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Présidentielle de 2010/ Vers un remake du scénario d’avril 2005 ?
Liberté Hebdo #463 du 4 fev 2009

         Recevant à Lomé les vœux de début  d’année des forces vives de la Nation, Faure Gnassingbé s’est confondu en extase sur les élections générales qui se sont déroulées au Ghana voisin. Le chef de l’Etat a loué le caractère démocratique et pacifique du scrutin et pour finir, promis de s’en inspirer pour l’organisation de la présidentielle de 2010 au Togo. Il est revenu en long et en large sur le sujet au cours de sa pseudo tournée à travers le Togo profond, chantant aux populations le même refrain. Mais à un an de ce rendez-vous aux enjeux énormes, les actes posés sont loin de professer un scrutin démocratique et pacifique. Loin de nous toute idée de fatalisme, il urge de révéler que c’est un remake du scénario d’avril 2005 qui est encore en préparation. 

Unilatéralisme et frustrations

          Faire les élections à la ghanéenne impose comme préalable d’en créer les conditions. Cela passe tout d’abord par une préparation judicieuse et consensuelle, l’indépendance des institutions appelées à s’immiscer dans le processus. Parlant de préparation consensuelle, ce qui est en train d’être fait est loin de l’être. Le pouvoir est dans une logique de verrouillage du scrutin et n’entreprend les choses que de manière unilatérale. C’est le cas du projet de loi portant modification du code électoral introduit par le gouvernement à l’Assemblée pour adoption, une initiative unilatérale du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), avec pour maître d’ouvrage le ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités Locales Pascal Bodjona. Le consensus n’a donc pas  été recherché et, comme il fallait s’y attendre, le projet n’est qu’un chapelet des desiderata du clan au pouvoir. Aucune place n’est faite aux propositions de l’opposition ; au contraire, les critères discriminatoires y ont été davantage introduits. Parlant encore d’unilatéralisme, on ne peut ne pas évoquer les conditions dans lesquelles les kits électoraux ont été commandés. C’est le gouvernement tout seul qui en a pris la décision.

          Ces procédés ne peuvent que créer des frustrations et attiser les rancœurs ; or ces faits sont souvent à la base des manifestations populaires. Il y a déjà des craintes à nourrir sur ce scrutin présidentiel de 2010. Certains protagonistes et non des moindres menacent de se retirer du processus. C’est le cas de l’Union des Forces de Changement (UFC) et du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) qui fustigent ce comportement du RPT et se proposent de boycotter  les séances à l’Assemblée nationale. Sans surprise, ces deux partis ont déjà rejeté en leur  forme les projets de lois introduits portant modification du code électoral, de la loi organique relative à la HAAC et statut de l’opposition. Les présidents de ces groupes parlementaires l’ont signifié tout dernièrement à la conférence des présidents et les députés se sont retirés de la rencontre l’un après l’autre.

La guerre psychologique de Bodjona

          Au-delà des réformes unilatérales et des campagnes électorales tacites, le pouvoir use déjà d’une guerre psychologique. Faure Gnassingbé et les siens brandissent la menace de répression pour dissuader toute initiative de manifestation, comme l’annoncent les rumeurs depuis quelques temps déjà. On n’en veut pour preuve que les propos de  Pascal Bodjona.

          En effet, le ministre de l’Administration Territoriale a usé de menaces ouvertes lors de la pseudo rencontre du chef de l’Etat avec des chefs traditionnels à Kara il y a une semaine. Devant des gardiens des us et coutumes tout excités et saoulés par le doublement de leurs émoluments, Pascal Bodjona a laissé entendre que le gouvernement ne tolérera aucun désordre, réagissant ainsi aux bruits véhiculés par des caisses de résonance du pouvoir ces derniers temps faisant état de manifestations violentes de la part des forces de l’opposition, de l’UFC nommément.

          Ces rumeurs de manifestations sont-elles fondées ? Nul ne saurait le dire. Même si c’était le cas, il y a donc de l’électricité dans l’air et le pire est à craindre. Car le timbre de la voix du ministre traduit  la détermination de l’homme, du clan plutôt, à en découdre avec tous manifestants. On voit d’ailleurs mal le pouvoir reculer devant l’envie de réprimer quand on se rappelle du scénario d’avril 2005.

