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Interview

 le 25 fevrier 2007

Monsieur Antoine Bodjona s'entretient avec togoforum.com : «Quelques fois aussi il ne faut pas se plaindre d’être un parent d’un membre du parti adverse »

Propos récueillis par Joseph Takeli

Monsieur Antoine Bodjona


Ancien militant du comité de l'unité togolaise (C.U.T), M. Antoine Bodjona s'ouvre à togoforum.com et explique les raisons qui ont amené le 2ème vice-President de l'Union des forces de changement, le Dr Amah Gnassingbé à entrer au gouvernement dirigé par Me Agboyibo. Il déplore la marginalisation dont lui et ceux qui pensent comme lui à l'UFC sont l'objet. Monsieur Bodjona récuse les accusations d'intelligence avec le parti au pouvoir formulées contre lui par certains poids lourds de l'UFC. Monsieur Antoine Bodjona reaffirme ses convictions et donne sa definition de la politique : «
la politique ce n’est pas la gueule, ni l’arrogance, ni le mensonge ni l’extrémisme, encore moins le chantage.  Ce n’est pas non plus ‘’moi ou rien, tout ou rien’’, c’est plutôt le respect de soi et de l’autre, le réalisme, la mesure, la sincérité ;  c’est enfin l’humilité quelque fois.»

TOGOFORUM : Bonjour Monsieur Antoine Bodjona. Merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Par son entrée controversée au gouvernement de Maître Yawovi Agboyibo, le 2è vice-président de l’Union des forces de changement, le Docteur Amah Gnassingbé s’est mis dans une position de dissidence vis-à-vis de “votre parti.” On sait que vous Monsieur Bodjona, ne désapprouvez pas sa position actuelle. Pourquoi l’appuyez-vous ? Est-ce parce qu’il est de la Kozah comme vous ?
Monsieur Antoine Bodjona : L’opposition de Gilchrist Olympio à l’entrée de l’UFC au gouvernement d’union nationale de Me Agboyibo, opposition qui a fait l’objet de sa déclaration le 16 septembre 2006 à Paris, a été accueillie par la quasi-totalité des militants dans la diaspora et au Togo comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Et cela se comprend aisément quand on sait que  cette déclaration viole l’Accord Politique Global dont l’UFC est signataire et qui avait soulevé beaucoup d’enthousiasme et d’espoir au sein de la population dans son ensemble.

L’UFC par l’entremise de son bureau national s’était prononcé quel
ques jours plus tôt pour son entrée dans le gouvernement d’union nationale même si le poste de premier ministre ne lui était pas acquis. Ce qui paraît encore surprenant, c’est qu’avant que n’intervienne la nomination de Me Agboyibo, le Président Gilchrist, à une question qui lui avait été posée à Paris sur la probabilité que le choix du Premier ministre reviendrait à l’UFC, il avait répondu que l’UFC n’était pas la seule force politique d’où pourrait être choisi le Premier ministre, reconnaissant ainsi implicitement que l’UFC n’avait pas le monopole de ce choix et que la nomination du Premier ministre pouvait émaner tout aussi bien d’une autre formation politique.

Je ne soutiens donc pas le Dr Amah Gnassingbé parce qu’il est de la Kozah comme moi, les questions de personne ne m’ont jamais préoccupé sinon je ne serais pas à l’UFC ! En politique seuls les actes comptent et la déclaration en l’occurrence de M. Gilchrist Olympio était inopportune, déplacé
e et antidémocratique : une décision qui marque un revirement de la position d’un parti. Une décision si importante qu'elle ne peut être prise que selon les usagers démocratiques. Qu’après avoir consulté la base. Or cela n’a pas été le cas avec Gilchrist.

TOGOFORUM : Exactement, que s’est-t-il passé juste avant l’entrée du Docteur Amah Gnassingbé au gouvernement
Monsieur Antoine Bodjona : Aussitôt après la nomination de Me Agboyibo et la déclaration de Gilchrist excluant la participation de l’UFC au gouvernement d’union nationale, les premiers à désapprouver cette déclaration ont été les militants de l’UFC : en effet au Togo comme dans la diaspora, c’est par des appels téléphoniques, tous exprimant leur indignation et leur condamnation que les militants ont saisi le Dr Amah Gnassingbé 2e vice-président de l’UFC et Président national en l’absence du Président Gilchrist et de son 1er vice-président Bob AKITANI. Face donc à cette situation, le Dr. Amah convoqua le bureau national pour examiner la situation créée par cette déclaration.

