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Propos récuilli par Ali Camus le 14 Décembre 2007

Lomé, le 15 Dec 2007

Victor Alipui : L'aide a contribué à aliéner notre pays : La dette extérieure du Togo se monte à environ 850 milliards de francs CFA

« Nous ne croyons nullement en l’aide, ou si vous préférez le financement extérieur, sous sa forme actuelle. Elle a contribué à aliéner notre pays puisque, à l’heure actuelle, la dette extérieure du Togo se monte à environ 850 milliards de francs CFA. Ce qui est énorme. Dans les années 80, en tant que Ministre de l’Economie et des Finances, nous savons très bien les sacrifices consentis par les citoyens Togolais, dans le cadre des différents programmes d’ajustement structurel, pour redresser la situation économique et financière, et, notamment, pour le remboursement de la dette. Ces sacrifices, vous les connaissez bien : blocage des salaires, des avancements et des recrutements dans la fonction publique, la privatisation des entreprises d’Etat mal gérées, l’augmentation de la pression fiscale qui, il faut le reconnaître, a obéré le compte d’exploitation des entreprises du secteur privé. Avec quatorze ans de sanction de l’Union européenne, certains peuvent imaginer les sacrifices qui nous attendent pour rembourser non seulement la dette extérieure mais aussi la dette intérieure, après la reprise de la coopération. L’argent viendra sans doute, mais, comme le disait l’un de nos professeurs dans le temps, le Professeur Michel Leduc en l’occurrence, « la marchandise suit l’argent, c’est-à-dire que l’aide est toujours liée, même si c’est un don.»

Togoforum: Merci pour cet entretien avec Togoforum en dépit de votre calendrier chargé. Monsieur Alipui, l'ouverture tant prônée par Faure n'a pas eu lieu. Selon-vous le RPT est-il allé trop loin avec sa victoire ou c'est l'UFC et le CAR qui ont posé des conditions inadmissibles pour leur entrée au gouvernement?
Victor Alipui : Le GRAD dans un document du 17 novembre 2007 avait déjà fait connaître sa position sur les spéculations ou les intentions du Chef de l’Etat de la formation d’un gouvernement d’Union nationale ou d’un gouvernement d’ouverture. A partir du moment où un parti politique a une majorité aussi écrasante que celle du RPT, nous ne voyons pas la pertinence d’un gouvernement d’union nationale ou d’ouverture qui pourrait conduire à une sorte d’immobilisme. Nous pensons que le RPT doit gouvernement seul pour appliquer son programme de gouvernement et laisser l’opposition jouer son rôle d’opposition à l’Assemblée. Le RPT doit assumer la responsabilité qu’implique sa victoire. S’il arrive à appliquer ou non son programme le peuple togolais le jugera au moment opportun, c’est-à-dire lors des prochaines échéances. Nous ne connaissons pas les conditions que l’UFC et le CAR ont posées. C’est normal que si quelqu’un vous demande de venir gouverner avec lui que vous posiez des conditions. Il lui appartient de porter ses appréciations sur les conditions posées pour les accepter ou les refuser.

D’ailleurs le nouveau gouvernement vient d’être formé, ces partis n’y sont pas. Nous voyons qu’il y a eu une certaine ouverture en direction des partis qui ont perdu les élections. Au Togo, la dignité a perdu son sens pour beaucoup de personnalités. C’est regrettable pour l’avenir du Togo

Togoforum: Pour Mr Olympio il fallait négocier un statut pour les ministres issus de son parti. Ce n'est pas trop exiger du vainqueur, c'est á dire le RPT?
Victor Alipui : Comme nous venons de lire, c’est au demandeur de voir, si par rapport à son programme, il peut travailler avec l’UFC selon les conditions posée par celle-ci. Nous constatons avec la formation du nouveau gouvernement que l’UFC n’est pas représentée. D’ailleurs ce serait une grave erreur que commettrait l’UFC en allant siéger dans ce gouvernement. Ce serait trahir la confiance des milliers de Togolais qui ont voté pour elle pour le changement de régime. Le RPT doit assumer sa victoire. L’UFC à l’Assemblée nationale doit jouer le rôle de contre pouvoir et continuer de prôner le changement qu’il veut pour le Togo

