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Recevant à Lomé les vœux de début d’année des forces vives de la Nation, Faure Gnassingbé s’est confondu en extase sur les
élections générales qui se sont déroulées au Ghana voisin. Le chef de l’Etat
a loué le caractère démocratique et pacifique du scrutin et pour finir,
promis de s’en inspirer pour l’organisation de la présidentielle de 2010 au
Togo. Il est revenu en long et en large sur le sujet au cours de sa pseudo
tournée à travers le Togo profond, chantant aux populations le même refrain.
Mais à un an de ce rendez-vous aux enjeux énormes, les actes posés sont loin
de professer un scrutin démocratique et pacifique. Loin de nous toute idée
de fatalisme, il urge de révéler que c’est un remake du scénario d’avril
2005 qui est encore en préparation.
Unilatéralisme
et frustrations
Faire
les élections à la ghanéenne impose comme préalable d’en créer les
conditions. Cela passe tout d’abord par une préparation judicieuse et
consensuelle, l’indépendance des institutions appelées à s’immiscer dans le
processus. Parlant de préparation consensuelle, ce qui est en train d’être
fait est loin de l’être. Le pouvoir est dans une logique de verrouillage du
scrutin et n’entreprend les choses que de manière unilatérale. C’est le cas
du projet de loi portant modification du code électoral introduit par le
gouvernement à l’Assemblée pour adoption, une initiative unilatérale du
Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), avec pour maître d’ouvrage le
ministre de l’Administration Territoriale, de
la Décentralisation
et des Collectivités Locales Pascal Bodjona. Le consensus n’a donc pas été
recherché et, comme il fallait s’y attendre, le projet n’est qu’un chapelet
des desiderata du clan au pouvoir. Aucune place n’est faite aux propositions
de l’opposition ; au contraire, les critères discriminatoires y ont été
davantage introduits. Parlant encore d’unilatéralisme, on ne peut ne pas
évoquer les conditions dans lesquelles les kits électoraux ont été
commandés. C’est le gouvernement tout seul qui en a pris la décision.
Ces
procédés ne peuvent que créer des frustrations et attiser les rancœurs ; or
ces faits sont souvent à la base des manifestations populaires. Il y a déjà
des craintes à nourrir sur ce scrutin présidentiel de 2010. Certains
protagonistes et non des moindres menacent de se retirer du processus. C’est
le cas de l’Union des Forces de Changement (UFC) et du Comité d’Action pour
le Renouveau (CAR) qui fustigent ce comportement du RPT et se proposent de
boycotter les séances à l’Assemblée nationale. Sans surprise, ces deux
partis ont déjà rejeté en leur forme les projets de lois introduits portant
modification du code électoral, de la loi organique relative à la HAAC et statut de l’opposition. Les présidents de ces groupes
parlementaires l’ont signifié tout dernièrement à la conférence des
présidents et les députés se sont retirés de la rencontre l’un après
l’autre.
La guerre
psychologique de Bodjona
Au-delà des réformes unilatérales et des campagnes électorales tacites, le
pouvoir use déjà d’une guerre psychologique. Faure Gnassingbé et les siens
brandissent la menace de répression pour dissuader toute initiative de
manifestation, comme l’annoncent les rumeurs depuis quelques temps déjà. On
n’en veut pour preuve que les propos de Pascal Bodjona.
En
effet, le ministre de l’Administration Territoriale a usé de menaces
ouvertes lors de la pseudo rencontre du chef de l’Etat avec des chefs
traditionnels à Kara il y a une semaine. Devant des gardiens des us et
coutumes tout excités et saoulés par le doublement de leurs émoluments,
Pascal Bodjona a laissé entendre que le gouvernement ne tolérera aucun
désordre, réagissant ainsi aux bruits véhiculés par des caisses de résonance
du pouvoir ces derniers temps faisant état de manifestations violentes de la
part des forces de l’opposition, de l’UFC nommément.
Ces
rumeurs de manifestations sont-elles fondées ? Nul ne saurait le dire. Même
si c’était le cas, il y a donc de l’électricité dans l’air et le pire est à
craindre. Car le timbre de la voix du ministre traduit la détermination de
l’homme, du clan plutôt, à en découdre avec tous manifestants. On voit
d’ailleurs mal le pouvoir reculer devant l’envie de réprimer quand on se
rappelle du scénario d’avril 2005.
