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La Conférence des Présidents, un organe de l’Assemblée Nationale
s’est réuni, le vendredi 30 janvier dernier en vue de l’affectation des
projets de lois introduits par le gouvernement aux Commissions. Mais, la
rencontre s’est terminée en queue de poisson.
En effet, le
Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) et l’Union des Forces de Changement
(UFC) ont menacé de quitter d’abord la Conférence ou encore le processus
politique tracé par l’Accord Politique Global (APG) si les textes introduits
par le gouvernement ne sont pas retirés. Le Rassemblement du Peuple Togolais
(RPT), parti au pouvoir et majorité parlementaire quant à lui, soutient
l’action gouvernementale. En vue d’une solution à la crise en gestation, M.
Abass Bonfoh, Président de l’Assemblée Nationale, a prévu aujourd’hui, lundi
02 février une rencontre des groupes parlementaires.
Jean-Pierre Fabre, Président du Groupe Parlementaire UFC explique : «
Nous avons fait remarquer que la plupart des textes qui nous étaient soumis
relevaient de l’Accord Politique Global (APG), donc nécessitaient le
dialogue et le consensus. Et qu’en l’absence de dialogue et de consensus, le
gouvernement ne peut unilatéralement adresser à la représentation nationale
des textes qui relèvent de l’APG en vue de leur adoption. Pour nous, il
n’est pas question que ces textes soient examinés aussi bien en Commission
qu’en plénière sur la base de la volonté unilatérale du RPT » « Nous
demandons le retrait pur et simple de ces textes en attendant leur examen
lors d’un dialogue pour aboutir à un consensus. Sur le principe ces textes
relèvent des réformes constitutionnelles et institutionnelles prévues par l’APG.
Donc, le seul gouvernement ne peut décider de saisir l’Assemblée nationale
», ajoute-t-il.
Il
faut souligner que sur ce sujet les deux partis de l’opposition
parlementaire le CAR et l’UFC ont la même lecture. C’était le même son de
cloche dans la réaction de M. Amegnona Kossi; Président du Groupe
parlementaire CAR qui, de son côté et au nom de son parti, exige le retrait
des textes qui, selon lui, sont hautement politiques. « C’est une séance,
je dirai habituelle mais qui a pris une tournure particulière compte tenu
des textes que nous avions à affecter. Le texte que nous avions à affecter
est un texte hautement politique et nous avons demandé justement à
la Conférence
des Présidents de se référer à l’Accord Politique Global qui a prévu un
Cadre Permanent de Dialogue dans lequel on doit normalement discuter d’abord
de ces textes avant qu’ils reviennent à l’Assemblée Nationale. Donc, nous
avons demandé que ces textes soient retirés et retournés au gouvernement
pour qu’il puisse le remettre dans le cadre permanent du dialogue d’abord
avant que cela ne revienne à l’Assemblée Nationale
», souligne le Président du Groupe Parlementaire CAR.
«
Quant à nous au Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), nous pensons qu’il
ne faut pas interpréter l’Accord Politique Global dans le sens où on veut.
Il faut le prendre dans sa globalité. C’est un tout », rétorque M. Dama
Dramani, Président du Groupe RPT. « Les parties à l’Accord Politique
Global ont clairement spécifié que ce devait être le Gouvernement d’Union
Nationale qui serait mis en place à la suite des élections législatives qui
devait engager les réformes avec la nouvelle Assemblée. Vous conviendrez
avec moi et vous le saviez que le Gouvernement d’Union Nationale présidé par
Me Agboyibo ne comprenait pas l’UFC. Donc ce gouvernement n’a pas engagé des
réformes. Le gouvernement qui a succédé, c’est de plein droit. C’est le
droit, c’est le devoir, c’est de sa responsabilité d’engager les réformes
avec la nouvelle Assemblée », soutient-il.