          C’est un plan de massacre qui a été savamment orchestré en amont par le clan pour imposer Faure Gnassingbé. La révélation de ce plan par le ministre de l’Intérieur d’alors, Me François Akila-Esso Boko n’a nullement entamé l’élan suicidaire de ses concepteurs. Le bilan est parlant : près de mille (1000) compatriotes trucidés, cinq mille (5000) blessés et soixante mille (60000) autres envoyés sur les chemins de l’exil. Il y a de quoi nourrir des inquiétudes quand on sait que déjà, Faure Gnassingbé a requis et obtenu le soutien des Forces Armées Togolaises (FAT) lors de la tournée effectuée dans les casernes en fin d’année dernière.

          Certains observateurs croient dur comme fer qu’un autre plan de massacre serait déjà mijoté dans le cadre de 2010 et les probables manifestations violentes dont on attribue la paternité à l’UFC ne seraient que l’alibi idéal pour justifier la répression.

Quid de la lutte contre l’impunité ?

          Le jugement des auteurs des violences d’avril 2005 créerait la peur du gendarme et constituerait la mesure dissuasive par excellence d’éventuelles violences. Mais voilà, le processus Vérité, Justice  et Réconciliation est au point mort, par la seule volonté du pouvoir. Les fameuses Consultations nationales décrites comme la condition sine qua non d’un  processus idéal ont été bouclées depuis près de huit (08) mois et les résultats rendus. Rien a priori ne s’oppose plus au démarrage effectif du processus ; mais jusqu’à ce jour, il est au point mort. Cette recommandation fondamentale de l’Accord Politique Global (APG) signé le 20 aout 2006 n’est pas encore mise en œuvre, à deux  pas d’un autre scrutin présidentiel dont l’enjeu est plus énorme que celui d’avril 2005.

          La voie est visiblement pavée pour un remake parfait du scénario d’avril 2005, un scénario fait d’abord de préparatifs du scrutin en tout obscurantisme et de guerre psychologique, de préparation des esprits à la violence.   

Pablo E.


Me Agboyibo, le probable candidat du CAR à l’élection présidentielle de 2010

          La semaine dernière, un communiqué annonçant un rapprochement CAR-UFC est tombé dans le landerneau médiatique togolais. «L’UFC et le CAR ont estimé cette situation extrêmement grave et préoccupante en raison notamment de l’unilatéralisme du RPT et son refus de respecter l’APG. L’UFC et le CAR ont décidé d’unir leur force pour combattre ces initiatives antidémocratiques », poursuit le communiqué.

          En ce qui concerne les candidatures à l’élection présidentielle 2010, le communiqué indique : « La délégation de l’UFC a rappelé que son parti a désigné à son Congrès son candidat à l’élection présidentielle de 2010. De son côté, la délégation du CAR a rappelé qu’à son dernier Congrès, il a désigné son candidat à investir lors de son Conseil national et demande le retour de l’ascenseur ». En plus, les deux partis ont reconnu « la nécessité de surmonter leurs divergences pour parvenir à un candidat commun pour la présidentielle de 2010 ».

          Au CAR, l’idée de « retour de l’ascenseur » est prise au sérieux. « Il n’y a pas l’ombre d’un doute, le prochain candidat de la coalition de l’opposition viendra du CAR », soutient-on. Mais, on a fait remarquer que le nouveau président du parti Me Dodzi Apévon ne sera pas l’heureux élu, pour la simple raison qu’il n’est pas encore aguerri pour le poste de Président de la République.

          De sources concordantes, Me Agboyibo serait le candidat désigné par le dernier congrès et qui sera investi le mois prochain. Ainsi, dès la publication du communiqué conjoint CAR-UFC, les fans de l’ancien Premier ministre ont commencé à jubiler. « Me Agboyibo sera le candidat unique de l’opposition et les gens verront ce qu’il fera quand on va tenter de lui voler la victoire », s’enthousiasment-ils tout en rappelant les « prouesses » du natif de Kouvé au début du combat démocratique.     

E. Pierre


Les activités au Port autonome de Lomé paralysées : Les acteurs des véhicules d’occasion observent un mouvement de cessation de travail

-La corruption s’installe à côté de la COTEC en dépit des discours

Depuis le 1er décembre dernier, c’est la Compagnie togolaise d’évaluation et de contrôle (COTEC) qui s’occupe de l’évaluation des véhicules d’occasion importés au Togo. L’implantation de cette structure a fortement paralysé le secteur. Aujourd’hui, le dédouanement revient deux voire trois fois plus cher que le véhicule.

Même si le Directeur Général de la Douane, Ably Bidamon Dèdèriwè, peut se fantasmer sur l’augmentation des recettes douanières, il faut reconnaître qu’il y a baisse au niveau de la vente des véhicules d’occasion. Selon les statistiques, le nombre de voitures dédouanées au Port autonome de Lomé a chuté de 47%. La conséquence immédiate de cette situation est la mévente. Les opérateurs économiques ont vu leur chiffre d’affaires baisser. Les vendeurs de véhicules d’occasion, les transitaires, le personnel, tous tirent le diable par la queue.