Togoforum: L'UE veut un redécoupage électoral. Le Secrétaire du RPT pense que cela relève de la souveraineté d'un pays. Quel est votre avis?
Victor Alipui : C’est vrai que le découpage électoral relève de la souveraineté d’un pays, mais on ne peut pas continuer de maintenir un découpage qui n’est pas équitable et qui donne de faux résultats. Le GRAD pense qu’on doit revoir le découpage électoral, mais en suivant la procédure suivante : il faut commencer par le recensement général de la population qui date de plus de 25 ans maintenant, voir la pyramide des âges et évaluer le corps électoral pour l’ensemble du territoire, et, par rapport à cela, voir quel serait le découpage approprié à faire en tenant compte de l’importance réelle du corps électoral dans les circonscriptions définies. Ceci doit faire partie des réformes constitutionnelles sur lesquelles l’UFC et le CAR doivent initier au sein de la Assemblée nationale quand bien même ils constituent la minorité parlementaire. Le peuple entendra leurs voix et revendications et s’associera à eux pour faire les pressions nécessaires dans cette direction.

Togoforum: Pour beaucoup de Togolais c'est le retour á la case départ. En un résumé très succinct que retenez-vous de 17 années de lutte des partis de l'opposition?
Victor Alipui : Le GRAD avait déjà prédit dans les quatre scénarios qu’il avait envisagés, qu’en cas d’une majorité absolue du RPT, rien ne changera fondamentalement. C’est notre scénario un. Eh bien ! Nous sommes dans ce cas. Mais les 17 ans de lutte des partis de l’opposition ne sont pas perdus pour autant. Il y a eu, certes, des défections, des trahisons de certains de ces partis politiques. Ils l’ont payé très cher. Mais pour le peuple togolais dans sa grande majorité, le combat pour le changement, l’avènement de la démocratie et l’Etat se poursuit. Tôt ou tard il vaincra.

Togoforum : A travers les articles et interviews, on est tenté de dire que le GRAD a été la seule organisation de la  société civile qui maîtrisait le mieux le contenu de l’APG. Pourquoi les partis de l’opposition ont fait fi de vos cris ?
Victor Alipui :
Sans aucune prétention, il est vrai que le GRAD ait été la seule organisation de la société civile qui avait émis des réserves sur le contenu de l’Accord politique globale (APG). En effet, dans un document en date du 21 septembre 2006, nous avions relevé les insuffisances de cet Accord. Il n’était pas conçu dans la perspective de régler définitivement les problèmes de fond de la crise togolaise dans le cadre d’un processus politique, mais plutôt dans un cadre légal. Les réformes constitutionnelles et institutionnelles nécessaires au bon fonctionnement de la démocratie et de l’Etat de droit étaient renvoyées à la prochaine législature, c’est-à-dire en se fiant à ce que prévoit les dispositions de notre constitution actuelle en la matière. Comme le régime actuel tenait à tout prix à conserver le pouvoir, et, pour y arriver, il a tout mis en œuvre pour avoir la main mise sur la Commission électorale indépendante (CENI) et les Commissions électorales locales indépendantes et tous les autres organes chargés de l’organisation du scrutin. Il a soigneusement veillé à ce que le découpage électoral ne soit pas revu et a mené les partis politiques de l’opposition à accepter un mode de scrutin qui n’était guère adapté à ce découpage électoral qui ne tient pas compte de l’importance électorale réelle des circonscriptions. D’autre part, pour la recomposition de la Cour Constitutionnelle, il est dit dans l’APG que ce serait les organes compétents qui y procéderont. Or, les partis politiques de l’opposition ne sont pas représentés dans aucun de ces organes. Vous conviendrez avec nous que c’est une stratégie bien élaborée par le régime pour gagner les élections et leur donner l’air d’un scrutin démocratique, transparent et crédible. Il a gagné son coup de force et a amené la communauté internationale à le reconnaître comme tel. La recherche de la légitimité du pouvoir confisqué depuis les évènements tragiques qui ont suivi le décès du Président Eyadema, semble, aujourd’hui, acquise. Bien sûr, le pouvoir s’en réjouit et se sent solidement en selle pour mener sa politique qui s’inscrit, à ne point en douter, dans la continuité. Rien ne changera fondamentalement au Togo.

