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Vu
les résultats serrés entre les deux challengers – Nana Akufo-Addo du parti
au pouvoir et John Atta-Mills de l’opposition - au premier tour de
l’élection présidentielle ghanéenne, compte tenu de la tension qui couvait
et suite à la prolongation jouée par la Commission électorale, personne
n’avait envisagé une issue placide et heureuse à cette compétition
électorale. Mais in fine, les Ghanéens se sont transcendés pour sauver
l’essentiel : la démocratie. Une maturité politique saluée de par le monde
entier. Prof. John Atta-Mills sera le prochain président du Ghana.
Au
premier tour, Nana Akufo-Addo, le candidat du Nouveau parti patriotique (NPP),
parti au pouvoir, est arrivé en tête avec un peu plus de 49% devant son
concurrent, Prof. John Atta-Mills du Congrès national démocratique (NDC),
principal parti de l’opposition, qui a obtenu 47 %. Les six autres candidats
étaient loin derrière. Mais ils n’ont pas donné de consignes de vote au
deuxième tour, refusant de jouer le rôle de faiseur de roi. Ce qui a fait
que le second round a été âprement disputé entre les deux juristes qui se
sont mutuellement accusés de préparer des fraudes. Résultante, ce tour a été
émaillé de quelques incidents qui, selon la formule consacrée, « ne sont
pas de nature à mettre en cause la crédibilité du scrutin ».
Dès la journée du lundi 29 décembre 2008, les médias locaux ont
annoncé la victoire de l’opposant John Atta-Mills. Ce que confirmera plus
tard l’Etat major du NDC. C’est l’euphorie parmi les partisans de Mills.
Dans le même temps, Akufo-Addo ne revendique pas sa victoire et affirme
attendre les résultats officiels de la Commission électorale.
Après avoir déclaré que les premières estimations consacraient
la victoire de l’opposition, la Commission électorale a indiqué en fin
d’après-midi de mardi qu’aucun des deux candidats en lice pour ce second
tour de l’élection présidentielle n’a été désigné vainqueur du scrutin.
Selon les résultats officiels, les deux hommes ne sont séparés que par un
peu plus de 23 000 voix. Donc, une prolongation était prévue le vendredi 2
janvier 2009 entre les deux candidats dans la circonscription de Tain, au
centre du pays, où le matériel électoral était arrivé bien trop tard
dimanche 28 décembre.
Nonobstant les tergiversations et les soubresauts
juridico-politiques du parti au pouvoir, tout s’est bien passé. Et dans la
journée de samedi, le président de la Commission électorale, Kwado Afari-Gyan,
a proclamé élu le candidat de l’opposition. « Sur la base des résultats
officiels obtenus, il est de mon devoir de déclarer le professeur John Evans
Atta-Mills président élu de la République du Ghana », a-t-il annoncé.
Après avoir remporté la dernière circonscription de Tain, Atta-Mills
totalise 50,23% des suffrages face à son adversaire du NPP Nana Akufo-Addo,
qui en a obtenu 49,77%.
« La victoire de l’opposition est une victoire pour la
démocratie », s’est exclamé Sekou Nkrumah, membre du NDC et fils du
premier président Kwame Nkrumah, père de l’indépendance ghanéenne en 1957. «
Après huit ans d’égarement, le NDC est de retour pour construire un
meilleur Ghana », a-t-il déclaré à l’AFP.
A l’annonce des résultats, les principales avenues ont
rapidement été envahies par des partisans du Congrès national démocratique (NDC).
La plupart arboraient le drapeau aux couleurs du parti et se sont dirigés
vers le quartier général de campagne de John Atta-Mills où ce dernier a
prononcé un discours dans son nouveau manteau du président du Ghana. « Je
serai le président de tous les Ghanéens », a promis John Atta-Mills
avant d’ajouter : « la course est terminée (...) désormais il n’y
a plus qu’un seul Ghana ».
Quelques heures plus tard, le candidat du parti au pouvoir Nana
Akufo-Addo a appelé à son tour au calme et félicité son adversaire. «
Nous reviendrons », a-t-il sportivement lancé tout en indiquant que des
plaintes seront déposées par son parti, concernant les troubles survenus
dans la région de la Volta mais que les résultats du vote ne seront pas
contestés devant la justice ghanéenne.
Né le 21 juillet 1944, John Atta-Mills, vice-président de John
Jerry Rawlings de 1997 à 2000, prêtera serment mercredi. Comme quoi la
présidence dans le Ghana démocratique c’est l’affaire des John.
Les réactions au Togo suite à la présidentielle au Ghana
«
C’est à l’honneur du peuple ghanéen. C’est une culture au Ghana :
l’alternance au pouvoir. Rawlings est parti après ses deux mandats, et
aujourd’hui, c’est Kufuor qui l’a fait. Il n’a pas cherché à modifier la
constitution. C’est à saluer. Les Ghanéens ont réussi à imposer chez eux la
démocratie. Il faut que nous fassions de même au Togo. Les populations ont
donné le maximum et il revient à la classe politique de faire en sorte qu’on
obtienne la démocratie au Togo», a déclaré Jean-Pierre Fabre, Secrétaire
général de l’UFC, joint au téléphone par notre rédaction.
Pour Solitoki Esso, Secrétaire Général du RPT, « Il n’y a pas
de réaction particulière. Mais, ce qu’il faut retenir, c’est que la
démocratie a fonctionné dans la mesure où les acteurs politiques ont accepté
le verdict des urnes »
« Les résultats étaient serrés mais les deux candidats ont
accepté de tourner la page. C’est une bonne chose. Le Ghana consolide sa
démocratie. C’est une bonne leçon pour tous les Africains, surtout ceux de
la sous-région ouest-africaine. Nous devons faire écho de tout ce qui s’est
passé au Ghana », s’est félicité pour sa part, Victor Komlan Alipui,
Président du Groupe de réflexion et d’action pour le dialogue, la démocratie
et le développement (GRAD).