C’est
un plan de massacre qui a été savamment orchestré en amont par le clan pour
imposer Faure Gnassingbé. La révélation de ce plan par le ministre de
l’Intérieur d’alors, Me François Akila-Esso Boko n’a nullement entamé l’élan
suicidaire de ses concepteurs. Le bilan est parlant : près de mille (1000)
compatriotes trucidés, cinq mille (5000) blessés et soixante mille (60000)
autres envoyés sur les chemins de l’exil. Il y a de quoi nourrir des
inquiétudes quand on sait que déjà, Faure Gnassingbé a requis et obtenu le
soutien des Forces Armées Togolaises (FAT) lors de la tournée effectuée dans
les casernes en fin d’année dernière.
Certains observateurs croient dur comme fer qu’un autre plan de massacre
serait déjà mijoté dans le cadre de 2010 et les probables manifestations
violentes dont on attribue la paternité à l’UFC ne seraient que l’alibi
idéal pour justifier la répression.
Quid de la
lutte contre l’impunité ?
Le
jugement des auteurs des violences d’avril 2005 créerait la peur du gendarme
et constituerait la mesure dissuasive par excellence d’éventuelles
violences. Mais voilà, le processus Vérité, Justice et Réconciliation est
au point mort, par la seule volonté du pouvoir. Les fameuses Consultations
nationales décrites comme la condition sine qua non d’un processus idéal
ont été bouclées depuis près de huit (08) mois et les résultats rendus. Rien
a priori ne s’oppose plus au démarrage effectif du processus ; mais jusqu’à
ce jour, il est au point mort. Cette recommandation fondamentale de l’Accord
Politique Global (APG) signé le 20 aout 2006 n’est pas encore mise en œuvre,
à deux pas d’un autre scrutin présidentiel dont l’enjeu est plus énorme que
celui d’avril 2005.
La
voie est visiblement pavée pour un remake parfait du scénario d’avril 2005,
un scénario fait d’abord de préparatifs du scrutin en tout obscurantisme et
de guerre psychologique, de préparation des esprits à la violence.
Pablo E.
Me Agboyibo, le probable candidat du CAR à l’élection
présidentielle de 2010
La semaine dernière, un communiqué annonçant un rapprochement CAR-UFC
est tombé dans le landerneau médiatique togolais. «L’UFC et le CAR ont
estimé cette situation extrêmement grave et préoccupante en raison notamment
de l’unilatéralisme du RPT et son refus de respecter l’APG. L’UFC et le CAR
ont décidé d’unir leur force pour combattre ces initiatives
antidémocratiques », poursuit le communiqué.
En ce qui concerne les candidatures à l’élection présidentielle
2010, le communiqué indique : « La délégation de l’UFC a rappelé que son
parti a désigné à son Congrès son candidat à l’élection présidentielle de
2010. De son côté, la délégation du CAR a rappelé qu’à son dernier Congrès,
il a désigné son candidat à investir lors de son Conseil national et demande
le retour de l’ascenseur ». En plus, les deux partis ont reconnu « la
nécessité de surmonter leurs divergences pour parvenir à un candidat commun
pour la présidentielle de 2010 ».
Au CAR, l’idée de « retour de l’ascenseur » est prise au
sérieux. « Il n’y a pas l’ombre d’un doute, le prochain candidat de la
coalition de l’opposition viendra du CAR », soutient-on. Mais, on a fait
remarquer que le nouveau président du parti Me Dodzi Apévon ne sera pas
l’heureux élu, pour la simple raison qu’il n’est pas encore aguerri pour le
poste de Président de
la République.
De sources concordantes, Me Agboyibo serait le candidat désigné
par le dernier congrès et qui sera investi le mois prochain. Ainsi, dès la
publication du communiqué conjoint CAR-UFC, les fans de l’ancien Premier
ministre ont commencé à jubiler. « Me Agboyibo sera le candidat unique de
l’opposition et les gens verront ce qu’il fera quand on va tenter de lui
voler la victoire », s’enthousiasment-ils tout en rappelant les «
prouesses » du natif de Kouvé au début du combat démocratique.
E. Pierre
Les activités au Port autonome de Lomé paralysées : Les
acteurs des véhicules d’occasion observent un mouvement de cessation de
travail
-La corruption s’installe à côté de
la COTEC en dépit des discours
Depuis le 1er décembre
dernier, c’est
la Compagnie togolaise d’évaluation et de contrôle (COTEC) qui
s’occupe de l’évaluation des véhicules d’occasion importés au Togo.
L’implantation de cette structure a fortement paralysé le secteur.
Aujourd’hui, le dédouanement revient deux voire trois fois plus cher que le
véhicule.
Même si le
Directeur Général de la Douane, Ably Bidamon Dèdèriwè, peut se fantasmer sur
l’augmentation des recettes douanières, il faut reconnaître qu’il y a baisse
au niveau de la vente des véhicules d’occasion. Selon les statistiques, le
nombre de voitures dédouanées au Port autonome de Lomé a chuté de 47%. La
conséquence immédiate de cette situation est la mévente. Les opérateurs
économiques ont vu leur chiffre d’affaires baisser. Les vendeurs de
véhicules d’occasion, les transitaires, le personnel, tous tirent le diable
par la queue.
