TOGOFORUM - DEBATS
L'Accolade Beninoise
| Date: | Aug 02 2000 12:55:49 EDT |
| From: | TOGOFORUM, battybow@email.msn.com |
| Subject: | L'accolade qui renforce l'esprit démocratique au Benin |
A l'occasion du 40e anniversaire de l'indépendance du Benin,
le 2 Août
2000, le Président Matthieu Kérékou et l'ancien Président, Monsieur
Nicéphore Soglo se sont donné une longue accolade. N'est-ce-pas un
évenement heureux pour la démocratie et l'Afrique? Ce genre d'attitudes
demandent un courage incontestable. Nous devons être des adversaires
politiques et non des ennemis. Nous devons prouver que nous avons une
seule patrie, et que tout ce qui touche à cette patrie nous unit, au-delà
de nos diversités. Une accolade le jour de notre indépendance ne
représentent que l'unité entre des fils d'une même terre. Accolade entre
Kérékou et Soglo, C'est la paix des braves.
Certains analystes y voient une sorte d'"epièglerie" de la part du
président Kérékou. Jean Luc Aplogan, sur Radio France Internationale, fait
un rapprochement un peu maladroit entre cette accolade et le fait qu'un
jour, Matthieu Kérérou est monté sur un Zémidjan pour faire un petit tour
de la ville de Cotonou. Pour moi ce rapprochement est inapproprié et hors sujet. Intention délibérée de ne pas saluer le symbole d'unité nécessaire
entre les fils d'une même mère et d'un même père, le Bénin et l'Afrique.
Comme en Afrique nous ne savons pas apprécier les grands gestes, nous croyons que monter sur un Zémidjan comme tout autre citoyen relève de
l'espièglerie. C'est vouloir enlever tout crédit d'humilité à Matthieu
Kérékou. Je crois qu'être président d'un Etat ne signifie pas que l'on ne
puisse faire comme les autres citoyens. Si un chef d'Etat est en accord
avec son peuple, il n'y pas de raison qu'il ne circule pas librement dans
son pays. Imagine-t-on un Eyadema sur un Zémidja à Lomé? Ce ne sont
pourtant pas les taxi-moto qui manquent à Lomé. Ni de belles limousines
qui manquent à Cotonou. On se souvient qu'avant que Kérékou ne redevienne
Président pour la deuxième fois, il se promenait librement à Cotonou et
les dames du grand marché Dantokpa lui remplissaient la voiture de biens
en signe d'amiration. Peu de présidents en Afrique peuvent en dire autant?
C'est le symbole de l'harmonie entre Kérékou et son peuple qui doit nous
séduire. Je crois qu'il faut être assez bon dirigeant pour chercher à
comprendre comment le commun des citoyens vit.
En 1993, dans un débat télévisé, un journaliste a demandé à un politicien
beninois combien le bol de maïs coûtait à Dantokpa(grand marché de Cotonou). Savez-vous que le politicien beninois, tout parlementaire qu'il
était ne put repondre à cette question? Le Monsieur a balbutié quelques
mots inintelligibles. On retient seulement qu'il disait avoir une "bonne"
et que ce n'est que sa femme et sa "domestique" qui se chargeaient des dépenses menagères. Le politicien en question s'appelle Gracien Pognon, un diplômate de
carrière.
Un chanteur ivoirien a justement dit ceci: "Oh toi là-bas, descends de ton
echelle pour vivre nos réalités quotidiennes." (dans série C.. an 2000).
Il
faut descendre des échelles pour savoir comment vivent les populations
profondes. La population va à Zémidjan et non en limousine. Ce sont les
réalités quotidiennes.
Qu'il soit monté un jour sur un Zémidjan ou pas, le président Kérékou
vient de donner une accolade historique à Nicephore Soglo. Les deux
adversaires politiques que rien ne divise fondamentalement se sont donné
l'accolade devant le peuple beninois. Un grand message au peuple. C'est
fondamental. Amirons le geste. Que ceux qui veulent diviser les Africains
pour régner en souffrent.