Une première réunion fut convoquée le jour là même, c’est-à-dire le 17 septembre et a pu réunir la moitié environ des membres du Bureau, bien que matériellement  il était impossible d’atteindre tout le monde- puisque tout devait se passer dans l’espace de quelques heures ! D’entrée de jeu, la déclaration de Gilchrist a été jugée irrecevable et devait être rejetée mais cette  question avait été reportée au lendemain pour être reprise à la réunion du 18 septembre qui coïncidait avec le jour prévu pour les réunions hebdomadaires de l’UFC c’est-à-dire lundi.

A cette réunion, tous les membres du bureau national auxquels s’était joint un grand nombre de militants étaient présents, y compris M. JP Fabre et Patrick Lawson. Toutes les fédérations de Cinkassé à Lomé ainsi que tous les coordinateurs devaient se prononcer sur la question de la participation ou non de l’UFC au gouvernement d’union nationale.

Le résultat ne s’est pas fait entendre. Toutes les fédérations et tous les coordinateurs, tour à tour se sont prononcés sans la moindre fausse note pour l’entrée  sans condition de l’UFC au gouvernement d’union nationale : la plupart trouvait en effet que la position de Gilchrist était suicidaire pour le Parti dans la mesure où le rôle essentiel de ce gouvernement était la préparation des élections législatives prochaines, l’absence de l’UFC qui s’est toujours plaint des irrégularités et magouille du RPT dans les opération électorales, pourrait être préjudiciable au parti - d’aucuns trouvaient même que l’UFC n’avait pas à se préoccuper de cette nomination estimant que le Premier ministre en l’état actuel de la constitution, n’avait aucune prérogative, son rôle se réduisant à celui d’un « coursier » du Président de la République ;  par conséquent, il était préférable à l’UFC d’avoir un Premier ministre sorti des urnes qu’un Premier ministre nommé dans ces conditions.

Quant à la promesse qui aurait été faite à notre délégation à Ouaga concernant le choix du Premier ministre dans les rangs de l’UFC, un intervenant et pas des moindres dont je tais volontairement le nom, a fait remarquer que c’est à Ouaga que ce choix aurait dû se faire, ajoutant qu’il était inconcevable, voire ridicule et naïf, que notre délégation se soit contentée d’une simple promesse verbale faite en coulisse sans exiger pour être crédible son inscription dans l’accord politique global ou tout au moins faire l’objet d’une déclaration officielle ou publique ! Un autre intervenant dont je tais encore le nom a expliqué le fait que le choix n’ait  pas été porté sur l’UFC par le fait des pressions que le Président Faure aurait subies, à son corps défendant, par les barons du RPT et des officiers de haut rang de l’Armée. D’aucuns ont demandé que Gilchrist présente des excuses à Me Agboyibo pour les propos discourtois tenus à l’endroit des autres partis de la mouvance dite radicale, qu’il a traités de satellites du RPT. On devrait plutôt s’en réjouir car cette nomination aurait pu intervenir dans les rangs même du RPT ou des partis dits modérés, ce qui ne nous aurait pas arrangé du tout ! Telles sont les discussions qui ont animé les débats et les résultats auxquels on a abouti ce jour du 18 septembre 2006 au sujet de la déclaration de Gilchrist Olympio.

Outre les inconvénients relevés tout au long de ces débats, il faut ajouter que la non participation de l’UFC au gouvernement entraînait ipso facto son isolement quand les deux autres partis radicaux le CAR et la CDPA y avaient adhéré,  situation  que nous avons toujours craint et cherché à éviter ! Or eu égard à l’allure que prenaient les consultations, on avait l’impression qu’aussitôt après la déclaration de Gilchrist, on était pressé de former le gouvernement ;  il n’y  avait donc pas à tergiverser si on veut empêcher l’isolement de l’UFC. Voilà dans quel esprit le Dr Amah a répondu à la convocation du Premier ministre pour être consulté en vue de la formation du gouvernement.

A l’un de ses premiers contacts avec maître Agboyibo, le Dr Amah, fort  de ce que la primature avait échappé à l’UFC demanda qu’en compensation il soit attribué à l’UFC plus de ministères en nombre et en importance. Six portefeuilles lui furent promis ; entre autres les Affaires étrangères, l’Economie, le Développement surtout un vice-premier ministre (dont la création du poste était envisagé). Ces portefeuilles selon les propositions et consultations du Dr Amah Gnassingbé au sein de l’UFC allaient revenir à Lawson Patrick comme vice-premier ministre, à Lawson Georges comme ministre des Affaires étrangères,  à Mlle Améganvi Isabelle comme ministre des Affaires sociales et de la Promotion féminine, les autres portefeuilles devant être repartis entre Diabacté, Wilson Seth, Bouraïma etc. le Dr Amah Gnassingbé avait consulté la plupart de ces personnes avant de soumettre leur liste au Premier ministre Agboyibo.

