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ORAISON
POUR UNE DÉMOCRATIE MAL NÉE, MAL TUÉE ET SANS SEPUTURE
Samuel Batchati
Depuis
les années 90, depuis le «coupable» vent de l’Est, j’ai entendu
toutes sortes de discours sur l’Afrique et la démocratie. Les uns aussi
farfelus que les autres . De
la bouche de Monsieur Tout le Monde à
celle d’intellectuels respectés :«La démocratie est un luxe pour
l’Afrique » ; « l il faut adapter la démocratie aux réalités
traditionnelles africaines » ; « en Afrique , un chef
meurt au trône » ( Koffi Sama à Rfi
au sujet de la candidature du Président en 2003) ; « la
démocratie, c’est une notion d’égalité entre les hommes ;(…) En Afrique , il y
a mille formes de libertés. » (sic) ( Guy Georgy en 1995 alors
Ambassadeur de France et
"spécialiste d’Afrique"). Et j’en passe.
L’assassinat
politique ne serait-il pas une de ces milles formes de libertés? Quels précipités
caractérisent la liberté en Afrique?
Le crime? La dictature? La gabégie? Les génocides? Les guerres?
le sida? les famines? Mille formes de libertés! donc mille formes
d’hommes! Et puis quoi encore? C’est simplement lamentable.
Revenons
au cas particulier du Togo. Pour être court, il n’y a pas de démocratie
ou plutôt nous l’avons tuée. Depuis le 5 Octobre 1990, depuis la
Conférence nationale et le premier gouvernement de Kokou Koffigoh, tout
ou rien a été prétexte pour saboter, de tous les côtés, la démocratie
togolaise. De la Commission mixte paritaire à la commission paritaire de
suivi, la démocratie togolaise a connu une lamentable reculade. Je ne
reviendrai pas sur la chronologie détaillée des événements politiques
au Togo. Il y a, me semble-t-il, une cause essentielle et deux événements
qui, même insignifiants ont
fait dérailler la démocratie togolaise née dans le sang. Dans trop de
sang.
1-
UN HOMME: J’aime à reprendre ces mots de l’écrivain
autrichien Arthur SCHNITZLER : «Il y a trois sortes
d’hommes politiques : ceux qui troublent l’eau ; ceux qui pêchent
en eau trouble et ceux - les
plus doués – qui troublent l’eau pour y pêcher ».
Ces mots nous les attribuons sans hésiter au président Eyadema . Mais
nous pensons que loin d’être l’un, il est la somme algébrique de ces
caractères. Car il est le seul rempart à une véritable démocratie au
Togo. Il est l’obstacle à franchir et tant qu’un effort ne sera pas
fait dans ce sens la démocratie togolaise
restera au coma pour longtemps. Dans la mort.
2-
22 OCTOBRE 1992 : les Hauts Conseillers de la République sont
pris en otage par des militaires en armes. Ils réclament 300
millions et divers arriérés dus
au titre des cotisations versés
à l’ancien parti unique. Mais le HCR
était-il l’organe comptable du Rpt?
Il
est apparu dès lors que tout acte, fût-il criminel, dès qu’il
arrangeait le Président Eyadéma était acclamé et restait impuni. Ces
algarades on les
a vus dans tout le pays sous la forme de l’intimidation.
L’attentat contre le leader de l’UFC en mai 1992 à Soudou est le témoin
de cette délinquance militaire. Une armée au service d’un seul
individu démeure une menace permanente pour
la démocratie.
3-
6-20 FEVRIER 1994 : Alors qu’elle avait boycotté les présidentielles
d’Août 1993 , l’opposition va aux législatives. Sur les 78 sièges
des 81 au départ , le Rpt-Ujd totalise
37 sièges contre 34 pour le CAR 6
pour l’UTD et 1 pour la CFN de Koffigoh. Soit 40 pour l’opposition et
38 pour la coalition présidentielle. Et l’article 66 de la Constitution
dispose que «le Chef
de l’Etat nomme le Premier
ministre au sein de la majorité parlementaire .»
Mais Eyadema avait fait une lecture personnelle et sentimentale de
cet article en nommant l’ancien secrétaire de l’OUA , Edem
Kodjo, à la primature. Celui-ci accepte. Avec 6 députés au parlement.
L’intelligence de l’intérêt supérieur de la République et du
respect de sa Constitution eût commandé que ce monsieur refusât et
laissât la place au leader du CAR. Mais il a écouté son intérêt égoïste
et fait entorse à la Constitution. Inutile de rappeler les difficultés
qu’il a eues : 4 mois pour former un gouvernement ; politique
de la chaise vide du CAR au Parlement ; défection de son député
.
Au chapitre des défections il faut ajouter que deux députés du CAR
avaient également fait défection et les atomes crochus formés
avaient donné la majorité parlementaire au Rpt. Passant de 38 à 40 puis
à 43 avec les 3 députés des partielles du 4-18 Août 1996. Conséquence
, la démission du premier ministre le 19 Août et la nomination de Kwassi
Klutsè le 20 Août .
La
Constitution au Togo a une valeur formelle et sans importance.
Ce
sont cet irrespect de la Constitution et l’impunité dont jouit
l’armée encore
aujourd’hui qui constituent les véritables handicaps de la démocratie.
Cet irrespect et cette impunité, conjugués à des intérêts égoïstes
, à des positions radicales, irrationnelles et absurdes, ont sapé le
socle de notre démocratie.
Celle-ci
-la démocratie
- est apparue
comme une mode. Comme la robe Charleston, comme la mode disco ou retro. On
est démocrate chez nous comme on porte les blues jeans. Ce qui
donne l’occasion à nos dirigeants pour leur safari économique et leur
strip-tease dans les allées douillettes de l’Elysée. Charmant
n’est-ce pas?.
La
démocratie est un instrument de libération, non d’assujettissement.
Elle n’est pas l’apanage des nations occidentales. Elle est liée à
la notion sacrée de liberté. Donc elle est naturelle. Et la liberté
n’a pas de vitesses. Elle est ou n’est pas. Elle n’est pas tarifée.
Le plus difficile n’est pas de se clamer démocrate , mais
d’ « être » démocrate. Et de le rester courageusement,
également.
La
démocratie est une conscience pas une parure. Elle est conscience
d’autrui et de soi. Conscience
de cette fusion d’autrui
en soi , de cette marche identificatrice et égalitariste
de soi à autrui et d’autrui à soi. Ce qui implique une
protection et une défense d’
intérêts communs et supérieurs. Elle est une conviction pas une
conjecture jetée .
Inversement
la dictature n’est pas une fatalité, elle est le produit presque
scientifique d’une diabolique machination
, de micmacs aux épices élyséens. L' «homo togolus» n’est pas
fatalement malheureux. Ils est le résultat d’un régime mité et poussiéreux.
C’est pourquoi il doit garder même dans sa léthargie cette conscience
que demain ou plus tard tout finira.
Parce
que heureusement la démocratie a ceci de supérieur qu ‘elle a des
vertus messianiques.
Il suffit que chacun y croit.
De toutes ses forces et de toute son âme.
La
démocratie c’est le sphinx. Elle est tuée au Togo mais elle renaîtra
de ses cendres. Démocratie ! dors dans l’espoir du Peuple togolais. Pour le temps que tu
reviennes.
AMEN !
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