelles et accablantes. Le Togo est une jungle où tous ceux qui osent regarder dans une direction autre que celle tracée par le «Guide Eclairé» doivent choisir entre l'exil et la persécution permanente. Le pouvoir est si impopulaire que les journaux les plus lus sont ceux qui expriment les opinions qui tranchent avec le discours officiel typé.

Nous vivons dans un monde à part. Le pouvoir utilise des moyens colossaux pour imposer le black out sur les événements graves dont il se rend coupable. 

Savez-vous qu'il s'est doté de moyens pour fermer les sites internet dont le vôtre? Souvenez-vous que c'est suite aux déclarations de l'ex Premier Ministre Agbéyomé Kodjo sur les ondes de RFI que les autorités togolaises ont interdit l'émission de RFI en modulation de fréquence sur toute l'étendue du territoire togolais? J'ai entendu le chef de l'Etat dire à Lomé 2 que les droits de l'homme ont été inventés par les blancs pour empêcher notre développement. Imaginez la suite.

TOGOFORUM:  Pouvez-vous être plus concret? 

AMS: Il faut un ouvrage volumineux pour relater toutes les violations flagrantes de la liberté de presse au Togo . Pour faire bref, je voudrais tout simplement évoquer trois exemples récents.

Premier exemple: Il y a seulement quelques jours, des éléments de la police ont débarqué nuitamment dans une imprimerie de la place pour y procéder à la lecture des articles d'un journal attendant d'être imprimé. Ils sont repartis après avoir constaté qu'il n'y avait aucune information déplaisante qui pouvait donner lieu au blocage de la parution. 

Deuxième exemple: Le Directeur de la Publication «La Tribune du Peuple» est inquiété en ce moment pour avoir refusé de publier un démenti suite à la publication des photos de militants de l'UFC blessés suite à une descente musclée des forces de l'ordre qui avaient - à quelques jours des législatives - dispersé violemment une manifestation pacifique du parti de Gilchrist Olympio. Notre confrère est menacé parce qu'il avait confirmé l'information dans son édition suivante en s'appuyant sur des certificats médicaux des blessés.

Troisième exemple enfin, le Directeur de la Publication de «Le Courrier du Citoyen», a été convoqué, il y a deux semaines, dans les Bureaux du Ministre de la Communication qui l'aurait invectivé et dissuadé d'écrire sur l'armée. 

A l'heure actuelle, les menaces sont si intenses que nous ne savons plus ce qu'il faut écrire pour éviter des ennuis. Le gouvernement veut à tout prix nous pousser à abdiquer.

TOGOFORUM: Ces derniers temps, le chef de l'Etat togolais donne l'air d'être préoccupé par les difficultés que rencontre la presse privée au Togo. On parle d'une aide de 45 millions de fcfa qu'il aurait accordée à la presse.

AMS: C'est du bluff ! Comment peut-on penser un seul instant qu'un pouvoir qui traite les journalistes de «manipulés» d'une opposition, elle même qualifiée d'ennemi du peuple, puisse aider ces journalistes à travailler dans de bonnes conditions ? Je pense qu'en convoquant des journalistes pour leur offrir de l'argent, le chef de l'Etat voulait s'en servir à des fins de propagande politique. 

Cet acte entre dans la droite ligne du double langage auquel le pouvoir nous a habitués. C'est la méthode du bâton et de la carotte. Je suis humaniste et par conséquent, très sensible à la souffrance de mes semblables. Ne me demandez pas d'accepter de l'argent pour faire plaisir à un régime qui martyrise mes concitoyens.

TOGOFORUM: Est-ce pour cette raison que vous avez refusé d'en prendre ? La subvention de l'Etat à la pesse n'est-elle pas souhaitée par tous les journalistes?

AMS:  Nuance: Je pense qu'il faut faire le distinguo entre un cadeau que le chef de l'Etat fait à des journalistes à coup d'intoxication politicienne et la subvention de l'Etat à la presse privée. Je n'ai pas refusé la subvention de l'Etat à la presse. J'ai tout simplement rejeté l'aide piégée destinée à faire passer un pouvoir liberticide pour un bon samaritain soucieux du développement qualitatif de cette presse qu'il réprime sauvagement. 

Les conditions de l'aide de l'Etat à la presse sont fixées par le code de la presse en son article 6 . Si la loi est respectée, je ne vois pas pourquoi je refuserai d'en prendre. Je vis une situation financièrement alarmante comme tous ceux qui refusent de faire allégeance à la dictature.. Mais, je refuse qu'on m'humilie en me convoquant en toute hâte à la résidence privée du chef de l'Etat pour me miroiter des billets de banque. 

Aussi, je ne crois pas que le geste du chef de l'Etat soit gratuit. Je connais bien ce système politique et je pense que si le président de la République se joue ainsi des journalistes qui ont toujours dénoncé les abus de son pouvoir, c'est qu'il est sûr d'en tirer le meilleur profit politique. Surtout que le Code liberticide sur la presse adopté par son régime ternit davantage son image au plan international..

TOGOFORUM:  Parlons-en. Que pensez-vous de ce code de la presse?