Togoforum : On dirait que l’APG était un accord á pièges…
Victor Alipui : Au regard des résultats proclamés et validés par la Cour Constitutionnelle, nous serions tentés de reconnaître avec vous que l’APG apparaît comme un piège, nous dirions même que c’est un « gros piège à éléphant tendu à l’opposition démocratique ». Elle est tombée dans ce piège. Durant les négociations qui ont conduit à cet accord, nous avions toujours eu, au GRAD, l’impression que la préoccupation majeure des protagonistes était les élections législatives pour pouvoir se conformer aux vingt deux (22) engagements. Pour le RPT, il fallait à tout prix organiser ces élections selon leurs conditions et les gagner pour obtenir la levée des sanctions et la reprise de la coopération avec l’Union européenne (UE). Mais nous pouvons vous dire que la majorité des togolais qui n’est pas du tout dupe, ne se reconnaît pas dans ces résultats. Les Togolais sont sortis massivement le 14 octobre 2007 ; et nous ne pensons pas qu’ils soient sortis pour maintenir un système responsable de leur misère et de la paupérisation généralisée du pays. Ils ont voté pour le changement du régime.

Togoforum
 : Avec la majorité absolue du RPT, les togolais n’ont-ils pas démontré aux yeux du monde qu’ils préfèrent la politique et le système de Faure ?
Victor Alipui : Non du tout ! Comme nous venons de le dire, la majorité des Togolais ne se retrouve pas dans ces résultats. Il suffit de prendre les chiffres des résultats proclamés par la CENI et validés par la Cour Constitutionnelle et vous vous apercevez aisément que la RPT n’est pas le parti majoritaire. Comparez les suffrages exprimés : l’UFC a obtenu 867 507 voix contre 922 636 pour le RPT, soit un écart de 55 129 de suffrages qui représente pour le RPT un écart de 23 sièges. En d’autre termes, le RPT a, officiellement 50, tandis que l’UFC en a 27. C’est-à-dire pour que le RPT ait un siège des 23 sièges, il lui suffit d’avoir 2 396 suffrages. C’est une injustice fragrante qu’il faut souligner. Mais si nous prenons en compte les suffrages exprimés en faveur de la CDPA et du CAR qui formaient dans le temps une coalition avec l’UFC, ils ont au total 1 098 468 suffrages comparés à 922 636. Nous ne parlons pas ici des suffrages exprimés en faveur des petits partis politiques qui veulent le changement ni de l’annulation massive de votes. Pour vous convaincre que la RPT n’est pas le parti majoritaire il suffit de prendre quelques chiffres pour comprendre ce qui s’est passé. Le RPT a 922 636 voix avec 50 sièges, c’est-à-dire sur le plan national, pour élire un député RPT il faut 18 452 voix ; l’UFC a 867 507 voix avec 27 sièges, il lui faut donc avoir 32 129 voix pour avoir un siège ; et le CAR qui a 192 129 suffrages, doit rassembler 48 154 voix pour avoir droit à un siège. Vous constatez que ceci n’est pas du tout équitable et pourrait constituer une source de tension potentielle si rien n’est fait pour régler cette injustice. Le GRAD, bien longtemps avant ce scrutin, en mai 2005, avait proposé un mode de scrutin proportionnel de liste nationale avec quotient fixe, dans un premier temps, en attendant de trouver une solution appropriée au problème du découpage électoral, au mode de scrutin et au type de régime politique qui réponde le mieux aux aspirations des Togolais, ceci dans le cadre d’une assemblée constituante pour élaborer une nouvelle constitution. Le mode de scrutin que le GRAD avait proposé, en prenant les mêmes chiffres que la CENI, aurait donné une configuration politique plus représentative de la nouvelle assemblée c’est-à-dire : un (1) siège pour la CDPA, deux (2) sièges pour la CPP, un (1) siège pour le PDR, un (1) siège pour le PDP, un (1) siège pour le PSR, sept (7) pour le CAR, trente trois sièges pour l’UFC et trente (35) sièges pour le RPT. Dans ce cas, tous les principaux partis politiques signataires de l’APG se seraient retrouvés à l’Assemblée pour poursuivre les discussions sur son application et nous conduire à la réconciliation nationale.