Les tractations des organisations syndicales auprès du Directeur de la douane se sont révélées vaines. Arguant que la COTEC est une exigence de l’Union économique monétaire ouest-africaine (UEMOA), il leur aurait toujours fait savoir qu’il n’y pouvait rien. Les lettres que les organisations ont adressées aux plus hautes autorités de l’Etat sont restées sans suite. Ainsi, pour se faire entendre, elles observent depuis lundi un mouvement de cessation de travail. Le Collectif des syndicats de déclarants en douane, le syndicat des vendeurs togolais de véhicule d’occasion, le groupe d’intérêt économique qui regroupe les Libanais, les transitaires ont cessé toutes leurs activités au port. « Ce n’est pas un mouvement de grève. C’est juste une cessation de travail pour amener les responsables de la douane à revoir leur copie et à diminuer la valeur résiduelle », confie un responsable syndical. Tous ceux qui étaient au port lundi et hier pouvaient s’en rendre compte, les activités étaient paralysées. « Nous entendons aller plus loin si nous n’avons pas gain de cause. Depuis l’arrivée de cette société, plus  rien ne marche au Port. Certains de nos collègues, surtout les Libanais, ont commencé déjà à brader ce qu’ils ont ici pour s’exiler vers les pays voisins. C’est un véritable manque à gagner pour notre port. S’ils partent, que vont devenir tous nos frères et sœurs qu’ils ont engagés ? Bref, que vont devenir tous ceux qui animent le secteur? », s’indigne un vendeur de véhicules d’occasion. De plus, il ne comprend pas le silence sépulcral observé par les autorités portuaires. « Devant cette situation, c’est le silence des autorités portuaires qui nous gêne. Elles ne disent rien sur le blocage créé par l’implantation de la COTEC », ajoute-t-il.

La corruption à côté de la COTEC

          Par ailleurs, les responsables de la douane ont toujours claironné que la création de la COTEC vise à mettre fin à la corruption qui « prévalait » dans le processus d’évaluation des véhicules d’occasion. Et beaucoup de médias n’ont pas hésité à saluer cette bonne gouvernance version Bidamon. Mais voilà, depuis lundi 26 janvier dernier, la corruption bat son plein à côté de la COTEC. Certains éléments de la douane y sont placés pour percevoir certains fonds qui ne faisaient pas partie de la procédure originelle. Ces gens perçoivent 5 000 F pour les véhicules avec carte grise et 13 000F pour les véhicules sans carte grise avant d’introduire le dossier au niveau de la COTEC. Ce sont ces frais supplémentaires à payer avant le couperet de la COTEC de Marc Antoine qui a aussi le monopole des plaques minéralogiques des véhicules en transit. Ainsi, va le Togo.

E. Pierre


Société nouvelle des phosphates du Togo (SNPT) : Des licenciements sur fond de règlements de compte

Environ 1,5 milliard de F.CFA à payer aux agents licenciés

          Après la démission de Charles Takou, le Directeur Général par intérim et Président du Conseil d’Administration de la Société nouvelle des phosphates du Togo (SNPT), Yao Florent Maganawé, est allé vite en besogne en enclenchant la procédure de licenciement. Ainsi, 600 agents de ladite société ont été licenciés, suite à ce que les autorités togolaises appellent « un plan social visant à restructurer la société ».

Mais comme nous l’avons annoncé dans l’un de nos articles, le licenciement n’a pas été fait selon les règles de l’art. Selon les informations, il s’agit de  règlements de compte. Tous les cadres qui sont soupçonnés proches de l’ancien Directeur Général auraient été remerciés. « Il s’agit d’un licenciement singulier. Les gens ont été licenciés pour leur accointance supposée avec M. Takou. Nous allons vers une catastrophe si les choses sont faites ainsi dans notre pays », déplore un employé qui est épargné par le vent de Maganawé.

En outre, le Directeur Général par intérim de cette société a indiqué dimanche dans l’émission «Plateau de la Semaine » à la TVT que  la somme totale à verser aux agents licenciés est estimée à 1,5 milliard de F.CFA. « Le montant total que l’Etat doit aux agents licenciés de la SNPT est estimé à 1,5 milliard de F.CFA. Et l’Etat a fait un effort de rechercher ces fonds », a-t-il déclaré. « Dès demain (lundi), ceux qui ont leurs droits peuvent aller prendre les 2/3. Le reste leur sera payé à la fin du mois de février », a ajouté Maganawé. Mais jusqu’à hier, cette promesse n’est pas encore effective.

