Interviews

 

Tribune

 

Politique

 

Culture

 

Société

 

Sites

Propos récueilli par Anastasie Messan le 28 Nov. 2004
Causerie avec le Prof. Ayayi Togoata APEDO-AMAH, Secrétaire Général de la LTDH

«Avec Eyadema au pouvoir, les 22 engagements équivalent à 22 supercheries. Parole de militaire!»   

TOGOFORUM : Depuis le 16 Novembre 2004, les rues des préfectures au Togo débordent de manifestants qui saluent la sage décision de l’UE de reprendre la coopération avec le Togo. Qu’en est-il exactement ? S’agit-il d’une décision de reprise de la coopération ou d'une reformulation des conditions de reprise de cette coopération ?  

Ayayi Togoata APEDO-AMAH : Les gens que l’on jette dans les rues, cela fait partie de l’éternel cirque du RPT, le parti fasciste d’Eyadema. L’on oblige les  pauvres gens à coups de chantages et de menaces à aller défiler pour soutenir Eyadema ou des idioties du genre rétablissement de la coopération de l’UE avec le Togo. La lettre de l’UE au gouvernement togolais est pourtant claire : il faut des législatives propres après des négociations avec l’opposition traditionnelle pour discuter, notamment du cadre électoral pour la reprise de la coopération avec le Togo. Il n’y a encore eu ni de négociations RPT- Opposition ni des législatives honnêtes. Les sanctions continuent donc.

L’UE a eu l’amabilité de livrer à la dictature médiocre du RPT la recette pour la levée des sanctions. Il faut choisir ou l’aide ou les sanctions. Quant au tam-tam ridicule dont la dictature rebat les oreilles des Togolais, il prêterait à sourire s’il  n’y avait eu des morts suite à cette manipulation tragique. 

TOGOFORUM : Parmi les améliorations, l’UE estime que concernant les partis de l’opposition il y a un « accès aux médias publics mais non encore équilibré ». Ce seul constat permet-il de donner un satisfecit au gouvernement Sama ? 

A.T.A.A :  Évidemment non. Les points essentiels des 22 engagements n’ont pas encore été honorés et Eyadema fait de la résistance en essayant de faire du dilatoire. Vous parlez de gouvernement Sama. En réalité, il n’existe aucun gouvernement Sama et n’en existera jamais puisque Sama n’a aucun pouvoir à côté d’Eyadema. Il fait partie du  décor. C’est important de le dire, car Eyadema a toujours mis entre lui et l’opposition des gens qui remuent beaucoup d’air et qui ne représentent rien. L’opposition doit éviter ce genre d’interlocuteurs pour aller droit au but en discutant avec Eyadema et non avec des sous-fifres qui lui permettent de jouer sur deux tableaux. Pour ce qui est de l’accès aux médias de l’opposition et de la société civile indépendante, elle est très surveillée et l’on n’hésite pas à déformer les déclarations et à gommer les critiques s’adressant à la dictature. 

 TOGOFORUM : Les marches de soutien ont-elles une quelconque influence sur la position de l’UE ? 

A.T.A.A :  Eyadema a toujours voulu donner l’impression fausse qu’il avait le soutien du peuple togolais. Pour ce faire, il finance lui-même des marches et des motions de soutien à sa gloire. Quand un dirigeant politique en est réduit à ce genre de gymnastique, c’est un aveu de désaveu public et d’isolement. Seul un régime qui s’écroule peut se permettre de payer des gens et des pique-assiette pour le soutenir. On ne soutient que ce qui s’écroule. Si ces manifestations qui relèvent de la mascarade politique avaient quelque efficacité que ce soit, les sanctions de l’UE n’auraient pas tenu onze ans depuis 1993. C’est une façon de gaspiller l’argent du peuple qui doit faire réfléchir l’UE. Comment un régime qui pleurniche après l’aide européenne peut-il se permettre de jeter de la sorte de l’argent par la fenêtre ? C’est des centaines de millions qui sont ainsi gaspillés à chaque mascarade de soutien alors que les fonctionnaires, les retraités, les veuves accumulent des mois d’arriérés de salaires et de pensions. 

