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AgoraPress 06.24.02

Lomé, le 4 juillet 2002

Editorial

SOLIDA ou la nouvelle donne politique au Togo
Joseph Takeli 

La Solidarité Citoyenne pour la République, en abrégé SOLIDA est née pour encourager des reformes au sein du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), parti au pouvoir. 

Il ressort de la note d'information No 1 de la coordination de la SOLIDA que «C’est en vue de coordonner les divers actes de solidarité et de soutien au député Dahuku Péré et à ses compagnons, en bute à la répression et à une injuste et calomnieuse cabale de la part des conservateurs du RPT, partisans tout aussi résolus du statu quo, qu’il est créé un comité national de «SOLIDARITE CITOYENNE POUR LA REPUBLIQUE» en abrégé SOLIDA. » 

La note d'information, apparemment rédigé avant la rupture totale du Premier Ministre Agbéyomé avec les durs du RPT, est très riche en informations et enseignements. En effet, apprès la lettre courage de Monsieur Péré du mois de mars dernier, beaucoup de Togolais, incrédules à tort ou à raison, demandaient comme pour defier M. Péré à avoir la suite de cette lettre, tellement pour eux elle ressemblait à une farce. 

Avant de se poser des questions sur Solida il semble qu'il nous faille attirer l'attention sur les textes publiés par ce mouvement reformateur du RPT. Notamment, la note d''information qui rappelle des faits notables qui ont marqué la période ayant suivi la lettre courageuse du député que Togoforum avait qualifié de pierre à l'édification de la nation togolaise, malgé les regards intrigués. 

Nous pensons qu'il faut absloment rompre à cette phase de notre histoire avec notre habitude qui veut qu'on juge les gens avant de les avoir écouté ou lu. Il est très important que pour juger l'on lise ou écoute. Ecouter ou lire de bonne foi. "Car lorqu'on est de bonne foi, il est facile de reconnaitre ses torts plus tard."  

La note d'information de Solida décrit ce qu'on peut appeler les mésaventures du député «rebelle» face aux conservateurs du système dont un, l'éminence grise s'appelle Fambaré Ouattara Natchaba. La note révèle également des noms de quelques courageux jusqu'ici moins connus, qu'il faudrait retenir et encourager: MM. Egbao Bidamon, professeur à l’Université de Lomé, ex-Directeur du Centre National des Oeuvres universitaires (CNOU), Komlan Siliadin ex-attaché de presse du Président de l’Assemblée nationale et Messan Agbéyomé Kodjo qu'on ne présente plus depuis vendredi 28 juin 2002. 

La note d'information nous décrit comment le député Péré a eu à faire face à la repression du système, de son propre système, celui dont il n'est pas fier et qu'il s'efforce de corriger. La note revèle le refus que son système lui a opposé alors qu'il tentait de s'expliquer. Il n'a donc pas pu dire ce qui suit à ceux pour qui il est devenu un ennemi du jour au lendemain. Il n'a pas pu leur dire ceci: 

«Je voudrais donc préciser ici,  en tout état de cause, que je ne retire rien de ma déclaration, car ce paragraphe 5 de la page 2 fait référence à des situations parfaitement connues, bien que parfois occultées totalement ou partiellement. Il n’est pas admissible  qu’un citoyen républicain et de surcroît un chrétien, quand il parvient à la connaissance de certains faits, transige avec sa conscience. 

Ces faits, les plus bénins comme les plus graves, doivent être condamnés par nous tous. J’en connais dans ma circonscription électorale ; J’en connais également dans ma préfecture où des citoyens membres de l’opposition sont brimés, molestés et même tués pour débarrasser le parti de ses adversaires politiques. je déplore vivement que dans un Etat de droit,  je doive être élu avec le concours de telles pratiques. » 

L'autre texte significatif publié par le groupe des reformateurs du RPT est intitulé "Appel aux Togolaises et aux Togolais" et comporte la phrase clée suivante: 

«La valeur de l'homme n'est pas dans l'incessible innocence absolue, elle transparaît en toute splendeur dans l'humble régénérescence de la vie du malfaiteur qui, ayant reconnu le mal auquel il a voué son existence, décide résolument, non seulement de s'en affranchir, mais encore de dévouer le reste de sa vie à combattre en toute compassion le mal, non pas en détruisant les malfaiteurs, mais à les aider à s'affranchir du mal.» 

