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AgoraPress 06.24.02

Lomé, le 4 juillet 2002

Editorial

SALVES CROISEES SUR MAK
Samuel Batchati

La télé avait fait Silvio Berlusconi en Italie. Elle avait fait Bernard Tapie en France. Elle avait encensé Edouard Balladur en 1995 et l’avait descendu lorsque les sondages étaient favorables à Chirac.

La télécratie ? Le gouvernement togolais a cette conscience que la télé est un puissant instrument à double tranchant. « La télé est un outil de démocratisation », elle « peut menacer la démocratie » disait à Laurent
Neumann en 1995, Anne Sinclair. Le gouvernement utilise malheureusement l’autre tranchant, le mauvais, le pire. La télé au Togo a tué la démocratie.

Depuis cinq jours maintenant la défection de Mensah Agbéyomé Kodjo (MAK) offre à la TVT une batterie de munitions. La force du feu verbal dirigé contre lui est pratique courante dans les périmètres du Rpt.

LA TVT Les journalistes suintent d’intarissables commentaires perfides. Ce sont eux pourtant qui ont installé MAK au hit-parade du show politique. Dans un éditorial farfelu et incohérent , Amévi Dabla traite MAK de « verre dans le fruit »,de « loup dans la bergerie.» Il rappelle au passage qu’il y a eu quatre Premier Ministres depuis la IV République : Kokou Koffigho, Edem Kodjo, Kwassi Klutsè, Eugène Adogboli et Agbéyomé Kodjo. Des quatre, la gestion de MAK est de loin la plus piteuse, la plus calamiteuse. 

IL déduit de cette défection que c’est du bout des lèvres donc MAK avait lu sa politique de gouvernement en 2000 devant le parlement. Du bout des lèvres aussi cet appel à la confiance : « La confiance n’est pas liée au temps ni aux difficultés du moment. Elle doit être permanente , conforter notre volonté de réussite quelques soient les circonstances. » Faut-il rappeler au journaleux que la défection de MAK est le résultat d’un discrédit majeur et avéré ? D’un déficit de confiance ? MAK apparaît ainsi drapé du manteau d’un paria.

Pourquoi personne ne s’était offusqué de cette gestion récriminée lorsque MAK était d’abord au Port puis à la Primature ? L’Intifada verbal contre MAK est une guerre mesquine de pleutres, une parade inefficace de malfaiteurs en mal de contrition. 

La justice recherche dit-on MAK afin qu’il réponde de ses forfaits économiques. Le procureur de la République a porté plainte contre MAK pour avoir « fait publier des allégations mensongères portant
atteinte à l’honneur et à la considération du Chef de l’Etat. » Ce texte
rappelle tristement le vocabulaire kagébiste et n’a rien de commun avec la justice véritable.

La télé fait honte. Quand sera-t-il temps ? Temps pour la Tvt de
comprendre et d’appliquer les vertus cardinales républicaines ? Temps de comprendre que le temps des rois aux dimensions épiques et ubuesques est révolu ? Temps de comprendre que les excès de déférence et de révérence vis-à-vis d’un homme est vil et rabaissant ? IL faudra inscrire nos journalistes au cours du soir de la déontologie journalistiques. S’il faut tourner la page c’est celle d’un chef d’Etat ringard qu’il faudra tourner.

S’il faut ouvrir une nouvelle page, c’est celle de D. Péré qu’il faudra
ouvrir. La Tvt doit aussi changer de cap éditorialiste.

LA CNLCSE (La commission Nationale de Lutte contre la Corruption et le Sabotage Economique.)

Il se trouve tristement que le président de cette commission est le
secrétaire de la Présidence de la République, celui-là même qui avait lu la lettre mettant fin aux fonctions de MAK : ASSIONGBOR Folivi. La Commission reconnaît les étrennes au président mais ajoute et précise que celui-ci n’avait « jamais commandé ni accepté » de cadeaux et qu’il en était «surpris et indigné .» Dans cette mise au point de en 11 points, la
Commission ne nie rien sur le fond, mais discutaille de questions de forme.

A la lecture de cette mise au point , il est évident que c’est plutôt le Rpt
qui réplique. Mais seulement cette charge incendiaire sur MAK n’est pas de nature à disculper les malversations économiques, humaines et mo rales de ce parti. Désormais le pot au rose se sait de partout. Et le capital de confiance s’en trouve éprouvé, profondément entamé. Cette gué-guerre que le parti livre à un seul individu plus lucide que la masse des troupeaux braillards et gueulards est rétrograde et ridicule. Chaque salve enlise le parti davantage. Les temps du panégyrique sont révolus.

CONSTAT : LE ROI EST SEUL.

La Tvt, la justice et le Rpt –CNLCSE sont des marionnettes rétrogrades et perverses. Aujourd’hui, quoi qu’ils fassent le roi est seul. Et nu. Il faut
se résoudre à cette évidence et accepter de balayer les écuries, les écuyers et le roi. Pierre Bérégovoy et François de Grossouvre avaient fausser compagnie à Mitterrand « sénile, incapable, et gâteux », en choisissant la voie de la mort.

Péré et MAK sont un tantinet quittes avec l’histoire en choisissant la
fronde, l’impolitesse. C’est la brèche pour une aube touillée d’espérance
sur la terre de nos aïeux.

APPEL
Ces deux défections sont un appel aux patriotes dont la fierté est ruinée
par un règne monarcho-plutocratique sclérosé, à rejoindre le camp des
réformateurs. Car il faut sauver le Togo même s’il faut marcher sur les
susceptibilités d’un homme.Eyadéma
.

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