Togoforum : Revenons au Mandat á la primature de Mr Agboyibor. Très peu bavard avec son peuple et reconnaissant lui même n’avoir pas eu les coudées libres pour une maîtrise des ministres. Le RPT majoritaire va t-il  donner une chance á la constitution de 1992, la seule votée par le peuple ?
Victor Alipui : Nous n’avons pas de commentaire à faire sur le mandat du Premier Ministre Me Agboyibor. Nous savons qu’il s’est beaucoup sacrifié pour la cause de la démocratie et de l’avènement de l’Etat de droit au Togo. Nous lui rendons un hommage mérité pour tout ce qu’il a fait dans ce sens, car il sait et, peut-être, est convaincu plus que jamais aujourd’hui que pour venir à bout d’un système politique comme le notre, il faut toujours tenir compte du rapport des forces et agir en conséquence. Nous comptons sur lui, pour que, au sein de la nouvelle assemblée nationale, son parti œuvre ardemment pour obtenir les réformes constitutionnelles et institutionnelles de l’APG qui reste, après tout, son enfant. Nous pensons que, pour ce qui est de la constitution de 1992 approuvée par référendum par le peuple togolais, mais toilettée en décembre 2002 par une assemblée monocolore, avec aujourd’hui une majorité écrasante du RPT à l’Assemblée nationale, cette question ne sera pas inscrite à l’ordre du jour. Les Togolais doivent se battre plutôt pour une nouvelle constitution, grâce à une assemblée constituante, qui répondrait mieux à leurs aspirations et aux exigences du monde moderne.

Togoforum : Mr Alipui, vous êtes économiste, donc un parfait connaisseur de ce que les pays donateurs dénomment AIDES, DETTES etc... On crie que l’UE  vient d’aider le Togo. Avez vous une idée de la gestion des aides par nos gouvernants  au Togo ?
Victor Alipui : La coopération avec l’Union européenne vient de reprendre. C’est, sans doute, une bonne nouvelle, et certains Togolais croient sincèrement que ce sera la fin de leur calvaire, de leur misère, bref de tous les maux qui les assaillent aujourd’hui. Si l’aide était la solution au sous-développement des pays africains, nous ne serions pas, après plus de quarante ans d’indépendance, en train d’invoquer nos dieux et les mânes de nos ancêtres pour que les bailleurs de fonds ou nos partenaires en développement continuent de nous apporter de l’aide. Si nous raisonnions en termes d’argent, s’agissant de l’aide, croyez-nous, Dieu seul sait que nous en avons déjà reçu des centaines de milliards de francs CFA. Qu’avons-nous fait de cet argent et nous n’avons pas su créer la richesse nécessaire à l’amélioration du niveau de vie de nos populations ? En tant qu’économiste, nous ne croyons nullement en l’aide, ou si vous préférez le financement extérieur, sous sa forme actuelle. Elle a contribué à aliéner notre pays puisque, à l’heure actuelle, la dette extérieure du Togo se monte à environ 850 milliards de francs CFA. Ce qui est énorme. Dans les années 80, en tant que Ministre de l’Economie et des Finances, nous savons très bien les sacrifices consentis par les citoyens Togolais, dans le cadre des différents programmes d’ajustement structurel, pour redresser la situation économique et financière, et, notamment, pour le remboursement de la dette. Ces sacrifices, vous les connaissez bien : blocage des salaires, des avancements et des recrutements dans la fonction publique, la privatisation des entreprises d’Etat mal gérées, l’augmentation de la pression fiscale qui, il faut le reconnaître, a obéré le compte d’exploitation des entreprises du secteur privé. Avec quatorze ans de sanction de l’Union européenne, certains peuvent imaginer les sacrifices qui nous attendent pour rembourser non seulement la dette extérieure mais aussi la dette intérieure, après la reprise de la coopération. L’argent viendra sans doute, mais, comme le disait l’un de nos professeurs dans le temps, le Professeur Michel Leduc en l’occurrence, « la marchandise suit l’argent, c’est-à-dire que l’aide est toujours liée, même si c’est un don ».