Dans tout ceci quel est l’acte posé par le Dr Amah et qui signifierait une dissidence vis-à-vis de l’UFC ou qui dénoterait qu’il est en train de se faire débaucher par le RPT comme le prétend JP Fabre.

TOGOFORUM : M Patrick Lawson a déclaré que le gouvernement aurait dû être dirigé par l’UFC, qui, estime-t-il est le parti qui a le plus souffert du système RPT et qui est le parti le plus populaire au Togo (cf RFI).  Ne trouvez-vous pas cette exigence normale et légitime ?
Monsieur Antoine Bodjona : Ma préoccupation n’est pas de savoir quel parti est le plus populaire ou quel parti a le plus souffert du système RPT ou si l’exigence de M. Patrick Lawson est légitime ou non. Pour moi, Ouaga était l’occasion unique et c’est à la réunion de Ouaga qu’il fallait avancer et soutenir ces arguments pour convaincre l’auditoire, c’est-à-dire les autres protagonistes. La meilleure stratégie aurait été qu’au préalable, l’UFC se soit concertée avec ses pairs de la mouvance radicale c’est-à-dire le CAR et la CDPA.

Au lieu de cela, la délégation de l’UFC dont faisait partie M. Lawson Patrick a préféré se contenter d’une promesse verbale obtenue en coulisse. Pourquoi la promesse  n’a pas été inscrite dans l’APG si vraiment elle était sincère. Tout au moins, elle aurait fait l’objet d’une déclaration publique ou officielle. N’est-ce pas faire preuve d’immaturité politique que de se fier à de telles promesses qui n’engagent personne aux yeux du peu
ple ?

TOGOFORUM :
Avez-vous l’impression que la présence du Docteur Amah Gnassingbé dans le gouvernement est utile, même pour lui-même? Il est ministre d’Etat sans portefeuille, on pourrait dire qu’il est juste un monument enjolivant le gouvernement Agboyibo et sans impact réel sur les problèmes de la nation. Rectifiez-nous sur ce point, s’il vous plaît. 
Monsieur Antoine Bodjona : La présence du Dr Amah Gnassingbé dans le gouvernement pour moi, est conforme à toutes les résolutions et recommandations de l’UFC. Cette présence devait normalement éviter au parti l’isolement dans lequel il se trouve aujourd’hui et dont l’effet démobilisateur est ressenti inéluctablement… Amah Gnassingbé est sans portefeuille certes mais il est le deuxième personnage du gouvernement. Dans la hiérarchie, il vient juste après le Premier ministre ; il est donc assimilable à un vice-premier ministre, et à ce titre, il remplace le premier ministre en cas d’absence ou d’empêchement de celui-ci, il n’est donc pas dépourvu d’attribution.

TOGOFORUM :
Le conseil national de l’UFC s’est tenu les 3 et 4 février de cette année avec la présence effective de son président national au Togo. Concernant le Docteur Amah Gnassingbé, Monsieur Gilchrist Olympio répondant à une question d’un journaliste à son sujet a  dit ceci en substance : « Amah Gnassingbé est pour le moment suspendu de notre parti. Ce que nous avons dit à Amah Gnassingbé, est que comme il a pris une décision contraire à celle du parti, il ne peut être ministre dans ce gouvernement qu’à titre personnel. Le départ de Amah Gnassingbé n’a pas d’impact particulier sur le parti. Mais nous lui laissons le choix de revenir au bercail. Vous savez en politique, il y a des gens qui sont importants mais personne n’est indispensable.» Qu’en dites-vous ?
Monsieur Antoine Bodjona : Avant d’être nommé à ce poste ministériel,  le Dr Amah a été consulté par le Premier ministre ; il ne l’a pas été parce que Maître Agboyibo le connaît personnellement,  il n’a été qu’en tant que 2e vice-président de l’UFC, Président de l’UFC (en l’absence de Gilchrist Olympio et son 1er vice-président Bob Akitani) et président de la délégation de l’UFC au dialogue intertogolais. Il ne pouvait donc être nommé ministre qu’au titre de l’UFC et pas autrement ;  toute autre interprétation de cette nomination ou de son entrée dans le gouvernement d’union nationale n’est plus ni moins qu’une vaine acrobatie. Il n’y est pas entré à titre personnel. Ses détracteurs ne le disent que pour se donner bonne conscience… Le mot d’ordre du parti n’était pas le boycott comme je l’ai déjà dit.

Quant à savoir si son départ du parti, aura ou n’aura pas un impact particulier sur le parti, laissons le temps au temps car malgré tout ce qui se dit autour de lui, il est membre fondateur de l’UFC et que seul le congrès est habilité dans certaines conditions à statuer sur son sort. Au pire des cas, si l’exclusion était la solution ultime il n’est pas dit que l’UFC se porterait mieux. Son entrée dans le gouvernement ne signifie en rien qu’il quitte l’UFC !