Cette
crise politique en gestation s’inscrit dans la logique d’une organisation
parfaite des prochaines échéances électorales à en croire Patrick Lawson, 1er Vice-président
de l’UFC au sortir de
la Conférence des Présidents. « Au fait si nous tenions à ce
que les prochaines élections soient transparentes, c’est pour protéger nos
populations contre les violences postélectorales. Quand l’arbitraire a
prévalu durant tout le processus aussi bien pendant l’organisation que la
supervision, les populations ne sont pas contentes puisque les réalités
sorties des urnes ne correspondent pas aux résultats proclamés, et n’ont
qu’un seul moyen, sortir dans les rues. Et le pouvoir n’a pour solution que
de les faire tabasser et parfois il y a des morts. C’est pour toutes ces
raisons que nous voudrions régler les problèmes dès maintenant pour qu’on
soit à l’abri de ces violences postélectorales », commente-il.
A la
question de savoir ce qui peut advenir au cas où le pouvoir campe sur sa
position, Patrick Lawson n’est pas allé par quatre chemins pour dévoiler
une action considérée comme stratégie politique récurrente au Togo. « Je
n’ai rien à vous cacher. nous
allons convoquer tous les bureaux des Fédérations, tous les députés, le
Bureau national. Et nous allons passer dans tous les quartiers de Lomé et de
l’intérieur pour leur expliquer ce qui se passe. Nous n’allons pas réunir
329 Chefs traditionnels qui ne représentent qu’eux-mêmes mais nous irons
directement vers les populations pour leur dire ce qui se passe. Et après
ça, nous écouterons les directives que nous donneront les populations pour
agir », poursuit-il. « Nous n’écartons absolument rien. Nous
pourrions aller jusqu’à des manifestations de rue si le pouvoir refuse de
nous écouter et continue dans l’aveuglement qui est le sien aujourd’hui
», menace le 1er Vice-président
de l’UFC.
Cette
situation interpelle Blaise Compaoré, Facilitateur dans la crise politique
togolaise. Il est alors impérieux que le Comité de Suivi (CS) de
l’application de l’APG se réunisse en vue d’une solution appropriée à la
situation et au contexte actuel quant à l’interprétation divergente des
parties de l’Accord. Il faut le rappeler que ce cadre est l’une des
décisions et recommandations de l’APG. En fait, ce Comité est composé du
Facilitateur ou de son Représentant; d’un Représentant de l’Union Européenne
; d’un Représentant de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de
l’Ouest (CEDEAO) et d’un Représentant de chaque composante du Dialogue. Il a
pour mission de veiller à l’application de l’APG. Mais depuis que
la Cour Constitutionnelle
a fermé la parenthèse des élections législatives du 14 octobre 2007, cette
structure est devenue inexistante. La communauté internationale qui est
prompte à venir compter les morts après les violences, n’en a cure. Et
chaque jour que Dieu fait, les Togolais s’approchent de la case départ.
Didier Ledoux
La précampagne
se poursuit : Clin d’œil de Faure à Kara aux têtes couronnées : De quoi
Faure Gnassingbé aurait-il peur pour 2010 ?
Tous
les Togolais se souviennent que, pour accéder au pouvoir, l’actuel Président
de la République, Faure Essozimna Gnassingbé avait sillonné le pays en avril
2005 pour sa campagne électorale basée sur un ramassis de promesses qu’il
savait ne pas pouvoir tenir mais qu’il avait eu le culot de jeter à la
figure de ses concitoyens pour lesquels, de père en fils, jamais de respect.
De la construction d’une autoroute reliant Lomé à Cinkassé, de la
construction et aménagement de mille terrains de jeu, de la construction de
73 formations sanitaires, à la création d’une Haute Autorité de la
Fraternité Togolaise, et à celle d’un Comité pour l’Egalité dans l’Accès à
la Fonction Publique
pour garantir à chacun, quelles que soient ses origines, une potentialité
égale d’accès aux emplois de fonctionnaire, on s’arrête là, car la liste est
trop longue, tout est resté en jachère. Rien que de la poudre aux yeux !
