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Éditorial

Le 25 juillet 2002

ORAISON POUR UNE DÉMOCRATIE MAL NÉE, MAL TUÉE ET SANS SEPUTURE
Samuel Batchati

Depuis les années 90, depuis le «coupable» vent de l’Est, j’ai entendu toutes sortes de discours sur l’Afrique et la démocratie. Les uns aussi farfelus  que les autres . De la bouche de Monsieur Tout le Monde  à celle d’intellectuels respectés :«La démocratie est un luxe pour l’Afrique » ; « l il faut adapter la démocratie aux réalités traditionnelles africaines » ; « en Afrique , un chef meurt au trône » ( Koffi Sama à Rfi  au sujet de la candidature du Président en 2003) ; « la démocratie, c’est une notion  d’égalité entre les hommes ;(…) En Afrique , il y a mille formes de libertés. » (sic) ( Guy Georgy en 1995 alors Ambassadeur de France  et "spécialiste d’Afrique"). Et j’en passe. 

L’assassinat politique ne serait-il pas une de ces milles formes de libertés? Quels précipités caractérisent la liberté en Afrique?  Le crime? La dictature? La gabégie? Les génocides? Les guerres? le sida? les famines? Mille formes de libertés! donc mille formes d’hommes! Et puis quoi encore? C’est simplement lamentable.

Revenons au cas particulier du Togo. Pour être court, il n’y a pas de démocratie ou plutôt  nous l’avons tuée. Depuis le 5 Octobre 1990, depuis la Conférence nationale et le premier gouvernement de Kokou Koffigoh, tout ou rien a été prétexte pour saboter, de tous les côtés, la démocratie togolaise. De la Commission mixte paritaire à la commission paritaire de suivi, la démocratie togolaise a connu une lamentable reculade. Je ne reviendrai pas sur la chronologie détaillée des événements politiques au Togo. Il y a, me semble-t-il, une cause essentielle et deux événements qui, même  insignifiants ont fait dérailler la démocratie togolaise née dans le sang. Dans trop de sang. 

1-   UN HOMME: J’aime à reprendre ces mots de l’écrivain autrichien Arthur SCHNITZLER : «Il y a trois sortes d’hommes politiques : ceux qui troublent l’eau ; ceux qui pêchent en eau trouble et ceux  - les plus doués – qui troublent l’eau pour y pêcher »

      Ces mots nous les attribuons sans hésiter au président Eyadema . Mais nous pensons que loin d’être l’un, il est la somme algébrique de ces caractères. Car il est le seul rempart à une véritable démocratie au Togo. Il est l’obstacle à franchir et tant qu’un effort ne sera pas fait dans ce sens la démocratie togolaise  restera au coma pour longtemps. Dans la mort. 

2-   22 OCTOBRE 1992 : les Hauts Conseillers de la République sont pris  en otage par des militaires en armes. Ils réclament 300 millions  et       divers arriérés dus au titre des cotisations  versés à l’ancien parti unique. Mais le HCR  était-il l’organe comptable du Rpt?   

Il est apparu dès lors que tout acte, fût-il criminel, dès qu’il arrangeait le  Président Eyadéma était acclamé et restait impuni. Ces algarades on les  a vus dans tout le pays sous la forme de l’intimidation. L’attentat contre le leader de l’UFC en mai 1992 à Soudou est le témoin de cette délinquance militaire. Une armée au service d’un seul individu démeure une menace permanente pour  la démocratie.

3-   6-20 FEVRIER 1994 : Alors qu’elle avait boycotté les présidentielles d’Août 1993 , l’opposition va aux législatives. Sur les 78 sièges des 81 au départ , le Rpt-Ujd  totalise 37 sièges contre 34 pour le CAR  6 pour l’UTD et 1 pour la CFN de Koffigoh. Soit 40 pour l’opposition et 38 pour la coalition présidentielle. Et l’article 66 de la Constitution dispose  que «le Chef de l’Etat nomme  le Premier ministre au sein de la majorité parlementaire .» 

      Mais Eyadema avait fait une lecture personnelle et sentimentale de  cet article en nommant l’ancien secrétaire de l’OUA , Edem Kodjo, à la primature. Celui-ci accepte. Avec 6 députés au parlement. L’intelligence de l’intérêt supérieur de la République et du respect de sa Constitution eût commandé que ce monsieur refusât et laissât la place au leader du CAR. Mais il a écouté son intérêt égoïste et fait entorse à la Constitution. Inutile de rappeler les difficultés qu’il a eues : 4 mois pour former un gouvernement ; politique de la chaise vide du CAR au Parlement ; défection de son député . 

      Au chapitre des défections il faut ajouter que deux députés du CAR  avaient également fait défection et les atomes crochus formés avaient donné la majorité parlementaire au Rpt. Passant de 38 à 40 puis à 43 avec les 3 députés des partielles du 4-18 Août 1996. Conséquence , la démission du premier ministre le 19 Août et la nomination de Kwassi Klutsè le 20 Août . 

La Constitution au Togo a une valeur formelle et sans importance. 

Ce sont cet irrespect de la Constitution et l’impunité dont jouit l’armée  encore aujourd’hui qui constituent les véritables handicaps de la démocratie. Cet irrespect et cette impunité, conjugués à des intérêts égoïstes , à des positions radicales, irrationnelles et absurdes, ont sapé le socle de notre démocratie. 

Celle-ci -la démocratie - est apparue comme une mode. Comme la robe Charleston, comme la mode disco ou retro. On est démocrate chez nous comme on porte les blues jeans. Ce qui donne l’occasion à nos dirigeants pour leur safari économique et leur strip-tease dans les allées douillettes de l’Elysée. Charmant n’est-ce pas?. 

La démocratie est un instrument de libération, non d’assujettissement. Elle n’est pas l’apanage des nations occidentales. Elle est liée à la notion sacrée de liberté. Donc elle est naturelle. Et la liberté n’a pas de vitesses. Elle est ou n’est pas. Elle n’est pas tarifée. Le plus difficile n’est pas de se clamer démocrate , mais d’ « être » démocrate. Et de le rester courageusement, également. 

La démocratie est une conscience pas une parure. Elle est conscience  d’autrui et de soi. Conscience  de cette fusion  d’autrui en soi , de cette marche identificatrice et égalitariste  de soi à autrui et d’autrui à soi. Ce qui implique une protection et une défense  d’ intérêts communs et supérieurs. Elle est une conviction pas une conjecture jetée .

Inversement la dictature n’est pas une fatalité, elle est le produit presque scientifique d’une diabolique  machination , de micmacs aux épices élyséens. L' «homo togolus» n’est pas fatalement malheureux. Ils est le résultat d’un régime mité et poussiéreux. C’est pourquoi il doit garder même dans sa léthargie cette conscience que demain ou plus tard tout finira. 

Parce que heureusement la démocratie a ceci de supérieur qu ‘elle a des vertus  messianiques.  Il suffit que chacun y croit.  De toutes ses forces et de toute son âme. 

La démocratie c’est le sphinx. Elle est tuée au Togo mais elle renaîtra de ses cendres. Démocratie ! dors  dans l’espoir du Peuple togolais. Pour le temps que tu reviennes. 

AMEN !

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