Cette phrase qui sonne comme une main tendue et une demande de pardon semble être ce que beacoup de Togolais demandaient jusqu'ici. A savoir la reconnaissance de ses fautes pour espérer un pardon en retour. Bien que le vrai pardon ne relève que de la puissance divine, la reconnaissance de ses torts facilite la reconciliation et le pardon entre les humains.

Aujourd'hui ceux qui pensent que l'Homme n'est pas seulement capable que du pire, sont satisfaits et loue Dieu pour cette prise de conscience au sein du parti politique qui aura réduit en esclavage le peuple togolais, pendant plus de 35 ans.  

Alors, qu'allons-nous faire de cette main tendue? A cette question la reponse est très relative et depend de beaucoup de critères d'appreciations. Pour ceux qui analysent les faits dans notre pays à travers des arrières pensées et calculs politiques, cette main tendue et tout ce mouvement qu'on observe aujourd'hui sont des "non-événements." Mais pour ceux qui rèvent d'un Togo vraiment libéré de toutes les calamités et fléaux qu'inflige la bêtise humaine, c'est un grand pas que sous aucun prétexte nous ne devons refuser de franchir. Le jugement est bien entendu personnel. Mais la conjugaison de jugements personnels positifs aboutit necéssairement au bien-être de la multitude tandis le contraire ne sert qu'une minorité.  

Solida se veut donc un courant qui reforme le RPT sans le quitter. Beaucoup de Togolais s'attendaient à ce que le député Dahuku Péré quittât le RPT pour leur démontrer sa démarquation d'avec la tyrannie de ce parti. 

Est-ce vraiment la meilleure manière de combattre le regime? Rien ne permet de le dire. Ce serait à notre avis créer un parti politique de plus sans vraiment résoudre la question de la fin de la dictature. Déjà le numbre en lui seul de partis politiques dit d'opposition existant n'arrive pas à venir à bout du système inhumain. 

Ce serait créer un ou des présidentiables de plus. Or au Togo, ce qui nous tue le plus c'est le nombre qu'ils sont à vouloir absolument remplacer Eyadema au sens propre et au figuré. 

Adhérer à un autre parti politique pour Péré et Agbéyomé ne semble pas non plus être une option car impliquant un cortège de suspicions vis-à-vis des nouveaux adhérants, connaissant la mentalité manichéenne du Togolais. Les Blancs comme neige d'un côté et les impurs de l'autre, sur fond de hauts calculs politiques non avoués.  

Les jours à venir nous dirons si Solida arrivera comme c'est son objectif affiché, à changer le parti dont le général Eyadema se veut Président-Fondateur, sans déclencher la foudre meurtrière de ce dernier.

Solida sollicite le soutien de tous les militants du RPT et de toutes les autres bonnes volontés non membre du RPT pour mettre fin à «la barbarie» dénoncé dans la lettre de Monsieur Péré et dans le recent requisitoire sans précédent de Monsieur Messan Agbéyomé Kodjo. 

Le mouvement obtiendra-t-il le soutien escompté? Déjà la timidité des partis politiques togolais à supporter ouvertement ce mouvement reformateur permet de se poser beaucoup de questions. 

Il est certain que si l'inaction de l'opposition togolaise actuelle se prolonge, un mouvement coordonné des reformateurs du RPT deviendra la seule et vraie opposition. La nature a horreur du vide, dit l'adage. 

Ensuite, pour le peuple togolais, celui qui réussira à le débarrasser de la dictature du général Eyadema sera un heros. Qu'il vienne du dedans ou du déhors du RPT. C'en sera fini pour certaines rêveries. 

A bon entendeur.............

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