Joseph Takeli
| Date: | Aug 02 2000 17:02:50 EDT |
| From: | LIONEL AKUE, lionel16@hotmail.com |
| Subject: | Re: L'accolade qui renforce l'esprit démocratique au Benin |
Joseph:
Je ne puis rien dire mais tout simplement te retirer mon chapeau pour cette realite que tu viens de nous reveler. Je suis tellement fier de ton intervention.Que plus d'uns en tirent les lecons pour le meilleur de nos peuples. Je reve avec toute sincerite que ce moment vienne au Togo et partout en Afrique. Le poete Africain disait que "La langue et les
dents appelees a coexister toute une vie, passent tout leur temps a se dechirer."
Joseph, encore une fois felicitation.
Lionel
| Date: | Aug 06 2000 09:07:11 EDT |
| From: | Anselme YABOURI, yabouri@go.com |
| Subject: | Accolade sincere ou farce politique? |
Suite aux reactions fort interressantes de Joseph et Lionel,
J'aimerais modestement contribuer en faisant remarquer a ceux qui considerent
que l'accolade entre Kerekou et Soglo releve de l'espieglerie se trompent de
combat.
Car en realite, la question n'est pas de savoir si l'accolade a ete sincère ou
non.
Il s'agit plutot de savoir si des les protagonistes de la scene politique
d'une nation sont capables de coexister pacifiquement et de demontrer au peuple
que, par dela les divergences politico-ideologiques, l'objectif est de se
mettre au service de la construction de la nation, dans une atmosphere de
tolerance et de coexistance pacifique. Ceci en comptant sur les poids et
contre-poids du systeme democratique qui alloue un espace de manoeuvre, de
visibilite et d'honorabilite a la minorite confinee dans l'opposition; et donc
une possibilite de renverser la vapeur par le jeu de l'alternance democratique,
pour le plus grand benefice suppose de la nation qui est censee (car il existes
quelques terribles exceptions du genre du National Socialisme)en sortir
toujours gagnante.
Par consequent, le plus important dans l'acte que ces deux animaux politiques
que sont Soglo et Kerekou ont pose (l'accolade)reside moins dans sa sincerite
ou sa non-sincerite que dans le fait qu'il envoie un signal fort au peuple pour
lui demontrer que les divergences politiques et d'opinion ne doivent guere
entraver l'esprit de coexistance, de discussion dialectique et de confrontation
pacifique de methodes differentes de gouvernement qui doivent tout a la fois
animer les electeurs que les elus et elus potentiels que sont les politiciens
de la mouvance au gouvernement et de l'opposition.
C'est seulement par l'adhesion a de telles methodes qui privilegient la
persuasion et le combat d'idee a la rustre violence a laquelle nous ont trop
longtemps habitue nos dictateurs incultes que nous pouvons faire progresser nos
pays si economiquement et politiquement meurtris et, par effet d'entrainement,
oeuvrer a une unite de notre continent.
En cela, le geste du duo Kerekou/Soglo, peu importe qu'il soit theatral ou pas,
est utile et doit servir d'exemple a travers tout le continent.
Anselme
| Date: | Aug 06 2000 23:33:55 EDT |
| From: | RAMANE SALIFOU, sramane@hotmail.com |
| Subject: | Re: Accolade sincere ou farce politique? |
Soyez le bienvenu parmi nous frère Anselme,
Comme viens de le dire Joseph, nous devons tout faire pour instaurer la culture démocratique chez nous. Ton analyse est très édifiante. Ce qui
importe dans l’accolade que nos détracteurs cherchent absolument à minimiser à travers leurs peroquets locaux, c’est le message d’une possibilité
de
cohabitation. Ce genre d’accolade fait verser des larmes à toute âme sincère. Avez-vous jamais suivi un fils où à la fin vous constatez que vous versez des larmes. Tout simplement parce que l’inattendu ou l’impossible pourtant désiré s’est enfin réalisé. Comme je viens de le souligner, il
faut être d’une âme sincère pour resentir ce genre de soulagement qui vous
fait verser des larmes.
Joseph l’a déjà souligné dans son analyse que j’ai beaucoup aimée. J’ai
été content que sa reflexion ait été affiché sur la DIASTODE. Joseph dit qu’en Afrique nous ne savons pas saluer les grands gestes. Je partage entièrement cet avis. Je revis ici notre façon trop singulièrement complexée de concevoir un chef d’Etat qui serait à jamais au dessus du peuple, loin du
peuple, entièrement à part et totalement semblable à Dieu le père que personne n’a pourtout jamais vu. D’aucun vous dirons tout bêtement que cela les rabaisse en tant que citoyens de voir leur leader dans une certaine
position pourtant non équivoque ni compromise du point de vue intégrité.