TOGOFORUM : Sommes nous à un point de non retour ? Avez-vous été consulté ou contacté par Monsieur Olympio pour un début de règlement de la crise ?
Monsieur Antoine Bodjona : Je viens de dire que malgré les tapages auxquels se sont livrés les habituels agitateurs de l’UFC, seul le congrès dans certaines conditions peut décider de son sort, mais si au pire des cas, comme je l’ai dit, c’est l’exclusion qui est retenue contre lui, une déchirure du parti sera inévitable parce qu’il ne manquera pas de soutien parmi tous ceux qui, dans l’UFC, avaient exprimé leur opposition au boycott décidé initialement par Gilchrist contre le vœu de la majorité des militants du parti, même si par hypocrisie, on continue à ne pas le reconnaître. L’option du boycott n’était pas le bon choix. Après la formation du gouvernement et la réunion d’Accra où Gilchrist se proposait de régler la crise qui sécoue le parti et le déplacement de Ouaga où il devait rencontrer le facilitateur le Président Compaoré, les militants y compris ceux qui étaient venus à son invitation à Accra continuaient à exiger l’entrée de l’UFC au gouvernement.

Nous avons cru au moment où Gilchrist est venu à Accra qu’il nous inviterait au moins, moi et Issa (puisque nous ne sommes pas encore entrés dans le gouvernement) à la réunion qu’il a animée à cette occasion. Mais hélas, tout avait été mis en œuvre pour nous éviter très soigneusement. Nous aurions pu comprendre que c’est un oubli, ce qui nous aurait incité à demander à le voir quand il est venu à Lomé (pour le conseil national) si à la réunion d’Accra Gilchrist n’avait pas porté des critiques contre ma personne, critiques purement gratuites qui ne pouvaient se déduire que des intoxications et balivernes que diffusent les deux caisses résonnantes de l’UFC que sont M. Fabre et M. Lawson Patrick. Aussi je n’étais pas étonné qu’à l’occasion du conseil national des 3 et
4 février 2007 à Lomé que M. Gilchrist se soit abstenu de nous contacter.

TOGOFORUM : On vous accuse, vous Monsieur Antoine Bodjona d’oeuvrer au débauchage des militants de l’UFC et même d’avoir manipulé le Docteur Amah Gnassingbé au profit du RPT. On le justifie par le fait que vous êtes le père de l’ancien ambassadeur du Togo aux USA et actuel directeur de cabinet du président Faure Gnassingbé. Comme vous le savez vous-même, votre fils Pascal Bodjona est un poids lourd du parti au pouvoir. Les gens ne le savent peut-être pas, mais vous êtes celui qui a installé presque toutes les fédérations de l’UFC dans la Kozah et ailleurs. Votre position est délicate et complexe à la fois. Expliquez nous un peu vos convictions et ce que vous voudriez que les jeunes retiennent de vous.
Monsieur Antoine Bodjona : Nous devinions depuis la déclaration de  boycott de Gilchrist que Patrick Lawson et J.P. Fabre pouvaient en être les instigateurs car connaissant bien Gilchrist : un politicien chevronné qui a toujours eu du respect pour autrui et qui a accumulé un capital de sympathie tant sur le plan national qu’international. Il ne pouvait sans une interférence extérieure prendre une décision sans avoir pris la précaution de consulter sa base, surtout qu’elle marquait un revirement de position de  l’UFC… C’est à un débat à la Radio Télévision Delta Santé auquel avait pris part M Lawson Patrick que ce dernier a reconnu leur responsabilité dans la prise de la décision. Et quand on voit le remue ménage qu’elle entraîne aujourd’hui et son intérêt quasi nul pour le parti, on peut se demander ce qui a pu se produire dans les têtes des ces deux personnages après la nomination de Me Agboyibo au posite de Premier ministre.

Je comprends le désarroi de M. Patrick Lawson candidat de l’UFC à ce même poste. Mais que cette déception pousse à remettre en cause les acquis du dialogue intertogolais obtenus au prix que tout le monde sait, c’est vraiment inouï et cette remise en cause pouvait ne pas se limiter à l’UFC seule. En traitant le CAR et la CDPA de partis satellites de RPT, on pouvait s’attendre
à ce que ces deux formations sœurs de l’UFC, par peur de se compromettre  aux yeux du peuple (pour collaboration avec le RPT) emboîtent le pas (au moins la CDPA) à l’UFC et refusent de participer au gouvernement d’union nationale. Ce qui aurait pour conséquence d’amener le Président Faure à reconsidérer, pouvait-on penser, la nomination de Me Agboyibo.