AMS: Ce code est absurde, rétrograde et obscurantiste. Il a été adopté pour faire obstacle à la publication des informations réelles déplaisante pour le pouvoir en place. Lors de l'adoption de cette loi, il est apparu selon les dires du Président de l'assemblée monocolore, Fambaré Natchaba que les autorités l'ont fabriquée pour «se protéger». Des députés ont reconnu que cette loi ne concerne pas les médias d'Etat. 

C'est une loi scélérate et ségrégationniste destinée à frapper une presse ciblée. Cette loi consacre la rétention de l'information et bloque l'accès aux sources officielles d'information. Je vous fais grâce d'autres aberrations contenues dans ce code. Il faut
voir derrière cette loi, l'intention du pouvoir de faire des boucs émissaires.

Figurez-vous que c'est sous prétexte de la publication par deux journaux d'une information sur la fortune du chef de l'Etat qu'on a taillé cette loi pour empêcher d'autres journalistes ciblés de faire leur travail. 

Quand bien même on nous dit que le chiffre avancé sur la fortune du chef de l'Etat est faux, aucune source d'information officielle n'est disponible pour rétablir " la vérité". Veut-on nous dire que le chef de l'Etat est aussi pauvre qu'un rat d'église? Je pense que la raison fondamentale de cette répression officialisée contre la presse, c'est qu'on veut empêcher les médias de révéler les dossiers accablants pour le pouvoir et que détient l'ex-Premier Ministre de Eyadéma, Agbéyomé Kodjo aujourd'hui en exil.

TOGOFORUM: Revenons au clin-d'oil que le pouvoir fait en direction de la presse privée en ce moment. On parle d'un dialogue permanent entre le gouvernement et la presse privée. Qu'en est-il?

AMS: Quel dialogue ? Ces gesticulations médiatiques qui ne trompent personne participent d'une manouvre visant à masquer les atteintes graves à la liberté de la presse et qui continuent au Togo. C'est un véritable marché de dupes, le dialogue de la répression. Le préjudice moral et financier que nous subissons de la part de ce régime d'un autre âge ne nous autorise pas à nous laisser embarquer dans ce marchandage funeste visant à acheter notre silence sur le code liberticide de la Presse au grand dam des organisations de défense des droits de l'homme et de la liberté de presse très attentives à notre sort.

TOGOFORUM: On voit que vous êtes en désaccord avec plusieurs de vos collègues.

AMS: Parlons plutôt de divergence de vue. L'expression des différences est aussi une manifestation de l'esprit démocratique. Disons que nous n'avons pas la même appréhension des rapports de la presse avec le pouvoir et ses méthodes. C'est plutôt l'unanimité sur cette question qui devrait surprendre. 

Nous ne sommes pas tous arrivés dans la profession avec les mêmes idées. Il y en a qui pensent que l'argent qu'offre le chef de l'Etat appartient aux Togolais et qu'on peut en empocher autant qu’on peut, l'essentiel étant de maintenir sa ligne éditoriale. 

Mais ma conscience ne me permet pas de recevoir un cadeau d'un pouvoir qui s'est enrichi sur le dos des populations et qui n'arrête pas de violer les droits les plus élémentaires de mes concitoyens. Non ! c'est insupportable! 

Il faut aussi reconnaître que la paupérisation des masses, la misère implacable cultivée et entretenue par le régime en place est un terreau propice à toute forme de séductions au point que la vertu est en passe d'être synonyme de bêtise.

Dans cette atmosphère de putréfaction morale avancée, tout se justifie. C'est un problème réel auquel les démocrates togolais tant locaux que de la diaspora doivent réfléchir pour y apporter des solutions appropriées. 

Une presse libre engagée mais démunie face à une dictature trentenaire ne peut résister longtemps.

TOGOFORUM: Que répondez-vous à vos collègues de la presse privée qui estiment que votre position relève d'un «puritanisme obsessionnel» et que vous êtes à la recherche
d'une attention particulière?
 
AMS: Je ne sais pas de quel collègue vous parlez. Tout le monde est libre de commenter à sa manière, l'acte que j'ai posé. Je n'ai pas la prétention de donner des leçons à qui que ce soit. Par contre, nul ne peut m'empêcher d'agir en conformité avec ma conscience. Ce n'est pas parce que d'autres me jugeront que je n'ai pas le droit de dire “Non” quand je ne suis pas d'accord et de l'exprimer. 

Je ne vois pas en quoi il est criminel de vouloir être en phase avec sa conscience. Je ne mérite aucune attention particulière. On me prend d'ailleurs pour un rêveur.

TOGOFORUM: Vos collègues vont jusqu'à dire que vous-mêmes avez reçu des sous à Lomé II. Que leur répondez-vous ? 