Au lieu de continuer à tendre la main, nous devons commencer à définir une stratégie qui nous permette de nous prendre en charge. La grande question à laquelle les économistes ont toujours essayé de répondre est celle de la création de la richesse et la répartition de cette richesse. A chaque époque, les gouvernements ont toujours mené un politique économique pour aller dans le sens de la création la richesse ; les mercantilistes ont privilégié le commerce, les classiques la terre, le travail et le capital tout en insistant sur la division du travail. Les économistes qui les ont suivi jusqu’ici, ont poursuivi la réflexion dans ce sens qu’ils soient capitalistes, socialistes, marxistes, néoclassiques etc. En Afrique, et en particulier au Togo, nous avons la terre et certaines matières premières, nous avons les ressources humaines et la combinaison de ces facteurs de production peuvent nous permettre de former le capital nécessaire à un progrès économique et social rapide. Nous devons nous organiser pour exploiter toutes ces potentialités qui sont aujourd’hui gaspillées. C’est une question des structures appropriées à mettre en place pour ce faire. Nous avons aussi déjà de l’argent disponible dans l’économie, mais il peut être complété en utilisant, à bon escient, les possibilités que notre système monétaire et bancaire peut nous offrir. Nous voudrions parler du rôle de la monnaie dans le développement économique et social d’un pays, notamment le nôtre. Nous devons aussi, dans cette quête de la création de la richesse, chercher à acquérir la technologie comme l’ont fait certains pays qui nous ont précédé. Il s’agit, en l’occurrence, des Etats-Unis, du Japon, de l’Afrique du Sud, de la Chine populaire, de la Malaisie, de la Corée du Sud etc. Si les pays occidentaux veulent vraiment nous aider, ce sera alors dans le domaine de la technologie. Cette technologie est absolument indispensable à la promotion de l’agriculture et de l’industrie. On dit souvent que deux pays développés commercent mieux entre eux qu’un pays développé et un pays sous développé. Ils ont intérêt à nous aider plutôt dans ce sens. Plus les pays africains seront développés plus ils auront une variété de produits à échanger avec eux et n’auront pas, par conséquent, besoin de l’aide dans sa conception actuelle.

Togoforum : On dit parfois que c’est le manque de transparence qui fait qu’on ne ressent pas  le côté positif de ces aides ?
Victor Alipui : D’abord, c’est dans la conception même de l’aide qu’il faut aller chercher le manque l’impact de l’aide dans notre pays. Nous venons de l’effleurer, nous allons y revenir. En matière de gestion des finances publiques, il y a des institutions de contrôle et des règles établies qu’il faut respecter. C’est pour la transparence que le législateur les a établies. Il y a d’abord, vous vous en doutez, l’Assemblée nationale qui vote le budget qui est le programme économique et financier du gouvernement. Une fois le budget voté, il faut suivre les procédures définies pour son exécution aussi bien en ce qui concerne les recettes que les dépenses. Tous les revenus des régies financières y compris ceux du port autonome de Lomé et autres entreprises d’Etat doivent être encaissés par le Trésor. Il en est de même pour l’aide que nous recevons de l’extérieur sous diverses formes. Le Trésor, caissier de l’Etat, doit être le service qui la gère sous l’autorité du Ministre des Finances. Pour ce qui est des dépenses, la procédure d’engagement et du contrôle financier doit aboutir avant tout paiement par le Trésor. Les crédits spéciaux ou les dépenses extra budgétaires, c’est-à-dire qui ne sont pas prévus dans le budget, doivent être rejetés pour éviter le problème que pose leur imputation. Le Ministre des Finances est l’ordonnateur principal dans l’exécution du budget. Il est le seul à qui la loi des finances donne ce pouvoir. Ceci est particulièrement important pour les négociations et la signature des conventions d’aide. Dans le passé, notamment dans les années 70, ces procédures n’étaient pas respectées scrupuleusement. N’importe quel Ministre pouvait se lever, aller négocier des prêts et signer les conventions de prêts. Ceci s’est traduit par des abus et des investissements souvent qualifiés d’éléphants blancs qui ne répondaient à aucun besoin de la population. Ces investissements sont là et représentent la grande partie de la dette que nous remboursons aujourd’hui. Il y a aussi l’attribution des marchés publics, qui, des fois, ne respecte pas la procédure d’appel d’offre, quand bien même celle-ci est respectée, c’est les copains qui ont la priorité. C’est bien le manque de transparence qui, effectivement, nous a conduit là. Si nous devions encore prendre le chemin de l’aide, nous devons être extrêmement vigilants. Surtout la société civile et l’opposition parlementaire doivent jouer leur rôle de veille et alerter la population en cas de besoin. C’est important. Il faut, dans l’esprit d’une gestion transparente, que la loi des règlements soit présentée aux parlementaires après l’exécution du budget. Par ailleurs, la Cour des Comptes doit être mise en place pour jouer son rôle de vérification des opérations financières de l’Etat. L’Inspection d’Etat doit être rattachée au Ministère des Finances, dotées suffisamment de ressources humaines et financières pour assurer son indépendance afin de pouvoir jouer son rôle, et, surtout, déjouer les détournements des deniers publics.