TOGOFORUM : Le principe des marches de soutien que se paye Eyadema est-il compatible avec les 22 engagements puisqu’ils sont l’occasion de déverser des insultes sur l’opposition ? 

A.T.A.A :    Eyadema peut se payer toutes le marches de soutien du monde si ça l’amuse. C’est son droit. Mais lorsque ces manifestations qui ne sont que des manipulations sont l’occasion pour des liseurs de motion analphabètes de déblatérer sur l’opposition et les démocrates des propos orduriers qui relèvent du maboulisme, l’on est en droit de dire qu’il y a violation de l’esprit des 22 engagements dont le socle est le dialogue national. J’ai toujours insisté sur le fait que l’homme politique et a fortiori le dirigeant politique au pouvoir doit toujours se comporter en éducateur. Où est l’éducation lorsque des dirigeants du pays, malgré leur illégitimité, payent des voyous pour s’exhiber à la télévision en revendiquant des assassinats, des attentats, des casses, etc. ? Ce faisant, ces  pseudo-dirigeants ne font qu’exprimer leur véritable nature, au demeurant fort méprisable. Ils sont dignes de pitié.  

TOGOFORUM : Sur le terrain, peut-on parler de l’application effective des 22 engagements ? 

A.T.A.A :  Les 22 engagements sont à peine effleurés par les RPToches. Il ne peut en être autrement puisque c’est dans leur nature de fasciste ennemis jurés de la démocratie et de la liberté. Dans leur essence, les 22 engagements constituent un engagement à adhérer eux mœurs démocratiques et à respecter les droits de l’Homme. Le dilemme que vit le régime militaro-fasciste analphabète, c’est  que cette adhésion, que leur a arraché l’Union Européenne contre son gré, équivaut à une démission du pouvoir. En effet, Eyadema et sa clique savent qu’ils ne sortiront jamais vainqueurs d’une élection propre au Togo. Les prisons du pays contiennent encore des prisonniers politiques. Les institutions à la sauce RPT constituent des entraves à la démocratie, à la liberté de presse et au développement du Togo. Les habitudes de la maison, comme dirait l’autre, ont la vie dure. 

TOGOFORUM : L’opposition a-t-elle entrepris une campagne de désintoxication ? 

A.T.A.A :  Autant le RPT est médiocre, autant l’opposition traditionnelle est un motif de déception pour les Togolais. Cette opposition qui a trahi le peuple en juin 2003 en participant sans aucun contrôle à la mascarade de l’élection présidentielle  pour cautionner le dictateur fait problème. Elle est partie à l’abattoir sur les injonctions de la France et de l’Union Européenne comme un troupeau de moutons bêlant. C’est de la trahison. Cette opposition est incapable d’anticiper et de mettre au point des stratégies dignes de ce nom. Elle est responsable de la démobilisation puis de la résignation du peuple togolais qui, naïvement, a remis son sort entre les mains de Dieu, lequel est sourd comme un pot à ses lamentations abjectes. La liberté requiert des sacrifices, des efforts et des pressions très fortes sur les dirigeants qui se  sont mis au-devant de la lutte. Pendant que les Togolais, genoux brisés, implorent Dieu, leurs vils bourreaux aussi l’implorent pour leur permettre de continuer à opprimer et piller leurs compatriotes. En fait l’opposition n’existe plus que dans les discours. Peut-on imaginer que face aux 22 engagements, elle n’a jamais su ou pu mettre la population dans la rue pour faire pression sur le régime militaro-fasciste d’Eyadema ? C’est une opposition ça ?  

TOGOFORUM : Si l’UE décidait de reprendre la coopération avec le Togo, que se passerait-il ? Si c’était le cas, de quels moyens dispose l’opposition pour continuer son action politique ?