Le
Président Faure n’a pas été capable, à quelques mois de la fin de son
mandat, de réaliser la totalité de ses promesses et même pas le tiers (cf «
Faure : Mon engagement pour le Togo »). Pourtant, de la même manière
qu’il avait essayé de conquérir l’estime des « moutons togolais » qui
n’ont de moutons que leur apparence extérieure et qui ont leur manière de
brandir le carton rouge le moment venu, depuis quelques mois, Faure
Gnassingbé s’est mué en pèlerin interne. On le voit désormais plus souvent
en déplacement dans le Togo profond que vers ses destinations de rêve des
années 2005-2008, élection 2010 oblige.
Le jeudi 29
janvier, le chef de l’Etat Faure Essozimna Gnassingbé, sans doute, le
recordman en matière de voyages parmi ses pairs africains, est allé à la
rencontre de 350 chefs cantons et chefs traditionnels de notre pays. C’était
au Palais des Congrès de Kara. Il convient de signaler que, neuf jours
auparavant, le 20 janvier, il terminait une tournée d’une semaine de
présentation de vœux aux populations par la ville de Tsévié. Le 25 janvier
2009, Faure était retourné dans la Savane pour assister personnellement à
Mango à la fête traditionnelle dénommée « Koudapaani ». Presque dans
la même période, il était en pays Losso, toujours dans le cadre des fêtes
traditionnelles. Puis, pour ne pas donner l’impression d’avoir complètement
mis en stand by ses voyages à l’extérieur, il se rend entre-temps en Italie
avant Kara.
Signalons que
du temps du défunt président Eyadèma, ce dernier déléguait ses ministres
pour le représenter à ces genres de manifestations quelquefois. Depuis
l’arrivée de Faure au pouvoir, il semble vouloir séduire et emporter
l’adhésion des populations à sa politique en optant pour la rencontre avec
le peuple du pays profond, histoire de lui faire oublier tout le mal qui lui
a été fait entre avril-mai 2005.
Emolument du
simple au double
Lors de sa
rencontre avec les chefs cantons et traditionnels à Kara, Faure a porté les
émoluments des chefs traditionnels du simple au double. En faisant les
recherches, nous nous sommes rendu compte que les primes ou émoluments
versés annuellement à ces têtes couronnées sont très dérisoires. Ces
émoluments se classent en cinq catégories et vont de 100.800 F à
337.365 F. Il
faut dire que près de 80% de ces chefs touchent annuellement 100.800 F chacun soit
9.400 F CFA par mois. Un seul chef touche annuellement
337.365 F parmi les 350 chefs de cantons et chefs traditionnels. Ce
qui correspond à
28.113 F le
mois.
Nous ignorons
ce que touche dans les autres pays de la sous-région un chef canton comme
prime de chefferie. Mais en Côte d’Ivoire ou au Ghana (ces peuples qui
connaissent la vraie valeur de la culture et des traditions), et pour ce que
nous savons, du point de vue honneur, les nôtres n’ont rien de comparable
avec ceux-là. Ils sont de vrais chefs traditionnels et personne ne pourrait
le leur contester et se payer le luxe de les qualifier comme au Togo, de «
chèvres traditionnelles ». Ce serait déplacé. Une insulte imméritée,
tellement, ils valent tout leur pesant d’or. Nous parions qu’en présence
d’un chef traditionnel « Akan » ou « Ashanti », ceux de ce
bled de Togo doivent avoir la queue entre les pattes et se faire tout
petits. Ce sont des hommes et femmes de grande respectabilité qui méritent
tous les honneurs dus à leurs mérites et à leur rang.