Togoforum : Pourquoi les dirigeants togolais parlent plus d’aides que des capacités humaines, naturelles de leur pays ?
Victor Alipui : Nous pensons qu’il s’agit d’une myopie économique. Ils n’ont pas une vision à long terme des problèmes de développement. Ils comptent sur la générosité des pays développés. Au risque de nous répéter, l’aide sous sa forme actuelle n’a jamais permis à un pays de se développer. Nous venons de citer le cas des Etats-Unis d’Amérique. Après leur indépendance, confrontés au problème de développement, pour se libérer de la domination économique de la Grande Bretagne, ils ont pendant longtemps pratiqué l’isolationnisme et la doctrine de Monroe, c’est-à-dire l’Amérique aux Américains. Ceci leur a permis de mettre au travail toutes les ressources humaines disponibles et d’exploiter les immenses ressources naturelles dont sont dotés les Etats-Unis. Tous les étrangers ayant un savoir faire ont été encouragés à venir s’installer chez eux. Ils ont mis l’accent sur l’éducation et, surtout, sur la formation technique et professionnelle, c’est-à-dire sur la formation des ressources humaines. Ici au Togo, dans une vision à long terme du développement nous devons pouvoir mettre au travail tous nos jeunes qui chôment, les diplômés sans emploi et résoudre le problème de sous-emploi des adultes dans les services, c’est-à-dire tous ceux qui ne travaillent pas en utilisant toute leur capacité réelle. Avec une bonne formation des ressources humaines, le transfert de technologie sera possible. Nous vous parlions des Etats-Unis, le transfert de technologie s’était fait, en grande partie, par imitation et d’autres moyens, notamment par des acquisitions de brevets d’invention. Dans ce processus, il faudra insister sur l’importance qu’il faut accorder au rôle du secteur privé, les incitations qu’il faut lui donner afin qu’il serve de tête de pont dans le transfert de technologie nécessaire à la création de la richesse dans notre pays.

Togoforum :
Nombreux ont voté au Sud pour l’UFC. Le Nord appartiendrait au RPT, selon les organes comme le Monde ou Libération. Le clivage Nord-Sud est une réalité au Togo ?
Victor Alipui : Nous nous inscrivons en faux contre ce clivage entre le nord et le sud que révèlent les résultats du scrutin du 14 octobre 2007. Ceci est artificiel. Il faut éviter de revenir sur des politiques qui ont causé du tord au Togo dans le passé. Les Français ont essayé de le faire dans les années 50, et plus précisément lors du renouvellement de l’Assemblée Représentative le 30 mars 1952. L’Administration coloniale française, grâce à la fraude massive, a attribué, sur les 30 sièges à pouvoir, 15 sièges à l’Union des Chefs et Populations du Nord (UCPN) qu’elle avait créé de toutes pièces, 6 sièges au Parti Togolais du Progrès (PTP), 7 sièges au Comité de l’Unité Togolaise (CUT), 1 siège à un indépendant blanc résidant dans le Bassar et 1 siège à un syndicaliste à Lomé. C’était déjà, à cette époque, qu’on avait fait croire que le nord était pour l’UCPN qui ne voulait pas l’indépendance, et le sud pour le CUT et le PTP. Mais les élections de 1958 sous la supervision des Nations Unies démentiront cette vision du Togo. Dans le nord il y a eu bel et bien des députés CUT, et même dans les circonscriptions de Dapaon et Mango tous les députés, nous semble-t-il, étaient du CUT. Après l’intermède du parti unique qui a érigé cette division artificielle en système de gouvernement, le RPT revient encore aujourd’hui sur une telle division artificielle en s’attribuant 36 sièges dans le nord, surtout, à un moment où tout le monde sait qu’il y a eu un brassage extraordinaire de nos populations qui va dans le sens d’une détribalisation. Sur ce problème de clivage, rassurerez-vous que les Togolais ne sont pas dupes. Ils savent exactement ce qui se passe. Ils aspirent à l’unité nationale, à la démocratie et au progrès. Tous les partis politiques, du moins les grands, sont aussi bien représentés dans le nord que dans le sud. Nous devons tous combattre vigoureusement cette politique de diviser pour régner.