«
Beaucoup d’électeurs considèrent cependant que la tenue d’un
cinquième scrutin démocratique consécutif dans cette région représente déjà
une victoire. Le pays est entouré à l’est par le Togo, dirigé par la famille
Gnassingbé depuis 41 ans, au nord par le Burkina Faso, où le président
Blaise Compaoré a pris le pouvoir par un coup d’Etat en 1987, et à l’ouest
par la Côte d’ivoire, qui peine à se remettre sur pied après une guerre
civile qui l’a coupée en deux », écrit l’agence de presse américaine AP.
C’est une évidence : les Togolais n’ont jamais connu une élection
présidentielle apaisée au cours de laquelle les résultats sont acceptés par
tous. Ici, l’alternance, c’est comme le rêve qui reste dans la panse d’un
chien. A-t-on tiré les leçons de ce qui vient de se passer au Ghana dans la
perspective de 2010 ?
R.
Kédjagni
Sans détour : Malgré huit ans de frottement avec les autorités togolaises,
Kufuor est resté digne
« J’ai de l’ambition, mais je sais la régler ; / Elle peut
m’éblouir, et non m’aveugler» (Pierre Corneille, La Mort de Pompée)
On peut être des amis, même ami des galeux, se côtoyer
assidûment, répondre avec courtoisie et humilité à toutes les invitations,
mais demeurer soi-même, respecter son peuple et ses valeurs ainsi que les
textes qui fondent la République et s’arranger, surtout ça, pour ne pas se
faire contaminer par la gale. Cette leçon, le Président, John Kufuor et son
parti, le NPP, à travers le candidat malheureux Nana Akufo-Addo, viennent de
l’administrer aux Togolais, ces galeux qui semblent éprouver un vilain
plaisir à conserver leur gale dont le plaisir du grattage semble de loin,
signe d’un refus d’émancipation, l’emporter sur toute idée de s’en
débarrasser pour paraître propres.
Les Ghanéens viennent ainsi de donner aux autorités
togolaises qui continuent de s’amuser avec leur nation et la destinée de
leur peuple, une bonne leçon de démocratie, de maturité politique, de
compromis politique, d’amour de la patrie, et de dépassement de soi, en
faisant passer l’intérêt national avant toute chose. HOURRA, John Kufuor !
HOURRA, Nana Akufo-Addo ! HOURRA, NPP ! HOURRA, digne peuple ghanéen ! Bien
malin qui pourra nous dire, que quelque part, à l’Est du Ghana, des esprits
rétrogrades qui chercheraient à se confirmer dans leur mauvais rôle de
toujours, ne se seraient pas amusés à rêver un instant, de voir la situation
politique en période électorale dégénérer gravement dans ce pays frère,
histoire de trouver des alter ego et se dire : «
après tout, nous ne sommes pas les seuls ». Ces
rétrogrades se sont lourdement trompés, car les dirigeants ghanéens ne sont
pas les dirigeants togolais. Leur maturité politique et leur fair-play ne
sont plus à démontrer.
Les dernières élections qui viennent de se dérouler chez nos
voisins de l’Ouest, se seraient déroulées au Togo, que des comportements qui
n’ont rien à envier à ceux des gens primitifs, auraient refait surface : des
gourdins naturellement mortels, rendus doublement mortels, par application
des clous pour en faire «
des gourdins cloutés, made in Togo », vile
invention de la science togolaise et des esprits rétrogrades, hostiles au
progrès et à l’émancipation de l’humanité. Sale science que celle qui
consiste à nourrir son imagination de comportements et raisonnements de bas
étage ! Que dire des machettes que des responsables politiques et
administratifs togolais s’étaient plu à commander pour de simples joutes
électorales ?
En 2005, après les élections, l’actuel Président de la
République togolaise n’avait rien fait pour arrêter dans son camp, la chasse
aux sorcières. Pour lui, du sang de ses frères et sœurs pouvait couler, peu
importait. L’essentiel était de parvenir au pouvoir. Pendant au moins une
semaine, les sbires du régime avaient continué à traquer et arrêter des
militants de l’Opposition. Ceux qui devaient être tués, l’avaient été comme
du gibier, et ceux qui devaient être jetés en prison, y avaient trouvé leur
place. Pour quelle raison ? Tout simplement, pour avoir protesté, crié à la
tricherie et réclamé leur victoire volée. C’était de bonne guerre.
Au Ghana, chapeau bas, la maturité politique, l’amour de la
patrie et le compromis politique ont amené le camp de John Kufuor et de Nana
Akufo-Addo (NPP au pouvoir), à mettre de l’eau dans son vin, en retirant
plaintes et menaces, appelant au calme et en reconnaissant leur défaite,
conformément à la décision de la Commission électorale nationale. Celle-ci,
de son côté, tout en ne se laissant pas intimider, et marquant son
impartialité et son respect des textes, a joué sur le compromis politique,
tenant compte des revendications du parti au pouvoir et ne sous-estimant
pas, non plus, la capacité de vaincre de John Atta-Mills. Au finish, il
s’est agi d’une victoire étriquée de l’Opposition, qui a mis les deux camps
à l’aise. Le vainqueur a félicité le vaincu et vice-versa. Tout le monde en
a eu pour son compte. Et c’est le peuple qui a gagné : une victoire sur les
forces du mal. Au Togo où la force brute sert à régler tout petit litige,
imaginez la suite, s’il vous plaît !
Alain SIMOUBA |