Le rejet de la déclaration de Gilchrist par son propre parti l’UFC est la preuve que le peuple togolais dans son ensemble n’approu
vait et ne se prêterait pas à une telle éventualité. Cela explique aussi pourquoi le CAR et la CDPA n’ont donné aucune suite à cette nouvelle initiative de l’UFC.

Aujourd’hui même si on n’a pas le courage de le dire, cette option n’était pas la bienvenue, elle était nuisible pour l’UFC. Une preuve : après la formation du gouvernement d’union nationale
et quand le nouveau gouvernement a entrepris des démarches pour un début de reprise de la coopération avec l’UE, l’UFC a, selon le ministre Bawara, tenté d’entraver la démarche au motif qu’elle ne faisait pas partie du gouvernement mais la tentative a échoué parce qu’elle n’aurait eu aucun écho, étant désormais seule contre tous ;  l’UE l’aurait considéré comme un éternel  insatisfait…

Au lieu d’avoir l’humilité de reconnaître l’échec de leur stratégie et chercher à corriger le tir en donnant raison au Dr Amah, ils ont préféré détourner l’attribution des militants de leurs turpides en allant chercher de petits poux sur
les  têtes pourtant bien rasés du Dr Amah, Bodjona et Issa qu’on va jeter en pâture à la vindicte populaire sur la place publique pour une peccadille. Cela rappelle le rôle de l’âne dans le récit « Les animaux malades de la Peste » de la Fontaine. 

Encore une fois le Dr Amah Gnassingbé n’a posé aucun acte suspect susceptible de ressembler à une désertion ou à un débauchage de l’UFC par le RPT. C’est aussi ridicule d’affirmer que j’ai servi d’intermédiaire à ce débauchage parce que je m’appelle Bodjona Antoine père de Pascal Bodjona. Je pensais jusqu’à présent que s’il y a quelqu’un au sein de l’UFC qui me connaît suffisamment c’est bien JP Fabre !  Que cette affirmation vienne de sa  bouche, c’est le moins
auquel je pouvais m’attendre. Qu’est-ce qui pouvait me résoudre à me livrer au jeu qu’il me prête : l’argent ? Le pouvoir ? M. Jean-Pierre Fabre à qui je ne cachais rien sait très bien les pressions qui ont été exercées sur moi pour que je quitte l’Opposition et les offres qui m’étaient proposées étaient des plus alléchantes ! Si c’est l’argent ou le pouvoir qui m’importait, je n’aurais pas attendu Pascal ou le Président Faure pour me résoudre. C’est le Président Eyadema (paix à son âme) qui me les aurait donnés et comment ?

M Fabre n’a pas déjà oublié, je crois, combien je me suis investi pour faire connaître et implanter l’UFC dans le Nord et principalement dans la région de la Kara. Se souvient-il des risques que j’ai dû prendre, à un moment où aucun chef de parti de l’opposition ne pouvait tenter la moindre incursion dans ce bled sans risquer pour sa vie ou celle de ses militants à cause de la terreur qu’entretenait à l’époque le colonel Ernest Gnassingbé dans toute la région septentrionale du pays. M. Fabre n’ignore non plus les sacrifices que j’ai dû consentir : les frais occasionnés par ces déplacements et les meetings que je tenais avec ceux qui acceptaient de m’accompagner (dont entre autres M. Palanga Marc).  N’est-ce pas à ma charge ! Quelle contribution le parti m’apportait ? Aucune. Je n’ai que ma modique pension de fonctionnaire retraité !

Peut-être c’est le lieu de lui rappeler en passant, les hostilités que nous avons essuyées à Pagouda où lui et moi faisions partie de la délégation de l’UFC qui devait tenir une réunion de sensibilisation avec notre fédération ! Se rappelle-t-il la fougue avec la quelle le représentant du chef de canton et un groupe de miliciens du RPT étaient déterminés à nous empêcher de tenir notre réunion.- Une discussion s’engagea entre eux et nous, mais très rapidement l’intransigeance des miliciens monta d’un cran, le groupe voulut en venir aux mains et M. Fabre a fui pour regagner notre véhicule m’appelant avec insistance pour qu’on s’en aille. Ai-je obtempéré ? N’ai-je pas résisté aux menaces et finalement n’ai-je pas réussi à faire baisser la tension et nous avons réussi à tenir la réunion, le tout au prix du courage et de ma témérité, mais le p
ire pourrait m’arriver ! Ce jour là m’étais-je pas encore le père de Pascal Bodjona puisque s’est maintenant qu’il me découvre comme tel. Sans moi la délégation n’aurait pas échappé à la violence et la réunion n’aurait pas eu lieu. Quelques fois aussi il ne faut pas se plaindre d’être un parent d’un membre du parti adverse … Je crois que M. Fabre a lui aussi une mère qui est une militante du RPT dont il a bénéficié de la protection à un moment ...