Les tractations
des organisations syndicales auprès du Directeur de la
douane se sont révélées
vaines. Arguant que la COTEC est une exigence de l’Union économique
monétaire ouest-africaine (UEMOA), il leur aurait toujours fait savoir qu’il
n’y pouvait rien. Les lettres que les organisations ont adressées aux plus
hautes autorités de l’Etat sont restées sans suite. Ainsi, pour se faire
entendre, elles observent depuis lundi un mouvement de cessation de travail.
Le Collectif des syndicats de déclarants en douane, le
syndicat des vendeurs togolais
de véhicule d’occasion, le groupe d’intérêt économique qui regroupe les
Libanais, les transitaires ont cessé toutes leurs activités au port. « Ce
n’est pas un mouvement de grève. C’est juste une cessation de travail pour
amener les responsables de
la
douane à revoir leur copie et
à diminuer la valeur résiduelle », confie un responsable syndical. Tous ceux qui étaient
au port lundi et hier pouvaient s’en rendre compte, les activités étaient
paralysées. « Nous entendons aller plus loin si nous n’avons pas gain de
cause. Depuis l’arrivée de cette société, plus rien ne marche au Port.
Certains de nos collègues, surtout les Libanais, ont commencé déjà à brader
ce qu’ils ont ici pour s’exiler vers les pays voisins. C’est un véritable
manque à gagner pour notre port. S’ils partent, que vont devenir tous nos
frères et sœurs qu’ils ont engagés ? Bref, que vont devenir tous ceux qui
animent le secteur? », s’indigne un vendeur de véhicules d’occasion. De
plus, il ne comprend pas le silence sépulcral observé par les autorités
portuaires. « Devant cette situation, c’est le silence des autorités
portuaires qui nous gêne. Elles ne disent rien sur le blocage créé par
l’implantation de
la COTEC
», ajoute-t-il.
La corruption à côté de
la COTEC
Par
ailleurs, les responsables de la douane
ont toujours claironné que la création de la COTEC vise à mettre fin à la
corruption qui « prévalait » dans le processus d’évaluation des
véhicules d’occasion. Et beaucoup de médias n’ont pas hésité à saluer cette
bonne gouvernance version Bidamon. Mais voilà, depuis lundi 26 janvier
dernier, la corruption bat son plein à côté de
la COTEC. Certains
éléments de la douane y sont
placés pour percevoir certains fonds qui ne faisaient pas partie de la
procédure originelle. Ces gens perçoivent 5 000 F pour les véhicules avec
carte grise et 13 000F pour les véhicules sans carte grise avant
d’introduire le dossier au niveau de
la COTEC. Ce sont ces frais supplémentaires à payer avant le
couperet de
la COTEC de
Marc Antoine qui a aussi le monopole des plaques minéralogiques des
véhicules en transit. Ainsi, va le Togo.
E. Pierre
Société nouvelle
des phosphates du Togo (SNPT) : Des licenciements sur fond de règlements de
compte
Environ 1,5 milliard de F.CFA à payer aux agents licenciés
Après
la démission de Charles Takou, le Directeur Général par intérim et Président
du Conseil d’Administration de la Société nouvelle des phosphates du Togo (SNPT),
Yao Florent Maganawé, est allé vite en besogne en enclenchant la procédure
de licenciement. Ainsi, 600 agents de ladite société ont été licenciés,
suite à ce que les autorités togolaises appellent « un plan social visant
à restructurer la société ».
Mais comme nous
l’avons annoncé dans l’un de nos articles, le licenciement n’a pas été fait
selon les règles de l’art. Selon les informations, il s’agit de règlements
de compte. Tous les cadres qui sont soupçonnés proches de l’ancien Directeur
Général auraient été remerciés. « Il s’agit d’un licenciement singulier.
Les gens ont été licenciés pour leur accointance supposée avec M. Takou.
Nous allons vers une catastrophe si les choses sont faites ainsi dans notre
pays », déplore un employé qui est épargné par le vent de Maganawé.
En outre, le
Directeur Général par intérim de cette société a indiqué dimanche dans
l’émission «Plateau de
la Semaine
» à la TVT que la somme totale à verser aux agents licenciés est estimée à 1,5
milliard de F.CFA. « Le montant total que l’Etat doit aux agents
licenciés de
la SNPT est estimé à 1,5 milliard de F.CFA. Et l’Etat a fait un
effort de rechercher ces fonds », a-t-il déclaré. « Dès demain (lundi), ceux qui ont
leurs droits peuvent aller prendre les 2/3. Le reste leur sera payé à la fin
du mois de février », a ajouté Maganawé. Mais jusqu’à hier, cette
promesse n’est pas encore effective.