A.T.A.A :    Je ne vois pas ce qui se passera. Il ne se passera rien du tout en dehors des marches de soutien et des niaiseries auxquelles on a habitué les Togolais sur les médias d’État, véritables boîtes à mensonges. Un État qui compte sur la mendicité pour exister n’en est pas un. L’État d’ailleurs n’existe pas au Togo. C’est un pays à l’abandon martyrisé par une clique antipatriotique. La deuxième  partie de votre question semble sous-entendre que toute l’action de l’opposition traditionnelle est basée sur les sanctions européennes. Vous n’avez pas totalement tort. Baser toute sa politique sur des sanctions que l’on ne maîtrise pas, est l’expression d’une démission et d’une grande médiocrité. C’est dire que ces partis de l’opposition ne possèdent pas de stratégies de conquête du pouvoir face au RPT. Si les sanctions venaient à être levées, ceux dont l’action politique ne se limite qu’à ces sanctions risqueraient de se retrouver au chômage. Ne compter que sur l’action extérieure pour se libérer est un leurre, une lâcheté, un aveu d’incompétence.

Les tenants d’une telle stratégie ne méritent pas de diriger le Togo. La lutte pour la démocratie et la liberté ne s’arrêtera pas au dialogue national s’il a lieu. Avec Eyadema au pouvoir, les 22 engagements équivalent à 22 supercheries. Parole de militaire !

TOGOFORUM : Les guéguerres de  leadership au sein de l’opposition ne constituent-elles pas des arguments à charge pour le RPT ?

A.T.A.A :
  Les RPToches sont vraiment mal placés pour exploiter les contradictions internes de l’opposition.  Au sein du RPT, on ne discute même pas. Toutes les voix dissonantes y sont réprimées. C’est normal. C’est un parti antidémocratique. Au sein de l’opposition, il y a une grave contradiction : elle revendique la démocratie mais au sein même des partis, la démocratie est souvent oubliée au bord de la route. Quant aux querelles de leadership, elles sont dans l’ordre des choses dès lors qu’il y a compétition pour la dominance. Mais en réalité, les deux vrais responsables des déchirures au sein des forces démocratiques  sont Agboyibo et Olympio, je veux dire les seuls hommes politiques de l’opposition qui méritent l’appellation de leaders de par la représentativité de leur parti, le CAR, et l’UFC. Tous les autres prétendus leaders ne représentent rien, sinon eux-mêmes. Ce sont des abonnés aux scores peu glorieux de 0 % d’une élection à l’autre. Olympio et Agboyibo portent une lourde responsabilité, à mes yeux, parce qu’ils n’ont jamais été capables de se comporter en leaders, en locomotives. La plupart du temps, dans la vie politique, ils ont été les otages des groupuscules  dirigés par Edem Kodjo, Zarifou Ayeva, Léopold Gnininvi, etc.

La clé des problèmes de l’opposition se trouve entre les mains d’Olympio et Agboyibo. S’ils sont incapables de résoudre leurs contradictions internes au petit niveau de l’opposition, ils auront fait la démonstration de leur incapacité à devenir des hommes d’État capables de porter un pays tout entier sur leurs épaules. Qu’on se souvienne de la querelle de la candidature unique pour la présidentielle du 1er juin 2003. Comment des nains politiques comme Edem Kodjo, Zarifou Ayeva, Gnininvi ou Dahuku Péré pouvaient-ils se permettre de taper du poing sur la table pour exiger la première place en présence de Gilschrist Olympio d’abord, et d’Agboyibo ensuite ? Soyons sérieux !  Une élection est essentiellement une affaire d’arithmétique. Qui rassemble le plus de monde derrière lui ? Tous les Togolais le savent. L’opposition traditionnelle, en tout cas celle qui compte, se réduit en tout et pour tout à l’UFC et au CAR. Vouloir le nier est de la pure fumisterie. Le leader pour le peuple togolais aujourd’hui, c’est incontestablement Gilchrist Olympio, qu’on le veuille ou non. Pour que prennent fin les criailleries au sein de l’opposition, il appartient à Olympio et Agboyibo de prendre leurs responsabilités. Cela suppose d’abord que Agboyibo reconnaisse la préséance d’Olympio  et que ce dernier lui accorde la place qu’il est en droit de revendiquer par rapport à l’implantation du CAR sur tout le territoire national. Agboyibo et les CARistes doivent comprendre et accepter que, au sein de l’opposition, après la présidentielle de 1998, il y a eu une alternance. Ce n’est plus lui le leader mais Gilchrist Olympio.