Quant à Amah Gnassingbé tous
les Togolais du Nord au Sud le connaissent comme une véritable idole de l’UFC depuis la conférence nationale souveraine… Depuis toujours il a été confronté aux pires atrocités du régime ancien mais il n’a jamais reculé, il est resté derme et immuable dans ses convictions. Quand M. Fabre, à la Radio Nostalgie, le traite de tous les noms allant jusqu’à le présenter comme un déséquilibré mental, c’est que eux-mêmes sont déséquilibrés sinon ils n’en feraient pas un 2e vice-président c’est-à-dire chef actuel de l’UFC.

Et d’après M. Fabre qu’est-ce qu’on peut dire de quelqu’un qui n’a pas de retenue, qui ment, qui ne respecte pas et qui ne respecte personne !

C’est regrettable, vous en convenez,  que c’est maintenant où le pays connaît une petite détente politique et que les adversaires commencent à se parler que nous choisissons nous autres (Amah- Bodjona – Issa) de nous prostituer au RPT. Comment serions-nous descend
us si bas !

TOGOFORUM : Un peu d’histoire, Monsieur Bodjona. Vous avez été militant du CUT et étiez chef de la circonscription administrative de Palimé (Kluto) lorsque Sylvanus Olympio fut assassiné le 13 janvier 1963. Vous regrettez aujourd’hui qu’aucune autre circonscription administrative n’ait fait ce que vous avez fait ce jour là. Qu’aviez vous fait exactement et qu’est-ce que cela vous a coûté par la suite ?
Monsieur Antoine Bodjona : Il me reste à dire à MM. Fabre et Lawson Patrick que nous ne sommes pas tombés de la dernière pluie ;  avant d’être à l’UFC, nous étions des militants du CUT. Nous ne militons pas pour des postes ministériel ou pour de l’argent. Notre ambition, c’est que le Togo retrouve son indépendance acquise le 27 Avril 1960, que la démocratie et l’Etat de droit s’instaurent tandis que la liberté, la justice, l’éradication du tribalisme deviennent des réalités au Togo. Pour cela, nous avons toujours dit aux générations présentes que ces objectifs ne seront pas atteints si les Togolais ne renouent pas avec les vertus et idéaux qui avaient animé les pères de l’indépendance au moment de la lutte… C’est-à-dire le courage, le désintéressement, l’abnégation, la persévérance, l’honnêteté… etc.

A quelle vertu correspond le mensonge flagrant de M. Lawson Patrick lorsqu’il déclare que c’est avec moi et Issa que le Dr Amah Gnassingbé est allé remettre les propositions de l’UFC au premier ministre Agboyibo pour la formation du gouvernement. Je
ne sais comment ils parviennent lui et M. Fabre à créer par leur imagination des faits qui n’ont jamais existé car jusqu’au jour d’aujourd’hui j’ignore où se trouve la Primature à Lomé. J’ai appris qu’elle est située dans l’enceinte de la Cité OUA mais jamais je n‘y ai mis les pieds.

Quant à M. Fabre qui soutient que c’est moi qui ai servi d’intermédiaire pour un soi-disant débarquement du Dr Amah par le RPT
, sait-il bien ce qu’il dit ? N’est-ce pas un affront à ma digité et si je l’assignais en Justice pour dénonciation calomnieuse et diffamation, a-t-il la moindre preuve de son accusation ? N’est-ce pas en définitive du chantage, mais un chantage pour faire de la sensation, peut coûter cher. Un peu de réalisme s’il lui plaît !

Ceci étant je voudrais l
eur rappeler que la politique ce n’est pas la gueule, ni l’arrogance, ni le mensonge ni l’extrémisme, encore moins le chantage.  Ce n’est pas non plus ‘’moi ou rien, tout ou rien’’, c’est plutôt le respect de soi et de l’autre, le réalisme, la mesure, la sincérité ;  c’est enfin l’humilité quelque fois.

S’ils ne mettent pas un peu d’eau dans leur vin, l’UFC finira un jour par se disloquer, elle s’érode déjà du sommet à la base et vice versa, et ce serait dommage pour ce parti qui jusqu’à une période récente a eu le vent en poupe et, regrettable pour nous et Gilchrist si jusque là les objectifs assignés à la lutte ne sont pas atteints. Quant à nous, nous n’avons pas peur de partir de l’UFC mais nous n’acceptons pas qu’on nous vilipende ou qu’on nous diabolise à partir des accusations gratuites forgées de toute pièce.