E. Pierre


Sans détour : L’UA et la triste image de l’Afrique

          « Un rideau de fer est tombé sur le continent » (W. Churchill)

Douze ans après avoir été portée sur les fonts baptismaux, l’Union Africaine est aujourd’hui encore en plein balbutiement et en train de se chercher. Est-elle réellement capable de se substituer à la défunte OUA ? L’Afrique est-elle en mesure d’en faire un instrument crédible à son service et pour son unité ? L’UA est-elle capable de relever les grands défis de ses initiateurs ? Ce sont là quelques questions qui méritent d’être posées et qui, tout de même méritent réponses. L’image présentée par les Africains au dernier sommet de l’UA n’est rien d’autre que le reflet même de la vraie nature de l’Africain : un être « déséquilibré et peu sérieux ».

Au 12è sommet de l’Organisation tenu à son siège à Addis-Abeba du 1er au 3 février 2009, sur les 53 membres que compte l’Union Africaine, seulement une vingtaine de chefs d’Etat auront répondu à l’invitation. Ce sommet a présenté au monde l’image d’une Afrique très divisée, et ce n’est pas exagéré de dire que les Africains excellent dans la division. La présence de peu de chefs d’Etat (moins de la moitié) est, certes, dictée par la présence du Guide libyen Mouammar Kadhafi, partisan des Etats-Unis d’Afrique, dont certains homologues se départissent, ne partageant pas l’idée de création d’un Gouvernement de l’Union.

Ainsi, l’Afrique présente un premier type de division qui distingue d’un côté, ceux qu’on désigne sous le vocable de « maximalistes » avec comme chef de file Kadhafi lui-même, soutenu par les Etats qui ont adhéré à la CENSAD dont fait partie le Togo, présent dans toutes les sauces. De l’autre, il y a les « gradualistes » qui prônent d’abord la viabilisation des institutions sous-régionales et ne sont pas du tout pressés d’aller vers un Gouvernement de l’Union, donc attachés à leur souveraineté nationale et à leurs pouvoirs.

Un autre type de division qui mine l’Afrique est celui fondé sur cette aventure de tripatouillage constitutionnel pour s’éterniser au pouvoir contre la volonté des peuples, ce qui n’est pas du goût de certains chefs d’Etat dont le « très sage » et courageux Président tanzanien, Président en exercice sortant de l’UA, Jakaya Kikwete qui, après avoir multiplié par zéro Robert Mugabé présent aux assises, en des termes appropriés, a déclaré devant les participants à ce 12è sommet : « Nous les chefs d’Etat africains, nous ferions mieux de consacrer plus de temps au développement de nos pays et moins de temps à nous accrocher au pouvoir ».

C’est ici qu’il faut se demander pourquoi l’UA s’est toujours tue sur les modifications unilatérales des textes constitutionnels pour demeurer toujours au pouvoir, et se plaît  uniquement à condamner les putschistes. En effet, cette institution n’a jamais eu le courage de condamner ceux qui se livrent à ce genre d’exercice malpropre en Afrique. Cela devrait faire l’objet de condamnation et inciter à rechercher un moyen idoine pour ramener toute cette vermine à la discipline. Il en va de la crédibilité de l’UA et de l’Afrique. En se muant en UA, cette Organisation avait pour ambition de se rapprocher de son homologue européenne, l’UE, en adoptant le même mécanisme de fonctionnement. Or, cette institution européenne n’est pas ce syndicat de chefs d’Etat africains qui s’illustrent dans un parfait désordre.

Quel chef d’Etat de l’UE a déjà unilatéralement modifié la constitution de son pays? Ce n’est pas d’un changement d’appellation qu’il s’agit, il faut un changement dans la tête, un changement de mentalité. Et puis, Kadhafi, cet autre mégalomane qui se proclame « roi des rois traditionnels africains », une folie à la manière de feu Maréchal Bokassa qui se proclama empereur de Centrafrique, juste le temps d’un rêve. Une chose qui surprend plus d’un Togolais, c’est l’absence de Faure à Addis-Abeba où « son père adoptif » pourrait avoir besoin de son soutien. Le hasard faisant parfois bien les choses, pendant que le « fils adoptif » était couronné au Togo, le père adoptif, lui, se couronnait roi des rois traditionnels africains. C’est bien marrant ça !

Alain Simounba

 
 

 
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