AMS: Je n'ai pas eu de problèmes particuliers avec mes collègues pour avoir rejeté l'offre qui ne me paraissait pas clair, excepté un seul qui s'agite. Lucien Messan de «Combat du Peuple». Je crois que c'est à lui que vous faites allusion. Je ne comprends pas pourquoi il menace ma liberté de choix. Il va jusqu'à répandre des impostures pour me diaboliser. C'est lui qui fait courir à mon sujet le bruit selon lequel je me rends régulièrement et clandestinement chez Eyadéma à bord d'un véhicule aux vitres teintées pour en ressortir avec des sacs bourrés de CFA. Je constate tout simplement qu'il a magnifiquement assimilé les méthodes qu'utilise le pouvoir contre ceux qui ne veulent pas se soumettre à son diktat. Cela fait partie de pressions visant à m'amener à faire allégeance à la dictature. 

C'est dans la même logique qu'il m'a dit, en présence de deux confrères, que Me Agboyibo a établi une « passerelle » avec un fils d'Eyadéma, Faure Gnassingbé. Mais il ignore que je suis vacciné contre ce genre d'intoxication. 

J'ai l'impression qu'il a dû négocier ma tête, auprès du pouvoir et que ma défection le met mal à l'aise. Il doit comprendre qu'il ne pourra jamais me pousser à me compromettre avec ce régime. Il peut conduire le marchandage sans moi. Je n'ai commis aucun crime en refusant de m'associer à son coup lorsqu'il s'est constitué en relais du pouvoir pour tenter de me corrompre. Je ne veux pas du tout manquer de respect à son égard, ne serait-ce qu'à cause de son âge. Mais je souhaiterais qu'il fasse preuve d'un peu de sagesse et qu'il comprenne le sens réel de mon refus au lieu de chercher à me nuire.

TOGOFORUM: Que vise réellement le pouvoir en initiant cette campagne de charme en direction de la Presse Privée.

AMS: Je crois avoir répondu à cette question à un détail près. J'étais informé bien avant le rendez-vous de Lomé II que le pouvoir s'apprêterait à lorgner du côté de la Presse
Privée très critique à l'égard de son régime et que cette offensive de charme s'inscrit dans un vaste plan visant à miner la presse en prévision du maintien du Général Président après 2003. 

Mais j'ignorais que le nouveau code de la Presse liberticide allait être utilisé comme fonds de commerce par certains pour se remplir les poches. Grosso-modo, l'offre de Lomé II vise trois objectifs. 

  • Récupérer certains journalistes;

  • semer la zizanie au sein de la presse privée;

  • entamer la crédibilité de la presse auprès du public.

TOGOFORUM: Il semble que le pouvoir ait réussi son coup puisqu'on apprend que les journalistes togolais sont très profondément divisés.

AMS:  Il est trop tôt pour parler de profonde division pouvant nuire fondamentalement à la profession. Mais le fait que les positions divergent au sujet de l'usage à faire de cet argent et que les divergences apparaissent sur la place publique montre qu'il fallait s'en méfier.
 
TOGOFORUM: Ne craignez-vous pas pour votre sécurité en dénonçant les méthodes du pouvoir et en refusant obstinément d'accepter l'offre du Général Eyadèma qui vous
ferait certainement du « bien » en cette période difficile ?

AMS: Ecoutez ! je suis entré dans ce métier depuis 1991 comme rédacteur à « Atopani Express », un des premiers journaux privés de la place. J'ai parcouru au moins quatre journaux de la place avant de créer «Le Regard » le 24 juillet 1996. Si nous avons résisté à toutes les séductions du pouvoir malgré toutes les privations dont nous sommes l'objet il serait regrettable de nous laisser humilier pour quelques billets de CFA par un régime tyrannique à son crépuscule. Pour moi, la liberté d'expression n'a pas de prix.

En ce qui concerne ma sécurité, elle ne vaut pas plus que celle de tous les Togolais. C'est vrai qu'au Togo la peur est érigée en système de gouvernement au point que refuser l'offre du « Guide Eclairé » est un crime de lèse-majesté qui peut valoir un châtiment sévère. 

En posant mon acte j'ai mesuré les conséquences qui peuvent en découler. Quand on choisit la voie de la liberté sous un ordre dictatorial primitif il faut s'attendre à tout ! Seul Allah, le Très Miséricordieux est mon Protecteur.

Il y a huit jours un proche du pouvoir me faisait remarquer le danger que je cours. «Petit frère, me dit-il, il ne faut pas risquer ta vie pour rien. Tu as une famille. De toutes les façons le “Patron” ne quittera pas le pouvoir. Le bout du tunnel est encore loin. Il faut en tenir compte et cesser de jouer à l'intègre. Si tu continues, tu laisseras ta famille et ta peau un de ces quatre matins. Mange et ferme la bouche». Ce conseil, je l'ai entendu maintes fois. Ce genre de discours ne m'émeut guère.

TOGOFORUM: On le sait au Togo, ce genre de propos sous forme de conseil est souvent une menace voilée. Pour terminer, croyez-vous en l'avenir d'une presse Privée au Togo ?

AMS: Il faut croire en l'avenir de la Presse Privée malgré les manouvres en tous genres que déploie le pouvoir pour apprivoiser la liberté d'expression. La Presse Privée togolaise peut tenir la route si elle a le soutien des togolais épris de justice et de liberté.

Je vous remercie. 

TOGOFORUM: C’est nous qui vous remercions pour votre disponibilité.

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