Nous aimons la bonbance, l’élégance, la sape etc… Ainsi
par exemple, des gens n’hésitent pas à admirer le côté sapeur du général président du ou
de Kodjo le coq. Oui, c’est bien normal qu’une certaine élégance séduise,
mais ne nous exerçon pas à ne savoir admirer que le physique, admirons surtout
le spirituel dans le sens non religieux du terme. Aussi n’oublion pas le proverbe français qui dit qu’à vieille mule, ceinture dorée. Sankara à
vélo dans la ville Ouagadougou aurait certainement donné une belle giffle a
Jean Luc Aplogan. Nous disons souvent: Oui, il a la carrure d’un président,
voila quelqu’un qui a la carrure d’un président. Se serait beaucoup mieux si nous pouvions lutter pour avoir le physique et le moral en harmonie. Quelle est la carrure d’un bon dirigeant si ce n’ai son intégrité et son amour pour
le peuple.
Faire une analyse sciemment erronnée, c’est-à-dire de très mauvaise
foi, de deux actes pourtant propres et nobles fait partie des prouesses qu’on retrouve souvent chez les media qui ont pour objectif de détruire des peuples entiers. Les média occidentaux, dont Radio France Internationale,
présentent toujours l’Afrique sous de très horribles jours. Comment admettre que deux politiciens en Afrique peuvent faire la paix des braves sans verser du sang humain(guerre)? Ce n’est pas normal de le concevoir. Il faut bien sûr des relais locaux à ce genre de manoeuvres délibéremment rabaissantes
de l’Africain. Comment contredire Chirac qui veut que la démocratie soit
un “luxe pour les Africains.”
Malheureusement, avec la prolifération des antennes de RFI sur FM dans
les
villes et villages du continent, on se demande bien ce qui restera de notre culture dans les 25 à 50 ans à venir. On se demande bien de quel bois seront forgées les générations qui n’auront ainsi grandies que sous le mensonge
et la désinformation. Comment peut-on honnêtement juger de négatif le fait qu’un chef d’Etat soit monté ou ait eu l’intention de monter sur un
taxi moto. Nous pouvons aisément imaginer les qualités qu’il faut avoir
pour servir comme journaliste sur RFI.
Ramane Salifou
| Date: | Aug 08 2000 14:50:27 EDT |
| From: | Claude Ayimenko, shunshiryu@yahoo.com |
| Subject: | S' unir ou périr. |
Bonjour à vous chers frères et soeurs,
Je reçois avec plaisir, depuis un certain temps, les échanges d’idées
concernant notre cher pays. Je tente
aujourd’hui d’apporter mon humble concours aux débats qui nous agitent,
nous opposent, mais qui toujours
nous font penser le bien de notre nation.
En fait de débat, je souhaite surtout vous soumettre la pensée qui s’impose
à moi suite aux dérives
politiques et comportementales des leaders de l’opposition lorsqu’ils ont
goûté au pouvoir, ou
lorsqu’ils en sont tout près. Je parle de toutes ces pensées égoïstes,
ambitieuses qui vont jusqu’à
obstruer le jugement, et qui les rendraient incapables d’une simple accolade,
ne fût ce que pour donner une
signal fort au peuple. J’ai l’intime conviction que ces hommes sont
incapables d’un tel geste, et que
nombre d’entre eux se haïssent à tel point que ce contact physique tiendrait
de la gageure. En d’autres termes, ils ne résisteraient pas à l’envie de se planter un couteau dans le
dos. Puisse l’histoire me
donner tort : je l’espère sincèrement.
Le mensonge, la trahison politique, la manipulation et toute autre forme de
rouerie font partie de l’univers
politique de tous les pays du monde. Ils nous apparaissent comme des moyens
discutables mais
justifiés par une noble qui est de gouverner avec sagesse. Cette attitude, qui
est tolérable dans une
démocratie établie, se révèle mortelle pour le peuple dans une phase de
transition démocratique. Nous en
avons fait la douloureuse expérience au Togo. Lesdifférents retournements de
veste de nos leaders ont
tué la transition, discrédité l’opposition, et – plus grave encore –
renforcé le général.