Si c’est mon patriotisme qu’on veut mettre en doute,
je me dépêcherais de dire qu’il n’est pas d’aujourd’hui : le 13 janvier 1963, jour où se produisit le coup d’Etat qui emporta notre président Sylvanus Olympio, j’assumais les fonctions de chef de circonscription de « Klouto » (comprenant les préfectures actuelles de Kloto- Agou et Dayes) et si la mobilisation à laquelle était parvenue les populations, qui étaient décidées à mettre le cap sur Lomé avait été suivie par une circonscription voisine, le coup aurait peut-être connu une autre tournure. C’est dans mon pyjama que j’ai été tiré du lit ce dimanche matin à six heures, pour me rendre au volant de ma voiture, à mon bureau à Kpalimé (à 9km de Massahoe se trouvaient les résidences du chef cir  et son adjoint). J’ai eu toutes les peines à contenir  la marée humaine qui ce pour-là avait accouru de tous les coins de la circonscription.

J’ai eu après à répondre de cette mobilisation populaire devant les nouvelles autorités auxquelles j’avais  été conduit manu militari. Remarquons que j’avais été défendu par Eyadema, alors jeune lieutenant qui a estimé que ma réaction et celle de la population étaient légitimes car je ne pouvais en toute logique trahir l’autorité que je représentais. Néanmoins j’ai été relevé  de mes fonctions et affecté au Contrôle Financier à  Lomé où je continuais à recevoir des menaces. Je devais enfin quitter le Togo en septembre 1963 pour deux ans à a faveur d’un concours organisé par la France pour entrer à l’Institut des Hautes Etudes d‘Outre-Mer à Paris (ancienne Ecole Nationale de la France d’Outre-mer).

TOGOFORUM : Que pensez-vous la récente réhabilitation du président Sylvanus Olympio ?
Monsieur Antoine Bodjona : Vous savez la réhabilitation du Président Sylvanus Olympio est une des raison pour lesquelles je continue à faire la Politique. J’ai condamné personnellement le coup d’Etat du 13 Janvier 1963 et surtout l’assassinat de ce grand homme. Quand on mesure les péripéties de la lutte qu’il a menées, les privations qu’il s’est imposées, les sacrifices qu’il a consentis jusqu’au sacrifice suprême de sa vie le 13 janvier 1963, Sylvanus Olympio ne peut pas être moins qu’un héros. Figure emblématique du CUT et pétitionnaire infatigable du Togo au conseil de Tutelle de l’ONU, Sylvanus Olympio a connu beaucoup d’épreuves difficiles avec la colonisation française, un exemple : quand à un moment de sa lutte, son intransigeance avait amené le colonisateur à envisager son éloignement du pays pour l’évincer de la politique du pays, un plan judicieux fut concocté à cet effet. On le nomma Directeur général pour toute l’Afrique de la Société UNILEVER (dont il fut le directeur d’une filiale au Togo) avec résidence à Paris. C’était en fait une grande promotion au poste qui, par son importance au regard de ce qu’il peut rapporter matériellement, vaut mieux que celui d’un chef d’Etat dans nos pays. Mais c’était sans compter sur la vigilance et la détermination de Sylvanus Olympio.  En effet, dès que le sort du Togo vient à l’ordre du jour à l’ONU, il n’hésite pas à intervenir personnellement, ce qui, pour les colonisateurs était une violation car pour eux M. Olympio n’avait plus à s’immiscer dans la politique de son pays. Sans hésitation, M. Olympio donna sa démission et en simple citoyen revint au pays pour reprendre la lutte. C’est juste une parenthèse pour montrer le degré de patriotisme du Président Olympio ainsi que l’esprit de désintéressement et de dévoiement qui l’animaient. C’est ce que nous voulons que les Togolais sachent.  Ceux qui prétendent lutter pour l’instauration de la démocratie, l’Etat de droit, le respect de la justice etc. et qui pour de l’argent ou le pouvoir placent leur intérêt personnel avant l’intérêt général, qu’ils sachent que la politique, ce n’est pas  l’affairisme.

La commission nationale de réhabilitation de l’histoire du Togo que le Président Faure a eu le mérite de créer et dont je suis membre a eu à se pencher sur le sort des grands hommes de notre pays. L’une des recommandations de la commission a été de faire des obsèques nationales au président Olympio et de reconsidérer le 13 Janvier célébré jusqu’à présent comme une journée de libération nationale et fêtée comme telle. C’est dans l’esprit de ces recommandations que l’an dernier le Président Faure avait prévu avant toute manifestation du 13 Janvier, des offices religieux à la mémoire de Sylvanus Olympio. Avant cela, il a été proclamé Père de l’Indépendance. Son nom a été attribué à des rues. Si on peut objecter que ce n’est pas encore ça, on doit reconnaître en toute sincérité que c’est déjà un pas important amorcé vers le changement souhaité par la commission et par Faure Gnassingbé. Car il y a seulement un an, on ne pouvait pas oser parler de Sylvanus Olympio encore moins poser un acte de reconnaissance le concernant.