Togoforum :
Des élections propres selon la communauté internationale. 27 députés pour l’UFC 4 pour le CAR après moult revendications et contestations. Après 17 années de lutte collective des partis de l’opposition, l’impopularité du RPT n’etait-elle pas qu'une fiction ?
Victor Alipui : Nous croyons avoir répondu à cette question sous différents angles. L’impopularité du RPT n’est pas une fiction. Oui, c’est vrai que la communauté internationale a validé ces élections en les qualifiant de démocratiques, transparentes et crédibles. Nous pensons que son appréciation est faite par rapport à l’élection présidentielle du 24 avril 2005. Celle-ci était marquée par une violence inouïe entraînant des centaines de morts, des milliers de réfugiés, de déplacés et de handicapés. Tous les Togolais vous dirons également que ces élections se sont bien déroulées. Mais comme nous l’avons dit et répété, c’est dans les résultats qu’ils ne se reconnaissent pas. En lisant le rapport de la mission d’observation de l’Union européenne, elle n’a pas manqué de souligner toutes les anomalies qui ont marqué le processus électoral, qui, en fin de compte, ne le rendent pas si crédible comme d’aucuns le pensent. Tous les Togolais doivent lire ce rapport pour que nous soyons vigilants la prochaine fois, surtout les acteurs politiques et les organisations de la société civile.

Togoforum : Avez-vous confiance dans l’avenir que toutes les élections se dérouleront sans heurts et morts ?
Victor Alipui : Oui, nous avons confiance à condition que nous soyons vigilants comme nous venons de le dire. Pour cela, nous devons prendre en compte les recommandations des rapports de la mission d’enquête et d’investigation des Nations Unies et de la Commission Nationale du Premier Ministre Koffigoh, et le rapport que vient de publier la mission d’observation de l’Union européenne. Ces recommandations doivent être mises en œuvre si nous voulons sortir de la crise par de véritables élections que personne ne contestera et sans violence. C’est important. Ensuite, nous-mêmes nous devons avoir confiance en nous et dire que nous devons définir ensemble les voies et moyens qui permettent d’organiser des élections sans heurts et sans morts sans aucune pression de l’extérieur ou, si vous préférez, de la communauté internationale. Certains membres de cette communauté ont des intérêts à défendre et les problèmes togolais sont le cadet de leurs soucis.

Togoforum :
Que faire pour garantir définitivement aux Togolais la sécurité des élections dans l’avenir ?
Victor Alipui : C’est ce que nous venons de dire. Ayons confiance en nous-mêmes et organisons des élections propres si nous voulons être considérés comme un pays majeur dans le concert des nations. Cessons d’être des partenaires cadets en appelant à chaque fois au secours la communauté internationale.

Togoforum :
Le GRAD a-t-il un message pour le peuple togolais ?
Victor Alipui : Notre message au peuple togolais est un rappel. La liberté et l’indépendance sont des conquêtes grâce à une lutte acharnée faite de sacrifice et d’abnégation. L’histoire des autres peuples et de  la nôtre aussi, dans le passé, nous l’enseigne. Nous devons restés mobilisés pour obtenir le changement auquel aspire profondément le peuple togolais. Il s’agit de la liberté, de la démocratie, de l’avènement de l’Etat de droit et du progrès économique et sociale. Ces aspirations n’ont pas de prix si ce n’est le patriotisme et l’affirmation de notre dignité. Le chemin pour y arriver paraît long, mais nous arriverons grâce à notre détermination.

Togoforum :
Nous vous remercions pour cette longue interview.

 

 
 

 

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