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Le Dr Gandi (gauche) et
Ouro sama Chariffou |
Togoforum.com Dr. Bozoura Gandi bonjour!
Dr. Bozoura Gandi:
bonjour Mr. Ouro-Sama
Togoforum.com: Docteur, vous êtes un des rares
hommes politiques de la diaspora qui ont fait confiance à l’APG et descendre au
pays pour participer aux élections législatives du 14 octobre 2007. Vous étiez
même tête de liste de la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA) à
Tchaoudjo mais à la surprise générale, votre parti n’a obtenu aucun député à
l’Assemblée Nationale togolaise. L’on apprendra plus tard que votre parti la
CDPA a pris la décision d’intégrer le gouvernement et ceci au grand dam des
militants de base. Certains militants dont vous-même et la branche de la
CDPA-France avaient décidé de se désolidariser de cette décision prise par les
hautes instances du parti. Dr. Gandi, que reprochez-vous exactement au
Professeur Gnininvi et à Monsieur Aduayom et dites-nous concrètement les raisons
du fiasco de votre parti lors des élections du 14 octobre dernier ?
Bozoura Gandi: Le Professeur Gnininvi et le
Professeur Aduayom sont mes vrais amis politiques qui par leur endurance et leur
ténacité dans la lutte pour l’avènement de la démocratie dans notre pays,
endurance et ténacité doublées de l’humilité, ont forcé mon admiration. Et c’est
de gaîté de cœur que je les ai rejoint au sein de la CDPA qui par surcroît
répond à mon courant de pensée social-démocrate. De ce fait nous nous
connaissons assez bien et ils ne peuvent pas être surpris de ma réaction après
l’entrée de mon parti au gouvernement dans les conditions que l’on sait. Le
contraire les aurait surpris si j´avais réagit autrement. Vous savez, nous
connaissons ceux qui aiment vraiment le Togo et les Togolais et ceux qui veulent
s’en servir. En guise de comparaison je dirai par exemple que Gilchrist a eu la
chance d’hériter d’un nom; il est un mythe tandis que le Professeur Gnininvi est
une réalité. Pour moi il fallait tout simplement avoir foi en Dieu et attendre;
cela devrait être plus honorable surtout que la vérité finit toujours par
triompher car les masses populaires d’un pays peuvent être utilisées faussement
seulement pour un temps mais pas pour tout le temps.
Les raisons du
fiasco de mon parti. Je préfère que vous formulez autrement votre question en me
demandant les raisons du fiasco de tous les autres partis de l’opposition qui
n’ont pas eu un seul élu et je vous répondrai tout simplement ceci: l’argent,
l’argent, toujours l’argent. J’en ai parlé dans ma déclaration du 14 janvier
2008; la faim ne fait pas dormir et nous savons tous ensemble pourquoi nos
populations ont faim. Les méchants ont fait durer la crise politique exprès
jusqu’à ce que nos populations n’en peuvent plus. Rappelez-vous du temps de feu
Eyadéma avec les visites populaires à Lomé II. Vous pensez que c’est par amour
pour ce dernier que les populations se déplaçaient pour se faire piétiner au
risque de leur vie? C’est seulement par l’effet de la misère.
Il y a une
remarque très importante à faire; un parti politique c’est beaucoup plus ses
militants que ses sympathisants. Or en réalité toute l’opposition togolaise, vue
les longues années de dictature endurées par les Togolais, a, en guise de
remerciement, seulement des sympathisants au sein de nos populations et non des
militants en tant que tels. Nos populations aiment l’ensemble de toute
l’opposition parce que c’est ensemble qu’ils ont secoué la forteresse. C’est
pourquoi elles sont souvent heureuses quand elles voient l’ensemble des leaders
de l’opposition venir leur parler. Les vrais militants de nos partis politiques
c’est seulement ceux qui s’occupent de la direction de nos fédérations. Nos
populations ont une réelle sympathie pour nous mais que peuvent-elles si
l’opposition est en manque de stratégie? Elles sont obligées de se replier sur
elles-mêmes et gérer leurs misères comme elles le peuvent. Vous comprenez que
dans ces conditions la tentation est grande. C’est ce qui s’est passé surtout
avec ceux qui étaient chargés de surveiller au niveau des bureaux de vote dont
les membres étaient plus des sympathisants que des militants mordus du parti, et
aussi au niveau des Commissions Electorales Locales Indépendantes. Surtout que
la plupart étaient partis à l’idée que, vu le mode de scrutin, la stratégie
d’aller en rangs dispersés n’allait pas garantir une majorité parlementaire.
Tous contre un, alors que ce –un-là, est un voleur de toujours. Seul Lomé
Commune, le Golfe et un peu les Lacs ont pu, tant soit peu, résister à la
corruption démontrant ainsi qu’au Togo la misère parcourt le pays du bord de mer
jusqu´au fin fond de l’intérieur en grandissant. Et le voleur a fait de
l’intérieur du pays, son lieu de prédilection. Comme quoi, le malheur des uns
fait le bonheur des autres ; quand bien même ce sont ces autres-là qui sont la
source de ce malheur.
