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AgoraPress 06.24.02

Lomé, le 10 juillet 2002

Editorial

OUA : VIRAGE A ZERO DEGRE
samuel Batchati
 

Elle est né à Durban, en Afrique du Sud, l’Union Africaine(l’UA). Mais les sages-femmes accourues au chevet de la parturiente Afrique peuvent-elles dire si cet enfant a poussé un cri ? Et quel cri ? Le cri de l’OUA en 1963 était un cri d’espoir. Mais au bout de 40 années elle a brillé dans ses sommets à grande pompe, vaines propensions et luxures insultantes, en condamnations en recommandations et échecs. Tous les sommets ont été des sommets des condamnations : en 1969 l’OUA condamne le raid d’Israël sur le canal de Suez  et les pays occidentaux fournisseurs d’armes ; condamnation de l’Afrique du Sud pour le massacre de Soweto en 1975 ; condamnation d’Israël pour le raid sur Entebbe ; condamnation de la tentative du Coup d’Etat au Burundi au Sommet du Caire en 1993. La recommandation du Lagos Plan of Action à Abuja en Juillet 1980 sur l’harmonisation des programmes de développement, sur les regroupements sous-régionaux et sur l’autosuffisance alimentaire qui est restée lettre morte. Elle lègue à sa pupille les questions brûlantes de la RDC, du Sahara Occidental, et de l’Angola si Jonas Savimbi n’avait été tué. Un triste héritage.      

L’OUA vire à zéro degré et le résultat c’est l’UA. Le machin , le truc d’OUA lègue un piètre patrimoine génétique à cet avorton né dans  la précipitation. Comme si du petits piments rouges avaient été triturés dans le cloaque des présidents. Notre avis est que L’UA est née très tôt. Trop tôt d’ailleurs. Les différentes  structures préalables à cette Union ne sont point installées. Alors que le Sommet du 3 au 5 juin 1991 à Abuja prévoyait la création d’une Communauté Economique Africaine et dans un délais de 30 ans d’un marché commun Africain, d’un parlement , d’une banque Centrale, d’un Fond Monétaire Africain et d’une Cour Fédérale rien de tout cela n’a été mis en place avant que ne naisse cet enfant-panacée.   

 L’UA apparaît comme une idiote copie de l’UE. On a placé la charrue devant les bœufs. L’UA ne s’est pas doté  de moyens techniques, économiques, financiers technologiques et surtout politiques nécessaires. L’Afrique n’a aucune banque Centrale, aucune monnaie commune. Les nations sont déchirées par des conflits ouverts armés comme en RDC, en Sierra Léone, au Libéria, au Burundi, etc. ou par des intérêts politiques égoïstes : querelles entre partis au pouvoir et oppositions notamment au Togo , en Guinée, en Mozambique etc. Si à  l’échelle nationale on est incapable d’une union, quelle union réclamer à l’échelle continentale ? 

La gestion des biens publics n’en est que plus lamentable comme le témoignent au Togo les déclarations de Mensah Agbéyomé Kodjo l’ancien Premier Ministre démissionnaire ou remercié par son chef d’Etat pour incompétence à organiser des législatives anticipées.  

Aucun trousseau n’est donc apprêté pour la naissance de l’UA. Dans ce contexte  de globalisation et  de mondialisation l’Afrique a intérêt à cultiver le panafricanisme à partir des intégrations régionales crédibles :la CEDEAO, la SADC,la COMESA. Elle a aussi intérêt à respecter  les principes d’une démocratie participative  impliquant l’organisation d’élections qui ne souffrent d’aucune contestation possible. Il faut aussi éviter que certains chefs d’Etat prennent la République pour une entreprise familiale. Parce que le temps des sujets est révolu. Il faut un  à l’Afrique un citoyen nouveau soucieux non pas de son devenir mais du devenir de l’Afrique. Parce qu’il est aujourd’hui avéré qu’aucun homme ne peut se réaliser hors des dimensions environnementales, économiques, politiques et géographique de sa sphère d’existence. C’est en réalisant sa patrie que l’individu atteint sa plénitude cette sorte de nirvana  que nous quêtons chaque jour. 

Que peut vraiment faire l’UA dans ce contexte de déconfiture continentale ? Rien. D’ailleurs les dirigeants sont allés à Durban avec  déjà des partis pris sur le cas malgache. En effet le 35è sommet à Alger  du 12 au 19 juillet 1999 avait condamné la prise du pouvoir par les coups de force et menacé d’exclusion les auteurs. Cette disposition assurait aux dictateurs une grande marge de manœuvre et de pérennisation au pouvoir de despotes tels Eyadema du Togo, Omar Bongo au Gabon, Paul Biya au Cameroun, etc. Si le Togo, la Zambie et Amara Essy et d’autres pays ne veulent pas de Ravalomanana à Durban pourquoi invitent-ils Laurent Gbagbo  à ce sommet ? En octobre 2001 Robert Guéi  s’était proclamé vainqueur des présidentielles avant que  Gbagbo et des Ivoiriens  n’envahissent les rues et ne boutent l’apprenti dictatueur  loin de la présidence. N’est-ce pas ce que Marc Ravalomanana a fait à Madagascar ? En réclamant  sa victoire aux présidentielles ? 

Et s’il est des leçons de démocratie à donner, Eyadema n’a pas voix au chapitre. Qu’il se taise et cela vaudra mieux pour lui.   Parce qu’une nouvelle  génération de Chefs d’Etat intellectuels, au penser positif et portatif a fait son entrée sur la scène politique africaine.  Abdoulaye Wade  notamment, Alpha Oumar Konaré qui est sorti par la grande porte après deux mandats au Mali. Ils pensent différemment l’Afrique.  

L’OUA avait été une union de dicta-tueurs : Mobutu, Idi Amin, Eyadema. Il faudra que l’UA, même mal née, ne soit récupérée par la poignée de dicta-tueurs encore vivants. L’UA hérite à la naissance des échecs et des dettes de l’OUA. C’est dire que même morte l’OUA continuera de vivre dans l’UA. Une naissance a-mère.  

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