Le
Président Wade est attrait, ce vendredi, au tribunal de ses pairs de la
Cedeao, dont le président en exercice a convoqué un sommet extraordinaire
pour demander des sanctions contre la Guinée et rappeler à l’ordre les
Présidents Abdoulaye Wade et Mouammar Kadhafi. Ils sont accusés de
complicité de coup d’Etat pour leur soutien manifeste à la junte dirigée
par le capitaine Moussa Dadis Camara.
Le Président nigérian Umaru Musa Yar’Adua, président en
exercice de la Cedeao, a convoqué ce vendredi un sommet extraordinaire des
pays membres de la Commission économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest
(Cedeao) sur la Guinée, en général, et sur les attitudes des Présidents
sénégalais Abdoulaye Wade et libyen Mouammar Kadhafi. Ces deux chefs
d’Etats africains sont considérés par leur homologue nigérian comme des
complices de la junte militaire qui a pris le pouvoir en Guinée, le 24
décembre 2008. Le premier, qui n’avait pas condamné le coup d’Etat en
Mauritanie, en juillet 2008, a lancé un appel le 28 décembre 2008, sur les
ondes de Rfi, pour dire que la junte qui a pris le pouvoir en Guinée, au
lendemain de la mort du Président Lansana Conté, mérite le soutien des
Africains. Alors que le second s’est déplacé la semaine dernière en Guinée
pour une visite au capitaine Camara.
Des positions intolérables pour le Président Yar’Adua, qui a convoqué ce
sommet extraordinaire pour que les leaders africains s’opposent et
condamnent le soutien de Kadhafi et Wade au capitaine Moussa Dadis Camara.
Selon le Président Yar’Adua le soutien et l’encouragement de ces leaders
africains à la junte militaire est contraire à la Charte de l’Union
Africaine. Aussi, insiste-t-il, les leaders africains ne doivent, en
aucune manière, user de leur influence pour promouvoir dans le continent
des actions subversives qui sapent la démocratie.
Selon le quotidien nigérian This Day, qui donne l’information dans son
édition du 6 janvier 2009, «ce sommet extraordinaire de la Cedeao, auquel
est attendu le Président Wade, devrait prononcer la suspension de la
Guinée et annoncer des sanctions contre les militaires qui ont pris le
pouvoir». Il s’agit, en outre, de forcer les putschistes à se désengager
du pouvoir et organiser des élections qui devraient mettre en place de
façon démocratique un gouvernement. A cet effet, le ministre nigérian des
Affaires étrangères, Chief Ojo Maduekwe, qui faisait face à la presse
nigériane avant-hier, à Abuja, n’a pas caché le dégoût que lui inspire le
comportement des Présidents Khadafi et Wade. Interpellé, il déclare :
«Tout gouvernement démocratiquement élu, qui apporte son soutien à un
gouvernement illégal, est coupable de complicité.»
PRESIDENT WADE, COMPLICE DE LA JUNTE
Interpellé sur le prompt soutien du Sénégal manifesté au nouveau pouvoir
militaire en Guinée, le ministre Chief Ojo Maduekwe estime que «c’est
désolant et doit être condamné». Pas du tout tendre avec le chef de l’Etat
sénégalais, il insiste : «C’est désolant. Cela est à condamner. Je ne
présagerai pas de ce que le sommet va décider. Afin, les Présidents ont
leur façon de se parler entre eux. Mais, en tant que ministre des Affaires
étrangères, je dirai que ce sera un jour sombre pour la consolidation de
la démocratie en Afrique, si des gouvernements, auteurs de l’Acte
constitutif et de la Charte de la Déclaration des gouvernements d’Afrique,
reconnaissent des gouvernements qui n’ont pas accédé au pouvoir par les
voies de la démocratie.» Alors, poursuit le ministre nigérian, «si un Etat
membre de l’Union africaine, un gouvernement légitime foule au pied les
règles de la Communauté pour fraterniser avec une junte militaire, je suis
sûr que la sagesse collective et le leadership de l’Ua vont trouver les
moyens de les sanctionner, car, à notre avis, saboter le processus
démocratique, ce n’est pas seulement quand un groupe d’aventuriers
organise un coup d’Etat pour liquider un gouvernement démocratiquement élu».
Chief Ojo Maduekwe continue sa plaidoirie pour faire remarquer qu’«un
gouvernement démocratiquement élu, qui se met à soutenir, encourager et
lancer des appels pour rendre acceptable un coup d’Etat, alors un tel
gouvernement est coupable de complicité de coup d’Etat». D’où sa
conviction que l’Union africaine doit rappeler à l’ordre un tel pays.
L’Afrique a beaucoup perdu à cause de la versatilité de certains de ses
leaders, affirme Chief Maduekwe qui dénonce la duperie de certains
dirigeants et chefs d’Etat africains. Pour preuve, il cite la rencontre,
il y a une quinzaine de jours à Addis-Abeba sur le cas de la République
démocratique du Congo et lors de laquelle des sanctions ont été retenues
contre la Mauritanie. «Vous ne pouvez pas appeler à des sanctions contre
la Mauritanie et ouvrir les bras à un régime militaire en Guinée.» Et s’il
convient que les cas peuvent ne pas être les mêmes, et pour des raisons
pragmatiques et de real politic «on a besoin d’un, de deux voire trois
mois pour organiser des élections, on peut y aller. Mais même l’engagement
d’un processus électoral ne veut pas dire qu’on va les reconnaître comme
gouvernement. La suspension sera maintenue», selon le ministre Maduekwe
qui affirme : Le Nigeria, qui a lancé un appel pour la condamnation du
putsch en Mauritanie, n’aura aucune relation avec le régime militaire en
Guinée «et il n’y a aucune place pour des doubles standards avec le nouvel
engagement de l’Ua pour la démocratie». A ce propos, il rappelle que lors
de la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, ses homologues
africains avaient soutenu sa demande de sanctions contre la Mauritanie et
ont renouvelé leurs accords lors de la dernière rencontre de l’Ua. Donc
«pas de doubles standards sur cette question».
Catégorique, il ajoute que «le coup d’Etat en Guinée est inacceptable.
Absolument inacceptable et le message du gouvernement fédéral (nigérian)
est clair : la junte doit accepter que quelqu’un conduise les élections.
Tout ce qu’elle à faire, s’il n’y a aucune autorité civile pour le faire,
ces gens qui ont engagé un processus non démocratique doivent juste
organiser des élections et quitter la ville». Alors, il ne doute point que
le sommet extraordinaire de la Cedeao, convoqué vendredi prochain, va
prononcer de façon officielle la suspension et les sanctions contre la
Guinée. Comme pour narguer ses pairs, Président Wade se rendra à Conakry,
après avoir assisté ce mercredi à l’investiture du nouveau chef de l’Etat
ghanaéen. (Voir ailleurs).