Togoforum.com: Le 14
janvier 2008 vous avez lancé un appel à la jeunesse togolaise en parlant d’un
développement à la base par une force politique qu’on dénommera Mouvement pour
la société de développement avec ramification au niveau national, régional et
local. Est-ce à dire que toute l’opposition devrait se refondre en parti unique?
Bozoura Gandi: Non. Loin de là ! Vous savez, notre
pays a une autre histoire qui lui est propre. C’est près de 40 ans de dictature
et on ne peut pas déloger facilement une gestion politique de 40 ans sans être
ensemble, je veux parler des forces démocratiques. Et j’ai adhéré à la CDPA
parce que cet esprit prévalait sérieusement et jusqu’à présent d’ailleurs.
Alors, pourquoi depuis près de 18 ans les sommets de nos partis de l’opposition
ne peuvent-ils accorder ensemble leur violon ? Je n’en sais rien puisque nous ne
pouvons pas être dans le secret des dieux. Alors on peut se dire que tout est
perdu parce que ce qu’ils n’ont pas pu faire aujourd’hui ils ne pourront pas le
faire demain et tout sera à recommencer. Un proverbe Tem dit que la danse
commence toujours par les pieds; c’est pourquoi je suggère qu’on commence par la
base. C’est en quelque sorte l’appel de Tchékpo de la CDPA qui, n’ayant pas
marché avec les patrons, est ramené à la base des masses populaires qui ont le
même combat, celui d’un mieux-être. Alors je me suis tout simplement adressé à
toutes les forces démocratiques, frange jeune d’horizons politiques divers, sans
demander de quitter leurs partis politiques mais de faire une expérience unique
en son genre. Or il s’agit d’élections locales. Donc pour cette expérience
unique en son genre il faut un vocable pour la désigner pour qu’il n’y ait pas
de confusion avec le terme ``union de l’opposition’’ puisque ce n’est pas une
émanation de nos leaders. Pour moi le vocable approprié c’est `` Mouvement local
pour la société de développement’’. Si chaque localité se prend en charge selon
sa spécificité et prend la direction de sa destinée, il se peut qu’il y ait par
après un échange d’expériences entre une localité et une autre proche d’elle.
D’où l’idée de région et d’une région à une autre plus proche. Alors, on avance
vers la nation. C’est tout simple. Ce mouvement n’est pas un parti politique
moins encore un parti unique de l’opposition. C’est tout simplement une prise de
responsabilité de la jeunesse d’un pays; le but étant de mettre fin à la gestion
opaque du RPT depuis 1987 avec cette histoire de ``Délégations Spéciales’’
depuis qu’il n’y a pas eu d’élections locales dans notre pays.
Togoforum.com : Les citoyens après lecture de votre appel se demandent si
cet appel n’est pas votre rupture avec la CDPA. Qu’en dites-vous?
Bozoura Gandi: Je crois que j’ai parlé la langue de
Molière. Se désengager de la décision qu’a prise la direction de mon parti de
participer au gouvernement dans les conditions que l’on sait n’est pas encore
une démission de ma part de mon parti. Vous savez, à la CDPA il n’y a pas de
bénis oui oui. C’est peut-être cette particularité qui a dû induire en erreur le
Secrétaire Général du parti qui n’a pas pu se comporter en dictateur à la
décision majoritaire de la réunion du Comité Directeur. Maintenant si mon parti
estime que c’est suffisant pour m’exclure, donc j’assume. Vous savez, depuis que
le processus démocratique a été enclenché, il y a eu tellement de déceptions au
niveau de la tête de nos partis de l’opposition. Beaucoup de camarades de luttes
qui ont choisi de quitter leur parti à cause du comportement de leur chef pour
un autre ont déchanté parce qu’ils ont eu la même déception plus tard là où ils
sont allés pour les mêmes raisons. Alors faut-il voyager de partis politiques en
partis politiques et jusqu’à quand? Ou bien faut-il quitter et aller toujours
créer d’autres partis politiques? Regardez ce petit Togo et le nombre de partis
politiques créés. Est-ce que c’est la multitude de partis politiques qui
résoudra le problème des Togolais? C’est pourquoi mon appel a été claire; la
jeunesse doit prendre ses responsabilités. Et puis le rêve est permis car la
jeunesse, en prenant ses responsabilités, cela peut entraîner à l’avenir une
mutation du climat politique de façon plus saine. Par exemple pour ce petit
rectangle de territoire de 56.000 km2 avec une population de 5 millions
d’habitants on peut arriver à une charte des partis politiques limitant le
nombre des partis politiques à trois. En bon démocrate il faut considérer tous
les courants de pensée dans la population puisque le monde d’hier n’est pas le
monde d’aujourd’hui. On aura alors le courant de pensée social-démocrate, le
courant de pensée démocrate libéral et le courant de pensée environnemental
parce qu’il faut veiller à notre écosystème gage de notre avenir en tant
qu’homme. Ainsi on aura constitutionnellement trois partis politiques pour le
Togo: le parti social-démocrate pour les socialistes, le parti libéral démocrate
pour les libéraux et le parti des verts pour les environnementalistes. On
demandera à la population de se diriger selon sa convenance et je crois que le
pays s’en tirera mieux. L’exemple nous est donné par les Etats-Unis d’Amérique
qui, grand comme un continent de part sa superficie et sa population, n’a que
deux grands ensembles de partis politiques mais ce pays de démocratie normale se
trouve être la première puissance du monde.
