OUA :
VIRAGE A ZERO DEGRE
samuel
Batchati
Elle
est
né à Durban, en Afrique du Sud, l’Union Africaine(l’UA). Mais les
sages-femmes accourues au chevet de la parturiente Afrique peuvent-elles
dire si cet enfant a poussé un cri ? Et quel cri ? Le cri de
l’OUA en 1963 était un cri d’espoir. Mais au bout de 40 années elle
a brillé dans ses sommets à grande pompe, vaines propensions et luxures
insultantes, en condamnations en recommandations et échecs. Tous les
sommets ont été des sommets des condamnations : en 1969 l’OUA
condamne le raid d’Israël sur le canal de Suez et les pays
occidentaux fournisseurs d’armes ; condamnation de l’Afrique du
Sud pour le massacre de Soweto en 1975 ; condamnation d’Israël
pour le raid sur Entebbe ; condamnation de la tentative du Coup
d’Etat au Burundi au Sommet du Caire en 1993. La recommandation du Lagos
Plan of Action à Abuja en Juillet 1980 sur l’harmonisation des
programmes de développement, sur les regroupements sous-régionaux et sur
l’autosuffisance alimentaire qui est restée lettre morte. Elle lègue
à sa pupille les questions brûlantes de la RDC, du Sahara Occidental, et
de l’Angola si Jonas Savimbi n’avait été tué. Un triste héritage.
L’OUA
vire à zéro degré et le résultat c’est l’UA. Le machin , le truc
d’OUA lègue un piètre patrimoine génétique à cet avorton né dans
la précipitation. Comme si du petits piments rouges avaient été
triturés dans le cloaque des présidents. Notre avis est que L’UA est née
très tôt. Trop tôt d’ailleurs. Les différentes
structures préalables à cette Union ne sont point installées.
Alors que le Sommet du 3 au 5 juin 1991 à Abuja prévoyait la création
d’une Communauté Economique Africaine et dans un délais de 30 ans
d’un marché commun Africain, d’un parlement , d’une banque Centrale,
d’un Fond Monétaire Africain et d’une Cour Fédérale rien de tout
cela n’a été mis en place avant que ne naisse cet enfant-panacée.
L’UA
apparaît comme une idiote copie de l’UE. On a placé la charrue devant
les bœufs. L’UA ne s’est pas doté
de moyens techniques, économiques, financiers technologiques et
surtout politiques nécessaires. L’Afrique n’a aucune banque Centrale,
aucune monnaie commune. Les nations sont déchirées par des conflits
ouverts armés comme en RDC, en Sierra Léone, au Libéria, au Burundi,
etc. ou par des intérêts politiques égoïstes : querelles entre
partis au pouvoir et oppositions notamment au Togo , en Guinée, en
Mozambique etc. Si à l’échelle
nationale on est incapable d’une union, quelle union réclamer à l’échelle
continentale ?
La
gestion des biens publics n’en est que plus lamentable comme le témoignent
au Togo les déclarations de Mensah Agbéyomé Kodjo l’ancien Premier
Ministre démissionnaire ou remercié par son chef d’Etat pour incompétence
à organiser des législatives anticipées.
Aucun
trousseau n’est donc apprêté pour la naissance de l’UA. Dans ce
contexte de globalisation et
de mondialisation l’Afrique a intérêt à cultiver le
panafricanisme à partir des intégrations régionales crédibles :la
CEDEAO, la SADC,la COMESA. Elle a aussi intérêt à respecter
les principes d’une démocratie participative
impliquant l’organisation d’élections qui ne souffrent
d’aucune contestation possible. Il faut aussi éviter que certains chefs
d’Etat prennent la République pour une entreprise familiale. Parce que
le temps des sujets est révolu. Il faut un
à l’Afrique un citoyen nouveau soucieux non pas de son devenir
mais du devenir de l’Afrique. Parce qu’il est aujourd’hui avéré
qu’aucun homme ne peut se réaliser hors des dimensions
environnementales, économiques, politiques et géographique de sa sphère
d’existence. C’est en réalisant sa patrie que l’individu atteint sa
plénitude cette sorte de nirvana que
nous quêtons chaque jour.
Que
peut vraiment faire l’UA dans ce contexte de déconfiture continentale ?
Rien. D’ailleurs les dirigeants sont allés à Durban avec
déjà des partis pris sur le cas malgache. En effet le 35è sommet
à Alger du 12 au 19 juillet
1999 avait condamné la prise du pouvoir par les coups de force et menacé
d’exclusion les auteurs. Cette disposition assurait aux dictateurs une
grande marge de manœuvre et de pérennisation au pouvoir de despotes tels
Eyadema du Togo, Omar Bongo au Gabon, Paul Biya au Cameroun, etc. Si le
Togo, la Zambie et Amara Essy et d’autres pays ne veulent pas de
Ravalomanana à Durban pourquoi invitent-ils Laurent Gbagbo
à ce sommet ? En octobre 2001 Robert Guéi
s’était proclamé vainqueur des présidentielles avant que
Gbagbo et des Ivoiriens n’envahissent
les rues et ne boutent l’apprenti dictatueur
loin de la présidence. N’est-ce pas ce que Marc Ravalomanana a
fait à Madagascar ? En réclamant
sa victoire aux présidentielles ?
Et
s’il est des leçons de démocratie à donner, Eyadema n’a pas voix au
chapitre. Qu’il se taise et cela vaudra mieux pour lui.
Parce qu’une nouvelle génération
de Chefs d’Etat intellectuels, au penser positif et portatif a fait son
entrée sur la scène politique africaine.
Abdoulaye Wade notamment,
Alpha Oumar Konaré qui est sorti par la grande porte après deux mandats
au Mali. Ils pensent différemment l’Afrique.
L’OUA
avait été une union de dicta-tueurs : Mobutu, Idi Amin, Eyadema. Il
faudra que l’UA, même mal née, ne soit récupérée par la poignée de
dicta-tueurs encore vivants. L’UA hérite à la naissance des échecs et
des dettes de l’OUA. C’est dire que même morte l’OUA continuera de
vivre dans l’UA. Une naissance a-mère.
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