TOGOFORUM :
Qu’est-ce qui explique au fond le blocage du dialogue actuel repris le 25 août 2004 ?

A.T.A.A :
  Le dialogue national, c’est-à-dire les négociations pouvoir RPT- opposition –société civile n’a jamais débuté pour qu’il puisse être repris. Les dirigeants du RPT affirment en privé que les 22 engagements sont une couleuvre que l’UE leur a fait avaler. D’où viennent leurs errements? Négocier signifie pour eux céder beaucoup, perdre des privilèges et à terme le pouvoir. Dans leur position actuelle, les RPToches risquent d’être les seuls à laisser des plumes dans une véritable négociation. La raison est simple : ils ont tout pris, ils ont tous les pouvoirs sans partage parce qu’ils l’ont conquis par la force et la triche. L’opposition traditionnelle n’ayant rien, n’a donc rien à céder sauf quelques traîtres de service en les personnes de Edem Kodjo et Zarifou Ayeva qui ont rejoint le RPT avec armes et bagages. Ils jouent actuellement le rôle de contempteurs les plus virulents de l’opposition traditionnelle au point même de damer le pion au  RPT, leur nouvel allié. Je rappelle que ces deux individus sont allés à Bruxelles jouer le rôle d’avocat d’Eyadema pour un abandon sans conditions des sanctions. Lors des discussions du Comité Paritaire de Suivi (CPS), il y a peu, ils s’étaient comportés en cheval de Troie au sein de l’opposition. Décidément, le RPT n’a jamais eu de flair. Le tandem Kodjo-Ayeva est allé à l’élection présidentielle à travers Kodjo que soutenait Ayeva. Les deux minus ont obtenu 0% des voix. Que représentent-ils ? Zéro ! Récemment, le sieur Edem Kodjo a fait sourire les Togolais sur une radio privée en s’en prenant avec virulence à ses compatriotes auxquels il reprochait « de ne pas connaître le vrai Monsieur Kodjo qui est apprécié partout dans le monde entier ». Erreur ! Menterie ! Ce  sont les Togolais qui ne le connaissent que trop bien pour être l’un des principaux responsables de leurs malheurs depuis qu’il a créé le RPT en 1969. Ayeva et Kodjo ne valent même pas le pet d’un chien galeux. Oublions ces paléo-RPTistes devenus des néo-RPTistes.

TOGOFORUM :
Question : Avez vous un message à l’endroit des partis de l’opposition ?

A.T.A.A :
  A l’heure où les rangs de l’opposition sont heureusement en train de  se décanter et où les rats pestiférés quittent le navire, les vrais opposants à la dictature ont l’impérieux devoir de dénoncer les traîtres Edem Kodjo et Zarifou Ayeva pour bien signifier au peuple qu’ils sont du côté du RPT, des ennemis du peuple. Edem Kodjo est coutumier de cette duplicité. Alors qu’il s’était allié au RPT avec son UTD et était le premier ministre d’Eyadema en 1994, il continuait à se réclamer de l’opposition ! Les partis qui continuent à s’opposer à la dictature obscurantiste et archaïque devront exiger, à l’ouverture des vraies négociations, l’exclusion pure et simple de leur rang des traîtres Zarifou Ayeva et Edem Kodjo. Ces pauvres bougres n’auront qu’à quémander une petite place à côté du RPT ou faire partie de sa délégation.

Nous ne devons plus tolérer le gangstérisme politique de vils politicards médiocres au  service de la canaillocratie au pouvoir. Si Eyadema veut organiser des législatives unilatérales sans les négociations exigées par l’UE, l’opposition traditionnelle devra dignement refuser d’y participer. Nul n’est tenu de participer à des élections frauduleuses. Le pouvoir dictatorial va chercher à utiliser ses deux nouvelles recrues Kodjo et Ayeva. Personne ne doit paniquer parce qu’ils ne représentent rien. Même pas un pet nidoreux lâché au vent ! Et merde !

Interviews

Trouvez une bourse d'études

Find Scholarships Today!

 

Job.com

 

 

 

Pour tout contact écrire à liaisons@togoforum.com

Tribune | Interviews | Débats | AgoraPress | Economie | Culture | Chatroom | Sites