E. Pierre
Sans détour : L’UA
et la triste image de l’Afrique
« Un
rideau de fer est tombé sur le continent » (W. Churchill)
Douze ans après
avoir été portée sur les fonts baptismaux, l’Union Africaine est aujourd’hui
encore en plein balbutiement et en train de se chercher. Est-elle réellement
capable de se substituer à la défunte OUA ? L’Afrique est-elle en mesure
d’en faire un instrument crédible à son service et pour son unité ? L’UA
est-elle capable de relever les grands défis de ses initiateurs ? Ce sont là
quelques questions qui méritent d’être posées et qui, tout de même méritent
réponses. L’image présentée par les Africains au dernier sommet de l’UA
n’est rien d’autre que le reflet même de la vraie nature de l’Africain : un
être « déséquilibré et peu sérieux ».
Au 12è sommet
de l’Organisation tenu à son siège à Addis-Abeba du 1er au
3 février 2009, sur les 53 membres que compte l’Union Africaine, seulement
une vingtaine de chefs d’Etat auront répondu à l’invitation. Ce sommet a
présenté au monde l’image d’une Afrique très divisée, et ce n’est pas
exagéré de dire que les Africains excellent dans la division. La présence de
peu de chefs d’Etat (moins de la moitié) est, certes, dictée par la présence
du Guide libyen Mouammar Kadhafi, partisan des Etats-Unis d’Afrique, dont
certains homologues se départissent, ne partageant pas l’idée de création
d’un Gouvernement de l’Union.
Ainsi,
l’Afrique présente un premier type de division qui distingue d’un côté, ceux
qu’on désigne sous le vocable de « maximalistes » avec comme chef de
file Kadhafi lui-même, soutenu par les Etats qui ont adhéré à la CENSAD dont fait partie le Togo, présent dans toutes les sauces.
De l’autre, il y a les « gradualistes » qui prônent d’abord la
viabilisation des institutions sous-régionales et ne sont pas du tout
pressés d’aller vers un Gouvernement de l’Union, donc attachés à leur
souveraineté nationale et à leurs pouvoirs.
Un autre type
de division qui mine l’Afrique est celui fondé sur cette aventure de
tripatouillage constitutionnel pour s’éterniser au pouvoir contre la volonté
des peuples, ce qui n’est pas du goût de certains chefs d’Etat dont le «
très sage » et courageux Président tanzanien, Président en exercice
sortant de l’UA, Jakaya Kikwete qui, après avoir multiplié par zéro Robert
Mugabé présent aux assises, en des termes appropriés, a déclaré devant les
participants à ce 12è sommet : « Nous les chefs d’Etat africains, nous
ferions mieux de consacrer plus de temps au développement de nos pays et
moins de temps à nous accrocher au pouvoir ».
C’est ici qu’il
faut se demander pourquoi l’UA s’est toujours tue sur les modifications
unilatérales des textes constitutionnels pour demeurer toujours au pouvoir,
et se plaît uniquement à condamner les putschistes. En effet, cette
institution n’a jamais eu le courage de condamner ceux qui se livrent à ce
genre d’exercice malpropre en Afrique. Cela devrait faire l’objet de
condamnation et inciter à rechercher un moyen idoine pour ramener toute
cette vermine à la discipline. Il en va de la crédibilité de l’UA et de
l’Afrique. En se muant en UA, cette Organisation avait pour ambition de se
rapprocher de son homologue européenne, l’UE, en adoptant le même mécanisme
de fonctionnement. Or, cette institution européenne n’est pas ce syndicat de
chefs d’Etat africains qui s’illustrent dans un parfait désordre.
Quel chef
d’Etat de l’UE a déjà unilatéralement modifié la constitution de son pays?
Ce n’est pas d’un changement d’appellation qu’il s’agit, il faut un
changement dans la tête, un changement de mentalité. Et puis, Kadhafi, cet
autre mégalomane qui se proclame « roi des rois traditionnels africains
», une folie à la manière de feu Maréchal Bokassa qui se proclama empereur
de Centrafrique, juste le temps d’un rêve. Une chose qui surprend plus d’un
Togolais, c’est l’absence de Faure à Addis-Abeba où « son père adoptif
» pourrait avoir besoin de son soutien. Le hasard faisant parfois bien les
choses, pendant que le « fils adoptif » était couronné au Togo, le
père adoptif, lui, se couronnait roi des rois traditionnels africains. C’est
bien marrant ça !
Alain Simounba |