Je pense que le Dialogue intertogolais qui a accouché de l’Accord politique Global permettra, si chacun met de la bonne volonté en étant sincère et persévérant, de ramener au pays ses cendres et restes mortels, de lui organiser  des obsèques nationales, de le proclamer héros national et d’ériger des monuments à son effigie à l’instar de ce que Mobutu a fait pour Lumumba au Congo Kinshasa


TOGOFORUM : Merci Monsieur Bodjona
Monsieur Antoine Bodjona : C'est plutôt moi

 

Interviews

Paul Ayivon : «C’est d’une voix unie depuis l’étranger que nous pourrons avoir un impact, aussi petit soit-il, sur les grandes décisions de notre gouvernement»
M Kofi Yamgnane : «Charles Debbasch, alias Koffi SOUZA, n'est pas seulement le CHEF du clan des Blancs» au service du régime togolais, il est en réalité surtout le vrai chef de l'Etat togolais !»
Bawara : Nous envisageons avec le soutien de l’UE la tenue d’un Forum des Togolais de l’Extérieur
Interview avec Kangni Alem : La neutralité politique est une posture mensongère
Maître Martial Akakpa : Martial Akakpo présente l'observatoire togolais de la bonne gouvernance et revient sur l'affaire Moévi
M Victor Alipui repond aux questions de togoforum.com : «C’est une supercherie. Les élections législatives n’auront pas lieu le 5 août 2007»
Interview de Togoforum à M. Tchassona Traoré : Depuis que notre parti est né, nous n’avons pas de relation particulière avec le PDR qui, pour nous, reste une formation politique comme toute autre
Monsieur Antoine Bodjona s'entretient avec togoforum : « Quelques fois aussi il ne faut pas se plaindre d’être un parent d’un membre du parti adverse »
Entretien avec le Docteur Thierno Maadjou Sow de Guinée : « Aucun guinéen n’est plus prêt á se faire tricher » et je vous dis que l’expression est devenue générale
L’Honorable Frititi Voulé repond aux questions de togoforum : « La célébration du 13 Janvier dans ses formes originelles n’a plus sa raison d’être… »
CTR : togoforum tend son micro à M. Isidore LATZOO du Comité togolais de résistance
UFC : Jean-Pierre FABRE de l'Union des forces de changement répond aux questions de Togoforum
Monsieur Kofi FOLIKPO de PYRAMID of YEWEH : Monsieur Kofi FOLIKPO repond aux questions de togoforum.com
Entretien avec Monsieur Comi Toulabor : Echec ou réussite du dialogue : tout est fonction de quel bout de la lorgnette où on se trouve pour apprécier
UFC: Causerie avec Monsieur Elliot Ohin, Représentant de l’Union des Forces de Changement (UFC) en Amérique du Nord
Réponses du Professeur Léopold M. GNININVI, SG de la CDPA, aux questions de Togoforum
Entretien de togoforum avec M. Alex BINIZI, SG de l’A.P.U.A.-FRD
Péré: Désormais, avec le parti qui naît, les choses ne font que commencer et tout espoir est permis. Que Dieu bénisse et protège le Togo !
Causerie avec le Prof. Ayayi Togoata APEDO-AMAH, Secrétaire Général de la LTDH
Interview exclusive de Me Dégli au "Forum de la Semaine"
Les dernières élections belges et européennes analysées par Monsieur Labitey Combey Vioto
Quel bilan de 13 ans de lutte pour la démocratie au Togo et quelles perspectives d'avenir? Maître  Sitti analyse
Après les Elections Présidentielles du 1er juin 2003, M. Dahuku Péré s'entretient avec togoforum
Gilchrist Olympio s'entretient avec RFI après le rejet de sa candidature
Laurent Lawson du CTSD
Le Journaliste Abass M. S
sur la presse privée au Togo
Apédo-Amah dissèque la politique togolaise et ses acteurs
Regard croisé sur le théâtre en Afrique
Causerie avec Elizabeth Bouetard
Entretien avec La Compagnie "Le Roseau du Burkina Faso
Interview avec le Porte-Parole du PSR, le Professeur Wolu Kouami
Un éclairage  sur les questions monétaires actuelles avec le Professeur Jérémie Mbow KADOUMTA
Entretien avec l'avocat de M. Agboyibo, Me Kodjo APEVON
Interview accordée par Monsieur Bassirou Ayéva
 

 

 

 
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