Au Togo comme ailleurs, le pouvoir soumet celui qui l’exerce à de terribles
tentations. A ceci près que
dans une démocratie naissante, la probité des dirigeants de la transition est
indissociable de la
réussite du processus. Que la peur, la soif de pouvoir, ou le manque de
conscience politique ait
conduit des hommes à faillir dans leur tâche de dirigeant est tout à fait
regrettable…. Mais il est
une chose qui l’est encore plus : l’incapacité de la CNS à prévoir une
faille si commune à l’âme humaine.
Ils ont consacré toute leur énergie à justifier leurs décisions par des
principes démocratiques. Ils ont
voulu créer un filet complexe de lois censé piéger le général… Mais le
général n’use pas de la loi. Il use
de la violence et de l’intimidation.
La primature a été conçue sur un modèle démocratique purement calqué sur
celui de… la France ! Ceci
démontre – s’il en était besoin – à quel point il semble difficile d’imaginer
un modèle de
fonctionnement démocratique différent de celui que nous ont enseignés nos
maîtres… « Qui me forme me
déforme » ; nombre d’entre nous devraient y penser.
Sans prétendre donner des leçons à des gens rompus aux rouages de l’État,
je me demande s’il n’aurait pas été
préférable de diluer le pouvoir de l’exécutif en instaurant, pour la
transition, un régime strictement parlementaire. Bien sûr, on reproche à ce genre de systèmes d’être lent à
prendre des décisions…A mon sens, une assemblée est plus difficilement corruptible et intimidable qu’une
personne lestée du poids du pouvoir. Le choix de la CNS concernant ce problème, ainsi que la réaction de
J.K.K. lorsqu’il fut choisi,
aurait dû interpeller les forces démocratiques. Mais il n’en fut rien.
J’ai la terrible impression que la noble tâche de rédaction des lois
fondamentales de notre pays a été
accomplie par des hommes pollués par leurs ambitions personnelles.
J’ai la terrible impression que le mot d’ordre n’a pas toujours été de
démettre le général pour instaurer la démocratie. Certains ont pensé avant terme à se ménager une place sur l’échiquier
politique virtuel
qui existerait après la tyrannie. L'âge requis pour être président, les
problèmes de nationalité, etc…étaient ils réellement importants ? J’en doute. En 5, la constitution
française a été construite par De Gaule, et pour lui-même. Je vois que son cas a fait école ; à la différence
près que le sang togolais a
encore coulé. Bien sûr, je reconnais l’utilité, le courage, et la relative
honnêteté de ces hommes et
femmes qui ont défié le pouvoir. Mais pour réussir, il ne fallait pas que ça.
Il fallait une grande abnégation, et force est de constater que nous ne sommes pas des saints.
Du coup, ils ont failli. Nombre d’entre nous ont payé cette erreur de leur
vie sous les coups des
militaires, d’autres ont été contraints à l’exil. Est il possible d’avoir
un jour des hommes qui veulent
aider notre pays sans, pour autant, vouloir le gouverner quel qu’en soit le
prix ? Ma réponse est «
oui, sans doute ». Mais une chose est certaine, ce ne sont pas des hommes
gravitant aujourd’hui autour des
deux postes majeurs de l’exécutif, se faisant appeler « leaders », et
prétendant cristalliser à eux seuls
l’espoir du peuple togolais que viendra le salut.
En d’autres termes, une nouvelle lutte s’annonce. Plus perfide et âpre que
la précédente. La mascarade d’une
union démocratique n’aura plus de raison d’être si un jour le général n’est
plus là pour justifier une union
sacrée entre les différents partis d’opposition. La rue sera prête à
mourir pour sa liberté, les
militaires voudront le pouvoir, et nos « leaders » s’entre-déchireront pour
la gloriole d’une primature…
Alors je ne vois qu’une alternative : soit ces «leaders » auront mûri, soit
le général pourra se targuer, depuis sa tombe, d’avoir encore raison: ce sera le chaos.
Je vous laisse deviner les perdants de cette sanglante triangulaire.
Limoges (France), 8 août 2000
Claude Ayimenko
| Date: | Aug 10 2000 02:15:16 EDT |
| From: | battybow, battybow@email.msn.com |
| Subject: | S'unir ou périr |
Joseph Takeli