La faiblesse
des émoluments versés au Togo, permet de comprendre pourquoi le pouvoir RPT
arrive à si bien manipuler ces têtes couronnées qui, aux yeux des Togolais,
ne valent même pas un centime et n’ont aucune autorité, ni respect dans leur
société qu’ils dirigent. Depuis l’avènement du RPT et au fil des ans, ces
fils du pays qu’investissaient leurs propres sujets, vu les conditions de
leur nomination motivée par des raisons politiques aujourd’hui, ont perdu
tout leur poids et toute crédibilité. Nous avons tous vu comment ces chefs
que l’on devrait a priori respecter à la simple vue de l’accoutrement, se
sont « enjaillés » comme disent les Ivoiriens, lorsque Faure
Gnassingbé porta à leur connaissance la nouvelle du doublement de leurs
émoluments. C’était comme de petits écoliers à qui le maître vient de
demander de faire un ban à l’un de leurs camarades qui vient de répondre
brillamment à une question. Au Ghana par exemple, ce sont des gens qui se
respectent.
Au Togo, ils
sont tellement assujettis au pouvoir en place qu’ils ne pèsent pas lourd
dans la balance et leurs administrés n’ont d’égard pour eux qu’en apparence.
Du fait de ce traitement, ils ne peuvent qu’être manipulables. C’est
exactement comme toute la population réduite à la misère pour mieux la
manipuler. Par rapport aux vrais chefs traditionnels que connaissait le pays
dans les années 60, et un peu en arrière, ceux d’aujourd’hui ont tué la
noblesse et tout le charme de cette corporation. On ne peut que s’étonner
que l’actuel chef du canton de Pya, un médecin de carrière, d’après nos
informations, eût pu, avec un pareil traitement, abandonner prématurément
l’administration pour se consacrer à une telle tâche.
Il est facile
de comprendre que des gens se sentent à l’aise dans ce rôle, dans lequel à
première vue, on doit s’apitoyer sur leur sort. Mais ils ont des avantages
fonciers et se livrent à toutes sortes de magouilles. Quand on a le soutien
du pouvoir dans les magouilles de toutes sortes, on ne peut que foncer. Les
chefs traditionnels corrompus comme le régime, ça se compte par centaines.
Que les Togolais prient pour que la chefferie traditionnelle se débarrasse
de l’emprise du pouvoir lui-même corrompu du sommet à la base, pour
retrouver demain toutes ses lettres de noblesse dans la sous-région.
D’où
proviennent ces fonds ?
Le
dernier budget 2009 adopté en Conseil des ministres et votés à l’Assemblée
nationale, présente déjà un déficit d’une quarantaine de milliards de francs
CFA qu’il faut rechercher à travers des taxes supplémentaires ou auprès des
partenaires et bailleurs de fonds. Dans quel chapitre se trouve cette
augmentation des émoluments ? Nous avons toutes les raisons de croire que
cela n’avait pas été prévu dans ce budget. Et pourtant ! Jusque là, les 350
chefs percevaient 59.947.465 FCFA annuellement. A partir du 29 janvier 2009,
ces fonds sont portés à 119.894.930 FCFA. De quelle caisse proviennent ces
59.947.465F supplémentaires ? De la poche privée de Faure Gnassingbé ? Il en
est de même pour l’aide de l’Etat à la presse qui passe de 75 millions à 350
millions. Aussi longtemps qu’il n’y aura pas de la transparence dans la
gestion des fonds du pays, et que sur un coup de tête, sans aucun respect de
l’orthodoxie budgétaire, on créera des dépenses supplémentaires, le Togo
n’évoluera pas.
Après
toutes les sorties que venait de faire Faure à travers le pays, cette
rencontre avec les chefs traditionnels, n’est destinée qu’à sa campagne
électorale sur fond de manipulation politique, avec l’annonce d’un
doublement de primes et justement à moins de 15 mois de la prochaine
présidentielle. Tout cela a été caché sous la couverture du processus «
vérité-justice et réconciliation ». Les Togolais ont bien compris le
message. Mais beaucoup pensent que c’est à travers les réalisations promises
par le chef de l’Etat qu’il mérite d’être réélu ou congédié à travers les
urnes. Cette scène du 29 janvier dernier s’inscrit dans la droite ligne du
retour du culte de la personnalité au Togo avec « lui c’est lui et moi
c’est moi ».
Alain Simouba
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