Togoforum.com: Dans votre appel du 14 janvier 2008
vous avez fait allusion à l’Association Togolaise de Lutte contre la
Manipulation des Consciences ( ATLMC ) dont vous faites parti en tant que membre
du Bureau National, ce qui a entraîné la réaction du Président National de cette
association Monsieur Sésé-Rékuah Ayéva, mais vous avez gardé le silence. Curieux
non?
Bozoura Gandi: C’est vrai, j’ai lu la première
réaction de Monsieur Sésé-Rékuah Ayeva, président de notre association et j’ai
gardé le silence. J’ai également lu la deuxième et j’ai encore gardé le silence.
J’ai gardé le silence tout simplement parce que je ne comprenais rien à ce qui
se passait. En disant « ATLMC où es-tu? » je m’adressais en principe à tous les
militants de cette association et en même temps à moi-même puisque je suis
membre du Bureau National pour dire en quelque sorte que malgré le travail
abattu par celle-ci surtout dans le septentrion du pays beaucoup reste encore à
faire. Donc dirigeants et militants réveillez-vous!
Tout compte
fait mon silence m’a permis de savoir que c’est le fait d’avoir à l´époque,
suggéré la création du Comité Provisoire qui est le problème. Or un comité, le
seul fait d’être provisoire ne peut pas être en lieu et place du Bureau National
élu. Quand je suggérais cette création je croyais bien faire. Monsieur Ayéva dit
que j’ai pris le prétexte de la plupart des membres du BN en exil alors qu’il y
avait sept membres sur onze sur le territoire national. Monsieur Ayéva sait
qu’après la création de l’ATLMC et pendant que cette association troublait le
sommeil du dictateur feu Eyadéma, notre camarade membre du BN, d’ethnie Losso et
pasteur d’une église à Sokodé, avait eu des menaces et a fini par nous quitter.
Un autre camarade, Directeur de l’aviation civile à Sokodé nous avait quitté
aussi pour affectation à Lomé et est resté sans nouvelles. Par la suite les
camarades élèves du BN après leur baccalauréat se sont retrouvés à Lomé pour
l’université; le contact était presque coupé avec eux. Le reste des camarades, à
part ceux qui sont allés en exil, ont préféré s’occuper du Job qu’ils ont trouvé
à Lomé. Désormais l´ ATLMC, privée de la tête dirigeante et de certains de ses
membres, n´étaient plus opérationnelle. Il ne restait sur le terrain à Sokodé
que le camarade Traoré Bodowè et moi. Moi-même j’étais souvent en déplacement à
Lomé, préoccupé par les séquelles économiques occasionnées par le plasticage de
ma Pharmacie à Sokodé et il fallait de nouveaux concours financiers pour la
relancer. Que faire pour ne pas donner l’impression de la dislocation de l’ATLMC
devant nos adversaires? C’est pourquoi j’ai suggéré la création de ce Comité
provisoire et le camarade Traoré Bodowè en était Président pendant que moi
j’étais simple conseiller. Il fallait le médiatiser pour qu’on sache qu’on vit
toujours. La preuve c’est que par la suite, le Ministère de l’intérieur avait
convoqué les membres de ce Comité à Lomé pour continuer les intimidations. Ce
qui veut dire que quand bien même il s’agissait d’un comité on n’était pas
tranquille. Un serpent est un serpent même s’il est petit et ça, le pouvoir en
place le savait.
Et je pense que
Mr Ouro-Sama, vous-même étant à l´époque militant de l´ATLMC et président de l´Association
Togolaise de Défense des Intérêts Scolaires (ATODIS) qui avait travaillé à nos
côtés vous saviez quelque chose sur ce dont je venais de parler.
Pour conclure
sur cette question je dirai ceci: je croyais bien faire, mais je ne savais pas
que, jusqu´à un degré inimaginable, cela pouvait déranger. Nul n´est infaillible
et nous sommes sur la terre des hommes. Nous sommes aussi des mortels. Je
demande très humblement à Monsieur Sésé-Rékuah Ayéva de me pardonner. De même,
si dans l’exercice de mes fonctions en tant que membre du Bureau National j’ai
pu par inadvertance l’offenser, je lui présente toutes mes excuses et demande
une fois encore pardon.
Togoforum.com: Je vous
remercie pour votre disponibilité pour cette interview
Bozoura Gandi.: Merci de m’avoir permis d’éclairer
certaines choses. |